L'ILE DES ESCLAVES, SCÈNE H
ARLEQUIN
Ob, diantre I il s*appelie par uo nom, lui ; c'est Ie«seigQeur Iphicrate.
TRITRLIN.
Eh bien I changez de nom à présent ; soyez le seigneur Iphicrate à votre tour; et vous, Iphicrate, appelez-vous Arlequin ou bien Hé.
ABLEQUm, iomtant de joie, û son màttre.
Oh! oh ! que nous allons rire, seigneur Hé!
TRIYRLIN, à Arlequin,
Souvenez-Yous en prenant son nom, mon cher ami, qu'on tous le donne bien moins pour réjouir Totre yanité, que pour le corriger de son orgueil.
ARLSQUIN.
Oui, oui, corrigeons, corrigeons.
IPHICRATE, regardant Arlequin,
Maraud I
ARLEQUIN
Parlez donc, mon bon ami; voilà encore une licence qui lui prend; cela est-il du jeu?
TRIVELIN, à Arlequin.
Dans ce moment-ci, il peut vous dire tout ce qu'il voudra. {A Iphicrate,) Arlequin, votre aventure vous afflige, et vous êtes outré contre Iphicrate et contre nous. Ne vous gênez point, soulagez-voos par Temportement le plus vif; traitez-le de misérable, et nous aussi ; tout vous est permis à présent; mais ce moment-ci passé, n'oubliez pas que vous êtes Arlequin, que voici Iphicrate, et que vous êtes auprès de lui ce qu'il était auprès de vous; ce sont là nos lois, et ma charge dans la république est de les faire observer en ce canton-ci.
ARLEQUIN
Ah ! la belle charge I
IPHICRATE
Moi, l'esclave de ce misérable I
TRIVELIN
n a bien été le vôtre.
ARLEQUIN
Hélas! il n'a qu'à être bien obéissant, j'aurai mille bontés pour lui.
IPHICRATE
Vous me donnez la liberté de lui dire ce qu'il me plaira; ce n'est pas assez; qu'on m'accorde encore nn bâton.
ARLEQUIN
Camarade, il demande à parler à mon dos , et e le mets sous la protection de la république, au noins.
Ne craignez rien.
GLJSANTHI8, à THvelm,
Monsieur, je suis esclave aussi, moi, et du même vaisseau; ne m'oubliez pas, s'il vous platt.
TRIVELIN
Non, ma belle enfant; j'ai bien connu votre condition à votre habit; et j'allais vous parler de ce qui vous regarde, quand je l'ai vu l'épée à la
main. Laissez-moi achever ce que j'avais à dire. Arlequin I
ARLEQUIN, croyant qu^on l* appelle.
Eh!... A propos, je m'appelle Iphicrate.
TRIVELIN, cantimumt.
Tâchez de vous calmer; vous savez qui nous sommes, sans doute?
ARLEQUIN
Ohl morbleu! d'aimables gens.
CLÉANTHIS.
Et raisonnables*
TRIVELIN
Ne m'interrompez point, mes enfants ; je pense donc que vous savez qui nous sommes. Quand nos pères, irrités de la cruauté de leurs maîtres, quittèrent la Grèce et vinrent s'établir ici, dans le ressentiment des outrages qu'ils avaient reçus de leurs patrons, la première loi qu'ils y firent fut d'ôter la vie à tous les maîtres que le hasard ou le naufrage conduirait dans leur île, et conséquemment de rendre la liberté à tous les esclaves. La vengeance avait dicté celte loi; vingt ans après la raison l'abolit, et en dicta une plus douce. Nous ne nous vengeons plus de vous, nous vous corrigeons ; ce n'est plus votre vie que nous poursuivons, c'est la barbarie de vos cœurs que nous voulons détruire. Nous vous jetons dans l'esclavage pour vous rendre sensibles aux maux qu'on, y éprouve ; nous vous humilions, afin que, nous trouvant superbes, vous vous reprochiez de l'avoir été. Votre esclavage, ou plutôt votre cours d'humanité dure trois ans, au bout desquels on vous renvoie si vos maîtres sont contents de vos progrès; et, si vous ne devenez pas meilleurs, nous vous retenons par charité pour les nouveaux malheureux que vous iriez faire encore ailleurs, et, par bonté pour vous, nous vous marions avec une de nos citoyennes. Ce sont là nos lois à cet égard; mettez à profit leur rigueur salutaire. Remerciez le sort qui vous conduit ici. U vous remet en nos mains, durs, injustes et superbes, vous voilà en mauvais état; nous entreprenons de vous guérir; vous êtes moins nos esclaves que nos malades, et nous ne prenons que trois ans pour vous rendre sains, c'est-à-dire humains, raisonnables et généreux pour toute votre vie.
ARLEQUIN
Et le tout gratis, sans purgation ni saignée. Peut-on de la santé à meilleur compte ?
TRIVELIN
Au reste, ne cherchez point à vous sauver de ces lieux, vous le tenteriez sans succès, et feriez votre fortune plus mauvaise; commencez votre nouveau régime de vie par la patience.
ARLEQUIN
Dès que c'est pour son bien, qu'y a-t-il à dire?
TRIVELIN, aux esclaves.
Quant à vous, mes enfants, qui devenez libres et citoyens, Iphicrate habitera celle case avec le