‹ Œuvres de Marivaux: théâtre completChapitre 665 sur 1238 · LE PRINCE TRAVESTI, ACTE III, SCÈNE VII · texte numérisé non relu

LE PRINCE TRAVESTI, ACTE III, SCÈNE VII

HORTBXSE.

Madame, je puis tous être importune en ce moment-ci ; je me retirerai, si vous voulez.

LA PBINCBSSB.

C'est moi qui vous suis à charge ; notre con- Tersation vous fatigue, je le sens bien ; mais cependant restez, vous me devez un peu de complaisance.

HORTENSB.

Hélas ! madame,, si vous lisiez dans mon cœur, TOUS verriez combien vous m'inquiétez.

LÀ PRINCESSE

Âh! jen*en doute pas... {A part,) Arlequin ne Tient point... (Haut.) Calmez cependant vos inquiétudes sur mon compte; ma situation est triste, à laTérité; j'ai été le jouet de l'ingratitude et de la perfidie; mais j'ai pris mon parti. Il ne me reste plus qu'à découvrir ma rivale, et cela va être fait. Vous auriez pu me la faire connaître, sans doute; mais vous la trouvez trop coupable, et vous avez raison.

HORTENSB.

Votre rivale 1 mais en avez-vous une, ma chère princesse? Ne serait-ce pas moi que vous soupçonneriez encore ? Parlez-moi franchement, c'est moi; vos soupçons continuent. Lélio, disiez-vous tantôt, In'a regardée pendant la fête ; Arlequin en dit autant; vous me condamnez là-dessus, vous D'envisagez que moi ; voilà comment l'amour juge. Mais mettez-vous l'esprit en repos ; souffrez que je me retire, comme je le voulais. Je suis prête à partir tout à l'heure; indiquez-moi l'endroit où vous voulez que j'aille. Otez-moi la liberté, s'il est nécessaire; rendez-la ensuite à Lélio, faites-lui un accueil obligeant, rejetez sa détention sur quelques faux avis; montrez-lui dès aujourd'hui plus d'esUme, plus d'amitié que jamais, et de cette amitié qui le frappe, qui l'avertisse de vous étudier; dans trois jours, dans vingt-quatre heures, peut-être saurez-vous à quoi vous en tenir avec lui. Vous voyez comment je m'y prends avec vous; voilà, de mon côté, tout ce que je puis faire. Je TOUS offre tout ce qui dépend de moi pour vous calmer, bien mortifiée de n'en pouvoir faire da- Tanlage.

LA PRIKCESSE.

Non, madame, la vérité même ne peut s'expliquer d'une manière plus naïve. Et que serait-ce donc que votre cœur, si vous étiez coupable après cela? Calmez-vous ; j'attends des preuves incontestables de votre innocence. A l'égard de Lélio, je donne sa place à Frédéric, qui n'a péché, j'en suis sûre, que par excès de zèle. Je l'ai envoyé chercher, et je veux le charger du soin de mettre Lélio dans un lieu où il ne pourra me nuire. Il m'échapperait s'il était libre, et me rendrait la fable de toute la terre.

HORTENSB.

Ah! voilà d étranges résolutions, madame.

• LÀ PRINCESSE

Elles sont judicieuses.

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