‹ Œuvres de Marivaux: théâtre completChapitre 734 sur 1238 · BLAISE, CLAUDINE · texte numérisé non relu

BLAISE, CLAUDINE

BLAISB.

Ah çà, Gaudine, j'ons passé dix ans à Paris, moi. Je connaissons le monde, je vais te l'apprendre. Nous v'ià riches, faut prende garde à ça.

CLAUDINE

C'est bian dit, mon homme ; faut jouir.

Ce n'est pas tout que de jouir, femme: faut avoir de belles magnières.

CLAUDINE

Certainement; et il n'y a d'abord qu'à m'habiller de brocard, acheter des jouyaux et un collier de parles : tu feras pour toi à Tavenant.

BLAISE

Le brocard, les parles et les jouyaux ne font rien à mon dire; t'en auras à bauge, j 'aurons itou du d'or sur mon habit. J'avons déjà acheté un castor avec un casaquin de friperie, que je bouterons en attendant que j'ayons tout mon équipage à forfait. Je dis tant seulement que c'est le marchand et le tailleur qui baillent tout cela; mais c'est l'honneur, la flarté et l'esprit qui baillent le reste.

CLAUDINE

De rhonneuri j'en avons à revendre d'abord.

BLAISE

Ça se peut bian; stapendant de cette marchandise-là, il ne s'en vend point; mais il s'en pard biaucoup.

CLAUDINE

Oh! bian donc! je n'en vendrai ni n'en pardrai.

BLAISE

Ça sufAt; mais je ne parle point de cet honneur de conscience; et celi-là, tu te contenteras de l'avoir en secret dans l'àme ; là, t'en auras biaucoup sans en montrer tant.

CLAUDINE

Comment, sans en montrer tantl je ne montrerai pas mon honneur!

BLAISE

Eh morgue! tu ne m'entends point; c'est que je veux dire qu'il ne faut faire semblant de rian ; qu'il faut se conduire à l'aise, avoir une vartu négligente; se parmettre un maintien commode, qui .

oe soit point malhonnête» qui ne soit point honnête non plus ; de ça qui va comme il peut; entendre tout, repartir à tout, badiner de tout.

CLAUDINE

Savoir queu badinage on me fera.

BLAISE

Tîans, par exemple ; prends que je ne sois pas ton homme, et que t'es la femme d'un autre. Je te connais, je vians à toi, et je batifole dans le discours. Je te dis que t'es agriable, que je veux être ton amoureux, que je te conseille de m'aimer, que c'est le plaisir, que c'est la mode. Madame par-ci, madame par-là ; ous êtes trop belle ; qu'estce qu'ous en voulez faire? prenez avis, vos yeux me tracassent, je vous le dis; qu'en sera-t-il? qu'en fera-t-on? Et pis des petits mots charmants, des pointes d'esprit, de la malice dans Toeil, des singeries de visage, des transportements; et pis : madame, il n'y a, morgue! pas moyen de durer! boutez ordre à ça. Et pis je m'avance, et pis je plante mes yeux sur ta face ; je te pi*ends une main, queuquefois deux; je te sarre, je m'agenouille. Que repars-tu à ça?

CLAUDINE

Ce que je repars, Biaise? mais vraiment ! je te repousse dans l'estomac, d'abord.

Bon!

CLAUDINE

Puis après, je vais à reculons.

BLAISB.

Courage !

CLAUDINE

Ensuite je devians rouge, et je te dis pour qui tu me prends ; je t'appelle un impartinant, un vaurian. Ne m'attaque jamais, ce fais-je, eu te montrant les poings ; ne vians pas envars moi, car je ne sis pas aisiée. Yois-tu bian! il n'y a rien à faire ici pour toi; va-t'en, tu n'es qu'un bélilre.

BLAISB.

Nous v'ià tout juste ; v'ià comme ça se pratique dans noute village. Cet honneur-là, qui est tout d'une pièce, est fait pour les champs ; mais à la ville, ça ne vaut pas le diable; tu passerais pour une je ne sais qui.

CLAUDINE

Le drôle de trafic! mais pourtant je sis mariée; que diraî-je en réponse?

BLAISE. S

Oh ! je vais te bailler le régime de tout ça. Quians; quand quelqu'un te dira: Je vous aime bien, madame, (//nv.) Ah! ah! ah! v'ià comme tu feras, oh ! bian joliment: Ça vous platt à dire. 11 te repartira : Je ne raille point. Tu repartiras : Eh bian ! tope, aimez-moi. S'il te prenait les mains, tu l'appelleras badin; s'il te les baise: eh bian! soit; il n'y a rien de gâté ; cen'estque desmaius, au bout du compte ; s'il t'attrape queuque baiser

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