VILE DES ESCLAVES, SCÈNE VL
ARLEQUIN
Laisse-moi faire; quand je t*aurai ofTensé, je te demanderai pardon après.
TBIVELIN.
Il ne s*agît que d*une bagatelle; j'en ai demandé autant à la jeune fille que vous avez vue, sur le chapitre de sa maltresse.
ARLEQUIN
Eh bien! tout ce qu'elle vous a dit, c'étaient des folies qui faisaient pitié, des misères? gageons.
TRIVEUN.
Cela est encore vrai.
ARLEQUIN
Eh bien! je vous en offre autant; ce pauvre jeune garçon n'en fournira pas davantage ; extravagance et misère, voilà son paquet; ne sont-ce pas là de belles guenilles pour les étaler? Étourdi par nature, étourdi par singerie, parce que les femmes les aiment comme cela; un dissipe-tout ; vilain quand il faut être libéral, libéral quand il faut être vilain ; bon emprunteur, mauvais payeur; honteux d'être sage, glorieux d'être fou; un petit brin moqueur des bonnes gens; un petit brin hâbleur avec tout plein de maitresses qu'il ne connaît pas; voilà mon homme. Est-ce la peine d'en tirer le portrait? (i /p/iicrûie.) Non, je n'en ferai rien ; mon ami, ne crains rien.
TRIVELIN
Cette ébauche me suffit. (A Iphierate.) Vous n'avez plus maintenant qu'à certifier pour véritable ce qu'il vient de dire.
IPHICRATE
Moi!
TRIVELIN
Vous-même. La dame de tantôt en a fait autant; elle vous dira ce qui l'y a déterminée. Croyez-moi, il y va du plus grand bien que vous puissiez souhaiter.
IPHICRATB.
Du plus grand bien? Si cela est, il y a là quelque chose qui pourrait assez me convenir d'une certaine façon.
ARLEQUIN
Prends tout ; c'est un habit fait sur ta taille.
TRIVEUN.
Il me faut tout ou rien.
IPHICRATE
Voulez-vous que je m'avoue un ridicule ?
ARLEQUIN
Qu'importe, quand on l'a été?
TRIVELIN
N'avez-vous que cela à me dire?
IPHICRATE
Va donc pour la moitié, pour me tirer d'affaire.
TRIVELIN
Va du tout.
IPHICRATE
Soit. {Arlequin rit de toute sa fore?,)
TRIVELIN
Vous avez fort bien fait, vous n'y perdrez rien. Adieu, vous saurez bientôt de mes nouvelles.
CLÉANTHIS, IPfflCRATE, ARLEQUIN, EUPHROSINE.
CLÉANTHIS.
Seigneur Iphicrate, peut-on vous demander de quoi vous riez?
ARLEQUIN
Je ris de mon Arlequin qui a confessé qu'il était un ridicule.
■CLÉANTHIS.
Cela me surprend, car il a la mined'un homme raisonnable. Si vous» voulez voir une coqueUede son propre aveu, regardez ma suivante.
ARLEQUIN, la regardant, Malepestel quand ce visage-là fait le fripoo, c'est bien son métier. Mais parlons d'autre chose, ma belle demoiselle ; qu'est-ce que nous ferons à cette heure que nous sommes gaillards?
CLÉANTHIS.
Eh! mais, la belle conversation.
ARLEQUIN
Je crains que cela ne vous fasse bâiller, j'en bâille déjà. Si je devenais amoureux de vous, cela amuserait davantage.
CLÉANTHIS.
Eh bien ! faites. Soupirez pour moi ; poursuivez mon cœur, prenez-le si vous pouvez, je ne vous en empêche pas; c'est à vous de faire vos diligences; me voilà, je voua attends; maistrailons l'amour à la grande manière, puisque nous sommes devenus maîtres ; allons-y poliment et comme le grand monde.
ARLEQUIN
Oui-dà; nous n'en irons que meilleur train.
CLÉANTHIS.
Je suis d'avis d'une chose, que nous disions qu'on nous apporte des sièges pour prendre l'air assis, et pour écouter les discours galants que vous m'àllez tenir; il faut bien jouir de notre étal, en goûter le plaisir.
ARLEQUIN
Votre volonté vaut une ordonnance. (A Iphierate-) Arlequin, vite des sièges pour moi, et des fauteuils pour madame.
IPHICRATE
Peux-tu m'employer à cela?
ARLEQUIN
La république le veut.
CLÉANTHIS.
Tenez, tenez, promenons-nous plutôt de cette manière-là, et tout en conversant vous ferez adroitement tomber l'entretien sur le penchant que mes yeux vous ont inspiré pour moi; car