‹ Œuvres de Marivaux: théâtre completChapitre 78 sur 1238 · FULVIUS · texte numérisé non relu

FULVIUS

Quoi ! vous ?

Nous sommes seuIs,nons pouvons ne rien feindre. Annibal n'a que trop montré qu'il est à craindre. Il fuit, il est vaincu, mais vaincu par des coups Que nous devons encor plus ao hasard qu'à nous. Et, s'il n'eût, autrefois , ralenti son courage, Rome était en danger d'obéir à Carthage. Quoique vaincu, les rois dont il cherche l'appui Pourraient bien essayer de se servir de lui ; Et, sur ce qu'il a fait fondant leur espérance. Avec moins de frayeur tenter l'indépendance : Et Rome à les punir aurait un embarras Qu'il serait imprudent de ne s'épargner pas. Nos aigles, en un mot, trop fréquemment défaites Par ce même ennemi qui trouve des retraites. Qui n'a jamais craint Rome, et qui même la voit Seulement ce qu'elle est et non ce qu'on la croit; Son audace, son nom et sa haine implacable. Tout, jusqu'à sa défaite, e3t en lui formidable ; El depuis quelque temps un bruit court parmi nous Qu'il va de Laodice être bientM l'époux. Ce coup est important : Rome en est alarmée. Pour le rompre elle a fait avancer son armée; Elle exige Annibal, et, malgré le mépris Que pour les rois tu sais que le Sénat a pris, Son orgueil inqmiet en fait un sacrifice. Et liivre à mon espoir la main de Laodice. Le roi, ffatté par là, peut en oublier mieux La vaieur d'un dépôt trop suspect en ces lieux. Pour effacer l'affront d'un pareil hyménée. Si contraire à la loi que Rome s'est donnée. Et, je te l'avoûrai, d'un hymen dont mon cœur N'aurait peut-être pu sentir le déshonneur, Cette Rome facile accorde à la princesse Le titre qui pouvait excuser ma tendresse, La fait Romaine enfin. Cependant ne crois pas Qu'en faveur de mes feux j'épargne Prusias.

Rome emprunte ma voix, et m'ordonne elle-même D'user ici pour lui d'une rigueur extrême. Il le faut en effet.

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