L'ILE DES ESCLAVES, SCÈNE IX
quo je serais heureux avec cela! mon petit cœur en ferait bien son profit. Reine, je suis bien tendre; mais TOUS ne voyez rien. Si vous aviez la charité d*ètre tendre aussi, oh! je deviendrais fou tout à fait.
EUPHROSINE
Tu ne l'es déjà que trop.
ARLEQUIN
Je ne le serai jamais tant que vous en êtes
digne.
BUPHROSINE.
Je ne suis digne que de pitié, mon enfant.
ARLEQUIN
Bon, bon! à qui est-ce que vous contez cela? TOUS êtes digne de toutes les dignités imaginables; un empereur ne vous vaut pas, ni moi non plus ; mais me voilà, moi, et un empereur n'y est pas ; et un rien qu'on voit, vaut mieux que quelque chose qu'on ne voit pas. Qu'en dites- vous?
EUPHROSINB.
Arlequin, il4ne semble que tu n'as point le cœur mauvais.
Oh ! il ne s'en fait plus de cette pâte-là ; je suis QD mouton.
EUPHROSINB.
Respecte donc le malheur que j'éprouve.
ARLEQUIN
Hélas! je me mettrais à genoux devant lui.
EUPHROSINB.
Ne persécute point une infortunée, parce que tu peux la persécuter impunément. Vois l'extrémité où je suis réduite; et si tu n'as point d'égard au rang que je tenais dans le monde, à ma naissance, à mon éducation ; du moins que mes disgrâces, que mon esclavage, que ma douleur t'attendrisseot. Tu peux ici m'outrager autant que tu le voudras; je suis sans asile et sans défense; je n'ai que mon désespoir pour tout secours. J'ai besoin de la compassion de tout le monde, de la tienne même. Arlequin ; voilà l'état où je suis. Ne le trouves-tu pas assez misérable? Tu es devenu libre et heureux; cela doit-il te rendre méchant? Je n'ai pas la force de t'en dire davantage. Je ne t'ai jamais fait de mal; n'ajoute rien à celui que je souffre. {Elleiort.) ARLEQUIN, abattu^ Ui bras abaisêéi^ et comme immobile.
J'ai perdu la parole.