LE JEU DE L'AMOUR ET DU HASARD, ACTE III, SCÈNE IV
DORANTE
11 faudra bien : mais, monsieur, vous l'aimez donc beaucoup?
MARIO
Assez pour m'aitacher sérieusement à elle dès que j'aurai pris de certaines mesures. Comprends-tu ce que cela sîgniOe?
DORANTE
Oui ; je crois que je suis au fait : et sur ce pied-là Yous êtes aimé sans doute.
Qu'en penses-lu? Est-ce que je ne vaux pas la peine de l'être?
DORANTE
Vous ne vous attendez pas à être loué par vos propres rivaux, peut-être?
MARIO
La réponse est de bon sens je te la pardonne : mais je suis bien mortifié de ne pouvoir pas dire qu'on m'aime; et je ne le dis pas pour t'en rendre compte, comme tu le crois bien, mais c'est qu'il faut dire la vérité.
DORANTE
Vous m'étonnez, monsieur? Lisette ne sait donc pas vos desseins?
MARIO
Lisette sait tout le bien que je lui veux, et n'y parait pas sensible; mais j'espère que la raison me gagnera son cœur. Adieu; retire-toi sans bruit. Son indifférence pour moi, malgré tout ce que je lui offre, doit te consoler du sacrifice que tu feras... Ta livrée n'est pas propre à faire pencher la balance en ta faveur, et tu n'es pas fait pour lutter contre moi.