LE MO
Quarante ou cinquante! Et pourquoi le chevalier te faisait-il ce présent-là?
▲RLBQOIN.
Parce que je lui avais demandé un échantillon.
Léuo.
Encore un échantillon I
ARLEQUIN
Eh ! vraiment oui ; monsieur le chevalier en avait aussi donné à Trivelin.
LBLIO.
Je ne saurais débrouiller ce qu*il veut dire; il y a cependant quelque chose là-dedans qui peut me regarder. Réponds-moi ; avais-tu rendu au chevalier quelque service qui l'engageât à te récompenser?
ARLEQUIN. -
Non; mais j'étais jaloux de ce qu'il aimait Trivelin, de ce qu'il avait charmé son cœur et mis de l'or dans sa bourse; et moi, je voulais aussi avoir le cœur charmé et la bourse pleine.
LKUO.
Quel étrange galimatias me fais-tu là?
ARLEQUIN
Il n'y a pourtant rien de plus vrai que (out cela.
LBLIO.
Quel rapport y a-t-il entre le cœur de Trivelin et le chevalier? Le chevalier a-t-il de si grands charmes? Tu parles de lui comme d'une femme.
ARLEQUIN
Tant il y a qu'il est ravissant, et qu'il fera aussi rafle de votre cœur, quand vous le connaîtrez. Allez, pour voir, lui dire : Je vous connais et je garderai le secret; vous verrez si ce n'est pas un échantillon qui vous viendra sur-le-champ, et vous me direz si je suis fou.
LéLIO.
Je n'y comprends rien. Mais qui est-il ce che- Talier?
Voilà justement le secret qui fait avoir un présent, quand on le garde.
LÉLIO
Je prétends que tu me le dises, moi.
ARLEQUIN
Vous me ruineriez, monsieur ; il ne me donneraitp]usrien,ce charmant petitsemblant d'homme, et je l'aime trop pour le fâcher.
LéLIO.
Ce petitsemblant d'homme! Que veut-il dire? et que signifie son transport? En quoi le trouvestu donc plus charmant qu'un autre?
ARLEQUIN
Ahl monsieur, on ne voit point d'hommes comme lui; il n'y en a point dans le monde; c'est folie que d'en chercher; mais sa mascarade empêche de roir cela.
LIÎLIO.
Sa mascarade! Ce qu'il me dit là me fait naître
une pensée que toutes mes réflexions fortifient; le chevalier a de certains traits, un certain minois... Mais voici Trivelin; je veux le forcer à me dire la vérité, s'il la sait; j'en tirerai meilleure raison que de ce butor-là. (A Arlequin.) Va-t'en ; je tâcherai de te faire ravoir ton argent. {Arlequin part en lui baisant la main et en se plaignant,)