LE JEU DE L'AMOUR ET DU HASARD, ACTE II, SCÈNE XI
8ILVU, à part.
J'ai besoin à tout moment d'oublier que je l'écoute.
DORANTS.
Si tu savais^ Lisette, l'état où je me trouve...
SILYIA.
Ob ! il n'est pas si curieux à savoir que le mîen^ je t'en assure.
DORANTE
Que peux-tu me reprocher? Je ne me propose pas de te rendre sensible.
SILVIA
II ne faudrait pas s'y fier.
DORANTS. .
Et que pourrai-je espérer en tâchant de me faire aimer? Ilélas? quand même j'aurais ton cœur...
SILVIA
Que le ciel m'en préserve! Quand tu l'aurais^ tu ne le saurais pas; et je ferais si bien, que je ne le saurais pas moi-même. Tenez, quelle idée il lui vient là !
DORANTE
Il est donc bien vrai que tu ne me hais^ ni ne m'aimes, ni ne m'aimeras?
SILVIA
Sans difficulté.
DORANTS.
Sans difficulté! Qu'ai-je donc de si affreux?
81LVL&.
Rien : ce n'est pas là ce qui te nuit.
DORANTE
Eh bien! chère Lisette, dis-le-moi cent fois, que lu ne m'aimeras point.
SILVIA
Oh! je te l'ai assez dit; tâche de me croire.
DORANTE
Il faut que je le croie ! Désespère une passion dangereuse^ sauve-moi des effets que j'en crains : tu ne me hais, ni ne m'aimes, ni ne m'aimeras! Accable mon cœur de cette certitude-là! J'agis de bonne foi; donne-moi du secours contre moimême; il m'est nécessaire : je te le demande à genoux. (// se jette ù genoux. Dans ee moment, Jf. Or» 90tt et Mario entrent, et ne disent mot, )