‹ Œuvres de Marivaux: théâtre completChapitre 679 sur 1238 · LE GUE VA LIEU · texte numérisé non relu

LE GUE VA LIEU

Insolent I

TRIVELIN

Cruel !

LE CHEVALIER

Gomment, cruel!

TRIVBUN.

Oui, cruel; c'est un reproche tendre que je TOUS fais. Continuez, vous n'y êtes pas; j'en viendrai jusqu'aux soupirs; vos rigueurs me l'an- DODcent.

LB CHEVALIER, à part.

Je ne sais plus que penser de tout ce qu'il me dit.

TRIVELIN

Ah! ahl ah! vous rêvez, mon cavalier, vous délibérez; votre ton baisse, vous devenez trailablô, et nous nous accommoderons, je le vois bien. La passion que j'ai de vous servir est sans quartier; premièrement cela est dans mon sang, je ne saurais me corriger.

LE CHEVALIER, mettant la main titr la garde de ton épie.

Il me prend envie de te traiter comme tu le mérites.

TRIVELIN

Fi! ne gesticulez point de cette manière-là; ce l^cste-là n'est point de votre compétence. Laissez là celle arme qui vous est étrangère. Votre œil est plus redoutable que ce fer inutile qui vous pend au côté.

LB CHEVALIER

Ah! je suis trahie!

TRIVELIN

Masque, venoos au fait; je vous connais.

LB CHEVALIER

Toi?

TRIVELIN

Oui; Frontin vous connaissait pour nous deux.

LB CHEVALIER

Le coquin! Et t*a-t-ll dit qui j'étais?

TRIVELIN

n m'a dit que vous étiez une fille, et voilà tout;

et moi je l'ai cru; car je ne chicane sur la qualité de personne.

Puisqu'il m'a trahie, il vaut autant que je t'instruise du reste.

TRIVELIN

Voyons; pourquoi étes-vous dans cet équipagelà?

LB CHEVALIER

Ce n'est f oint pour faire du mal.

TRIVELIN

Je le crois bien; si c'était pour cela, vous ne déguiseriez pas votre sexe ; ce serait perdre vos commodités.

LB CHEVALIER, à part.

Il faut le tromper. {Haut.) Je t'avoue que j'avais envie de te cacher la vérité, parce que mon déguisement regarde une dame de condition, ma maltresse, qui a des vues sur un M. Lélio, que tu verras, et qu'elle voudrait détacher d'une inclination qu*il a pour une comtesse à qui appartient ce château.

TRIVBUN.

Et quelle espèce de commission vous donne-t elle auprès de ce Lélio? L'emploi me parait gaillard, soubrette de mon âme.

LB CHEVALIER

Point du tout. Ma charge, sous cet habit-ci, est d'attaquer le cœur de la comtesse. Je puis passer, comme tu vois, pour un assez joli cavalier, et j*ai déjà vu les yeux de la comtesse s'avréter plus d'une fois sur moi. Si elle vient à m'aimer, je la ferai rompre avec Lélio; il reviendra à Paris, on lui proposera ma maîtresse qui y est; elle est aimable, il la connaît, et les noces seront bientôt faites.

TRIVEUN. •

Parlons à présent à rez-de-chaussée. As-lu le cœur libre?

LE CUEVAUER.

Oui.

TRIVELIN

Et moi aussi. Ainsi, de compte arrêté, cela fait deux cœurs libres, n'est-ce pas?

LE CHEVALIER

Sans doute.

TRIVELIN

Ergo, je conclus que nos deux cœurs soient désormais camarades.

LE CHEVALIER

Bon.

TRIVELIN

Et je conclus encore, toujours aussi judicieusement, que, comme deux amis doivent s'obliger en tout ce qu'ils peuvent, tu m'avances deux mois de récompense sur l'exacte discrétion que je promets d'avoir. Je ne parle point du service domestique que je te rendrai; sur cet article, c'est à l'amour à me payer mes gages.

LA FAUSSE SUIVANTE, ACTE I, SCÈNE VII

LB CHBVALIER, lui dormant de l'argent.

Tiens, voilà déjà six louis d'or d'avance pour ta discrétion, et en voilà déjà trois pour tes services. TRIVELIN, d*un air indifférent,

J*ai assez de cœur pour refuser ces trois derniers louis-là ; mais donne; la main qui me les présente étourdit ma générosité.

LE CHEVALIER

Voici monsieur Lélio; retire-toi, et va-t'en m'attendre à la porte de ce château où nous logeons.

TRIVELIN

Souviens-toi, ma friponne, à ton tour, que je suis ton valet sur la scène, et ton amant dans les coulisses. Tu me donneras des ordres en public, et des sentiments dans le tête-à-tète. (// se retire en arriére, quand Lélio entre avec Arlequin. Le» valet» »e rencontrant »e »aliient.)

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