‹ Œuvres de Marivaux: théâtre completChapitre 735 sur 1238 · L'HÉRITIER DE VILLAGE, SCÈNE IIL · texte numérisé non relu

L'HÉRITIER DE VILLAGE, SCÈNE IIL

sur le chigDOD, voire sur la face, il n*y aura point de mal à ça ; attrape qui peut, c*est autant de pris, ça ne te regarde point; ça viant jusqu'à toi, mais ça te passe. Qu'il te lorgne tant qu'il voudra, ça aide à passer le temps ; car, comme je te dis, la vartu du biau monde n'est point hargneuse ; c'est une vartu douce que la politesse a boutée à se faire à tout; alJe est folichonne, aile aie mot pour rire, sans façon, point considérante; aile ne donne rian ; mais ce qu'on li vole, aile ne court pas après. T\k l'arrangement de tout ça ; v'ià ton devoir de madame, quand tu le seras.

CLAUDINE

Et drès que c'est la mode pour être honnête, je varrons; cette vartu-là n'est pas plus difficile que la nôtre. Mais mon homme, que dira-t-il ?

BLAISB.

Moi 7 rian. Je te varrions un régiment de galants à Fentour de toi, que je sis obligé de passer mon chemin; c'est mon savoir-vivre que ça; li aura trop de froidure entre nous.

CLAUDINE

Biaise, celte froidure me chifTonne, ça ne vaut rian en ménage; je sis d*avisque je nous aimions bian au contraire.

BLAISE

Nous aimer, femme I morgue ! il faut bian s'en garder ; vraiment, ça jetterait un biau coton dans le monde !

CLAUDINE

Hélas! Biaise, comme tu fais! et qui est-ce qui m'aimera donc moi?

BLAISE

Parguél ce ne sera pas moi, je ne sis pas si sot ni si ridicule.

CLAUDINE

Mais quand je ne serons que tous deux, est-ce que tu me haïras ?

BLAISE

Oh ! non ; je pense qu'il n'y a pas d'obligation à ça; stapendant je nous en informerons pour être pus sûrs. Mais il y a une autre bagatelle qui est encore pour le bon air ; c'est que j 'aurons une maîtresse qui sera queuque chifîon de femme, qui sera bian laide et bian sotte, qui ne m'aimera point, que je n'aimerai point non pus; qui me fera des niches, mais qui me coûtera biaucoup, el qui ne vaura guère, et c'est là le plaisir.

CLAUDINE

Etmoi, combian me coûtera un galant? car c'esl mon devoird'honnête madame d'en avoir un itou; n'est-ce pas?

BLAISE

Ten auras trente, et non pas un.

CLAUDINE

Oui, trente à l'entour de moi, à cause de ma vartu commode; mais ne faut-il pas un galant à demeure ?

T'as raison, femme ; je pense itou que c'est de la belle magnière, ça se pratique; mais ce chapitre-là ne me reviant pas.

CLAUDINE

Mon homme, si je n'ons pas un amoureux, ça nous fera tort, mon ami.

BLAISE

Je le vois bian ; mais, morgue 1 je n'avons pas l'esprit assez farme pour te parmettre ça ; je ne sommes pas encore assez naturalisé gros monsieur ; tians, passe-toi de galants, je me passerai d'amoureuse.

CLAUDINE

Faut espérer que le bon exemple t'enhardira.

BLAISE

Ça se peut bian; tout le reste est bon, et je m'y tians. Mais nos enfants ne venont point ; c'est que noute laquais les charche; je m'en vais voir ça. V'ià noute dame et son cousin le chevalier qui se promènent; je vais quitter la farme de sa cousine; s'ils t'accostent, tians ton rang; fais-toi rendre la révérance qui t'appartiant; je vais revenir. Si le fiscal à qui je devais de l'argent arrive, dis-li qu'il me parle, (i/ ion,)

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