LE GUE VA LIEU
Insolent I
TRIVELIN
Cruel !
LE CHEVALIER
Gomment, cruel!
TRIVBUN.
Oui, cruel; c'est un reproche tendre que je TOUS fais. Continuez, vous n'y êtes pas; j'en viendrai jusqu'aux soupirs; vos rigueurs me l'an- DODcent.
LB CHEVALIER, à part.
Je ne sais plus que penser de tout ce qu'il me dit.
TRIVELIN
Ah! ahl ah! vous rêvez, mon cavalier, vous délibérez; votre ton baisse, vous devenez trailablô, et nous nous accommoderons, je le vois bien. La passion que j'ai de vous servir est sans quartier; premièrement cela est dans mon sang, je ne saurais me corriger.
LE CHEVALIER, mettant la main titr la garde de ton épie.
Il me prend envie de te traiter comme tu le mérites.
TRIVELIN
Fi! ne gesticulez point de cette manière-là; ce l^cste-là n'est point de votre compétence. Laissez là celle arme qui vous est étrangère. Votre œil est plus redoutable que ce fer inutile qui vous pend au côté.
LB CHEVALIER
Ah! je suis trahie!
TRIVELIN
Masque, venoos au fait; je vous connais.
LB CHEVALIER
Toi?
TRIVELIN
Oui; Frontin vous connaissait pour nous deux.
LB CHEVALIER
Le coquin! Et t*a-t-ll dit qui j'étais?
TRIVELIN
n m'a dit que vous étiez une fille, et voilà tout;
et moi je l'ai cru; car je ne chicane sur la qualité de personne.
Puisqu'il m'a trahie, il vaut autant que je t'instruise du reste.
TRIVELIN
Voyons; pourquoi étes-vous dans cet équipagelà?
LB CHEVALIER
Ce n'est f oint pour faire du mal.
TRIVELIN
Je le crois bien; si c'était pour cela, vous ne déguiseriez pas votre sexe ; ce serait perdre vos commodités.
LB CHEVALIER, à part.
Il faut le tromper. {Haut.) Je t'avoue que j'avais envie de te cacher la vérité, parce que mon déguisement regarde une dame de condition, ma maltresse, qui a des vues sur un M. Lélio, que tu verras, et qu'elle voudrait détacher d'une inclination qu*il a pour une comtesse à qui appartient ce château.
TRIVBUN.
Et quelle espèce de commission vous donne-t elle auprès de ce Lélio? L'emploi me parait gaillard, soubrette de mon âme.
LB CHEVALIER
Point du tout. Ma charge, sous cet habit-ci, est d'attaquer le cœur de la comtesse. Je puis passer, comme tu vois, pour un assez joli cavalier, et j*ai déjà vu les yeux de la comtesse s'avréter plus d'une fois sur moi. Si elle vient à m'aimer, je la ferai rompre avec Lélio; il reviendra à Paris, on lui proposera ma maîtresse qui y est; elle est aimable, il la connaît, et les noces seront bientôt faites.
TRIVEUN. •
Parlons à présent à rez-de-chaussée. As-lu le cœur libre?
LE CUEVAUER.
Oui.
TRIVELIN
Et moi aussi. Ainsi, de compte arrêté, cela fait deux cœurs libres, n'est-ce pas?
LE CHEVALIER
Sans doute.
TRIVELIN
Ergo, je conclus que nos deux cœurs soient désormais camarades.
LE CHEVALIER
Bon.
TRIVELIN
Et je conclus encore, toujours aussi judicieusement, que, comme deux amis doivent s'obliger en tout ce qu'ils peuvent, tu m'avances deux mois de récompense sur l'exacte discrétion que je promets d'avoir. Je ne parle point du service domestique que je te rendrai; sur cet article, c'est à l'amour à me payer mes gages.
LA FAUSSE SUIVANTE, ACTE I, SCÈNE VII
LB CHBVALIER, lui dormant de l'argent.
Tiens, voilà déjà six louis d'or d'avance pour ta discrétion, et en voilà déjà trois pour tes services. TRIVELIN, d*un air indifférent,
J*ai assez de cœur pour refuser ces trois derniers louis-là ; mais donne; la main qui me les présente étourdit ma générosité.
LE CHEVALIER
Voici monsieur Lélio; retire-toi, et va-t'en m'attendre à la porte de ce château où nous logeons.
TRIVELIN
Souviens-toi, ma friponne, à ton tour, que je suis ton valet sur la scène, et ton amant dans les coulisses. Tu me donneras des ordres en public, et des sentiments dans le tête-à-tète. (// se retire en arriére, quand Lélio entre avec Arlequin. Le» valet» »e rencontrant »e »aliient.)