‹ Œuvres de Marivaux: théâtre completChapitre 700 sur 1238 · LÉLIO. TRIVELIN · texte numérisé non relu

LÉLIO. TRIVELIN

TRIVELIN, à part.

Voici ma mauvaise paye; la physionomie do cet homme-là m'est devenue fâcheuse; promenonsnous d'un autre côté.

LÉLIO

Trivelin, je voudrais bien te parler.

TRIVELIN

A moi, monsieur? Ne pourriez-vous pas remettre cela? J'ai actuellement un mal de tête qui ne me permet de conversation avec personne.

LÉLIO

Bon, bon ! c'est bien à toi à prendre garde à un petit mal de tète; approche.

TRIVELIN

Je n'ai, ma foi, rien de nouveau à vous apprendre, au moins.

LÉLIO, le prenant par le brat.

Viens donc.

TRIVELIN

Ehl bien de quoi s'agit-il? Vous reprocheriezvous la récompense que vous m'avez donnée tantôt? Je n'ai jamais vu de bienfait dans ce goût-là. Voulez-vous rayer ce petit trait-là de votre vie? Tenez, ce n'est qu'une vétille ; mais les. vétilles gâtent tout.

LÉLIO

Écoute, ton verbiage me déplaît.

TRIVELIN

Je vous disais bien que je n'étais pas en état de paraître en compagnie.

LÉLIO

Et je veux que tu répondes positivenient à ce que je te demanderai ; je réglerai mon procédé sur le tien.

TRrVELIN.

Le vôtre sera donc court ; car le mien sera bref. Je n'ai vaillant qu'une réplique, qui est que je ne sais rien ; vous voyez bien q,ue je ne vous ruinerai pas en interrogations.

LÉLIO

Si tu me dis la vérité, tu n'en seras pas fâché.

TRIVELIN

Sauriez-vous encore quelques coi^fs de bâton à m'épargner?

LÉLIO

Finissons.

LA FAUSSE SUIVANTE, ACTE III, SCÈNE IL

J*obéis.

Où va&-tu?

TRIVELIN, «Vu atianf, LÉUO.

Pour finir une conversation, il n'y a rien de mieux que de la laisser là ; c'est le plus court, ce me semble.

LÉLIO

Tu m'impatientes, et je commence à me fâcher. Tiens-toi là ; écoute, et me réponds.

TRIVELIN, A part.

A qui en a ce diable d'homme-Ià?

Liuo.

Je croîs que lu jures entre tes dents?

TRIVELIN

Cela m'arrîve quelquerois par distraction.

LÉLIO

Crois-moi, traitons avec douceur ensemble, Trivelin; je t'en prie.

TRIVELIN

Oui-dà, comme il convient à d'honnêtes gçns.

LÉLIO

Y a-t-il longtemps que tu connais le chevalier?

TRIVELIN

Non, c'est une nouvelle connaissance; la v6(re et la mienne sont de la même date.

LÉLIO

Sais-tu qui il est?

TRIVELIN

Il se dit cadet d'un aîné gentilhomme; mais les titres de cet atné, je ne les ai point vus; si je les vois jamais, je vous en promets copie.

LÉLIO

Parle-moi à cœur ouvert.

TRIVELIN

Je vous la promets, vousdis-je; je vous en donne ma parole ; il n'y a point de sûreté de cette forcelà nulle part.

LÉLIO

Tu me caches la vérité ; le nom de chevalier qu'il porte est un faux nom.

TRIVELIN

Serait-il l'ainé de sa famille? Je l'ai cru réduit à une légitime ; voyez ce que c'est I

LÉLIO

Tu bats la campagne; ce chevalier mal nommé, avoue-moi que tu l'aimes.

TRIVELIN

Eh! je l'aime par la règle générale qu'il faut aimer tout le monde; voilà ce qui le tire d'alîaire auprès de moi.

LÉUO.

Tu t'y ranges avec plaisir, à celte règlc-Ià.

TRIVELIN

Ma foi, monsieur, vous vous trompez; rien ne me coûte tant que mes devoirs. Plein de courage pour les vertus inutiles, je suis pour les nécessaires d'une tiédeur qui passe l'imagination.

Qu'est-ce que c'est que nous! N'éles-vous pas comme moi, monsieur?

LÉLIO, avec dépit.

Fourbe! tu as de l'amour pour ce faux chevalier.

TRIVELIN

Doucement, monsieur; diantre 1 ceci est sérieux.

LÉLIO

Tu sais quel est son sexe.

TBIVRUN.

Expliqnons-noDS. De sexes, je n'en connais que deux; Ton qui se dit raisonnable, Taulre qui nous prouve que cela n'est pas vrai. Duquel des deux le chevalier est-il?

LBUO, !e prenant par te bouton.

Puisque tu m'y forces, ne perds rien de ce que je vais te dire. Je te ferai périr sous le bâton si tu me joues davantage; m'entends-tu?

TRIVBUN.

Vous êtes clair.

LÉUO.

Ne m'irrite point. J*ai dans cette affaire-ci ua intérêt de la dernière conséquence; il y va de ma fortune; et tu parleras, ou je te tue.

TRIVELIN

Vous me tuerez si je ne parle? Hélas I monsieur, si les babillards ne mouraient point, je serais éternel, ou personne ne le serait.

Parle donc.

TRIVELIN

Donnez-moi un sujet; quelque petit qu'il soit, je m'en contente, et j'entre en matière.

LÉLIO, tirant son épie.

Ah! tu ne veux pasi Voici qui te rendra plus docile.

TRIVEUN.

Fi donc ! Savez-vous bien que vous me feriez peur, sans votre physionomie d'honnête homme?

LÉLIO

Coquin que tu es!

TRIVELIN

C'est mon habit qui est un coquin; pourmoi, je suis un brave homme; mais avec cet équipagelà, on a de la probité en pure perte; cela ne fait ni honneur ni profit.

LÉLIO, remettant son épée.

Va, je tâcherai de me passer de l'aveu que je le demandais; mais je te trouverai, et tu me répondras de ce qui m'arrivera de fâcheux.

TRIVEUN.

En quelque endroit que nous nousrenconlnoDs« monsieur, je sais ôter mon chapeau de bounc grâce, je vous le garantis, et vous serez content de moi.

Retîrc-toi.

TRIVELIN

Il y a une heure que je vous l'ai proposé.

(ff fort.)

LA FAUSSE SUIVANTE, ACTE lil, SCÈNE III.

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