SCÈNE VII
CLÉANTHIS, EUPHROSINE, qui vient douemau.
Approchez, et accoutumez-vous à aller plus vite; car je ne saurais attendre.
EUPHROSINE
De quois*agit-il?
CLEANTHIS.
Venez çà, écoutez-moi. Un honnête homme vient de me témoigner qu*il vous aime; c'est Iphicrate.
EUPHROSINE
Lequel?
CLÉANTHIS.
Lequel? Y en a-t-il deux ici? c*est celui qui vient de me quitter.
EUPHROSINE
Eh ! que veut-il que je fasse de son amour?
CLÉANTHIS.
Et qu^avez-vous fait de Tamour de ceux qui vous aimaient? Vous voilà bien étourdie! est-ce le mot d'amour qui vous effarouche? Vous le connaissez tant cet amour! vous n'avez jusques ici regardé les gens que pour leur en donner; vos beaux yeux n'ont fait que cela ; dédaignent-ils la conquête du seigneur Iphicrate? Il ne vous fera point de révérences penchées; vous ne lui trouverez point de contenance ridicule, d'airs évaporés. Ce n^est point une tête légère, un petit badin, un petit perfide, un joli volage, un aimable indiscret; ce n'est point tout cela. Ces gràces-là lui manquent, à la vérité. Ce n'est qu'un homme franc, qu*un homme simple dans ses manières,
qui n'a pas l'esprit de se donner des airs; qui vous dira qu'il vous aime seulement parce que cela sera vrai ; enfin ce n'est qu'un bon cœur, voilà tout; et cela est fâcheux, cela ne pique point. Mais vous avez Tcsprit raisonnable; je vous destine à lui, il fera votre fortune ici, et vous aurez la bonté d'estimer son amour, et vous y serez sensible, entendez-vous? Vous vous conformerez à mes intentions, je l'espère; imagioe^ vous même que je le veux.
EUPHROSINE
Où suis-je! et quand cela finira-t-il?
(EHe rêve.)