ARMIDAS, PLUTUS, AMINTE, SPINETTE
ABMIDAS.
Ma nièce, où est donc le seigneur Ergaste?
AMINTE
n s'est enfermé dans une chambre pour composer un divertissement qu'il veut me donner en musique.
PLUTUS
Oh ! pour de la musique, mademoiselle, il vous en apprendra tant, que vous pourrez la montrer vousmême.
AMINTB.
Ce n'est pas l'usage que j'en veux faire. Mais, monsieur n'est-il pas la personne qu'Ergaste a amenée avec lui? Il ressemble au portrait qu'il m'en a fait.
ABMIDAS.
Oui, ma nièce, monsieur est un galant homme; qui, depuis le peu de peu de temps que je le connais, m'a déjà donné pour lui une estime toute particulière.
PLUTUS
Oh ! point du tout, je ne suis qu'un bon homme ; mais j'ai de bons yeux; je me connais en beauté, et je déclare tout net que mademoiselle en est une. Voilà mes galanteries, à moi ; je ne sais point chercher mes phrases, mademoiselle. Vous êtes belle comme un astre, et le tout sans compliment
AMINTE
La comparaison est forte, quoique ordinaire.
PLUTUS
Ma foi, je vous la donne comme elle m'est venue.
ABMIDAS.
Passons, passons. Ma nièce, je vous prie de regarder monsieur comme mon ami, et comme le meilleur que j'aie encore trouvé.
AMINTE
Je vous obéirai, mon cher oncle.
SPINETTE
Allez, allez ; quand mademoiselle connaîtra bien monsieur, on n'aura que faire de le lui recommander..
PLUTUS
Oh ! cela est vrai ; on m'aime toujours quand on me connaît bien. Elle n'a pas goûté ma comparaison ; une autre fois j'en trouverai une meilleure. Il ne tient qu'à moi, par exemple, de vous comparer à Vénus. Aimez-vous mieux celle-là? Vous n'avez qu'à choisir. Je ne serais pas pourtant bien aise que vous lui ressemblassiez tout à fait ; la bonne dame a un mari dont je ne voudrais pas être la copie.
ABMIDAS.
Monsieur, ma nièce...
PLUTUS
Ce que j'en dis n'est que pour plaisanter. Mais à propos, Ergaste fait des vers à votre louange, et moi il faut bien aussi que je vous imagine quelque chose ; je vous quitte pour y rêver. Notre oncle, je.me recommande à vous ; allez droit en besogne.