‹ Œuvres de Marivaux: théâtre completChapitre 814 sur 1238 · SCÈNE XII · texte numérisé non relu

SCÈNE XII

SILVIA, seule; DORANTE, qui vient peu après,

SILVIA

Ah! que j'ai le cœur serré! je ne sais ce qui se mêle à l'embarras où je me trouve; toute cette avcnture-ci m'afflige ; je me défie de tous les visages, je ne suis contente de pei^sonne, je ne le suis pas de moi-même.

DORANTE

Ah! je te cherchais, Lisette.

SILVIA

Ce n'était pas la peine de me trouver, car je te fuis, moi.

DORANTE, Vempèchant de sortir.

Arrête donc, Lisette, j'ai à te parler pour la dernière fois; il s'agit d'une chose de conséquence qui regarde tes maîtres.

SILVIA

Va la dire à eux-mêmes : je ne te vois jamai:: que tu ne me chagrines; laisse-moi.

DORANTE

Je t'en offre autant; mais écoute-moi, te dis-je : tu vas voir les choses bien changer de face par c^ que je te vais dire.

SILVIA

Eh bien! parle donc, je t'écoute, puisqu'il est arrêté que ma complaisance pour toi sera éternelle.

DORANTE

Me promets-tu le secret ?

SILVIA

Je n'ai jamais trahi personne.

Tu ne dois la confidence que je vais te faire qu'à l'estime que j'ai pour toi.

SILVIA

Je le crois; mais tâche de m'estimer sans me le dire, car cela sent le prétexte.

DORANTE

Tu te trompes, Lisette r tu m'a promis le secret; achevons. Tu m'as vu dans de grands mouvements, je n'ai pu me défendre de t'aimer.

SILVIA

Nous y voilà : je me défendrai bien de t'entendre, moi; adieu.

DORANTE

• Reste, ce n'est plus Bourguignon qui te parle.

SILVIA

Eh! qui es-tu donc?

DORANTE

Ah, Lisette! c'est ici où tu vas juger des peines qu'a dû ressentir mon cœur.

SILVIA

Ce n'est pas à ton cœur que je parle, c'est à toL

DORANTE

Personne ne vient-il ?

Non.

DORANTE

L'état où sont les choses me force à te le dire, je suis trop honnête homme pour ne pas en arrêter le cours.

SILVIA

Soit.

DORANTE

Sache que celui qui est avec ta maîtresse n'est pas ce qu'on pense.

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