‹ Œuvres de Marivaux: théâtre completChapitre 825 sur 1238 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

LISETTE, PASQUIN

PASQUIN

Enfin, ma reine, je vous vois, et je ne vous quitte plus; car j'ai trop pâti d'avoir manqué de votre présence, et j'ai cru que vous esquiviez la ' que votre tendresse honore?

Ah! que nenni; vous ne savez pas cette aritbmétique-là aussi bien que moi.

LISETTE

Je reg:arde pourtant votre amour comme un présent du ciel.

PASQUm.

Le présent qu'il vous a fait ne le ruinera pas; il est bien mesquin.

LISETTE

Je ne le trouve que trop magnifique.

PASQUIN

C'est que vous ne le voyez pas au grand joor.

LISETTE

Vous ne sauriez croire combien votre modestie m'embarrasse.

PASQUIN

Ne faites point dépense d'embarras; je serais bien effronté, si je n'étais pas modeste.

LISETTE

Enfin, monsieur, faut-il vous dire que c'est moi

mienne.

USETTE.

Il faut vous avouer, monsieur, qu'il en était quelque chose.

Comment donc, ma chère âme, élixir de mon cœur, avez-vous entrepris la fin de ma vie ?

LISETTE

Non, mon cher ; la durée m'en est trop précieuse.

PASQUIN

Ah! que ces paroles me fortifient!

LISETTE

Et vous ne devez point douter de ma tendresse.

PASQUIN

Je voudrais bien pouvoir baiser ces petits mots-là, et les cueillir sur votre bouche avec la mienne.

LISETTE

Mais vous me pressiez sur notre mariage, et mon père ne m'avait pas encore permis de vous répondre. Je viens de lui parler, et j'ai son aveu ppur vous dire que vous pouvez lui demander ma main quand vous voudrez.

PASQUIN

Avant que je la demande à lui, souffrez que je la demande à vous; je veux lui rendre mes grâces de la charité qu'elle aura de vouloir bien entrer dans la mienne, qui en est véritablement indigne.

LISETTE

Je ne refuse pas de vous la prêter un moment, à condition que vous la prendrez pour toujours.

PASQUIN

Chère petite main rondelette et potelée, je vous prends sans marchander : je ne suis pas en peine de l'honneur que vous me ferez; il n'y a que celui que je vous rendrai qui m'inquiète.

LISETTE

Vous m'en rendrez plus qu'il ne m'en faut.

PASQUIN

Ahi I ahi ! je ne sais plus où me mettre.

LISETTE

Encore une fois, monsieur, je me connais.

PASQUIN

Eh ! je me connais bien aussi, et je n'ai pas là une fameuse connaissance, ni vous non plus, quand vous l'aurez faite : mais c'est là le diable que de me connaître; vous ne vous attendez pas au fond du sac.

LISETTE, d pari.

Tant d'abaissement n'est pas naturel, {hani.) D'où vient me dites-vous cela?

PASQUIN

Et voilà où gtt le lièvre.

LISETTE

Mais encore? Vous m'inquiétez : est-ce que tous n'êtes pas...

PASQUIN

Ahi ! ahi I vous m'ôtez ma couverture.

Sachons de quoi il s'agit.

PASQUIN, â part.

Préparons un peu cette aflaire-là. [haut,) Madame, votre amour est-il d'une constitution bien robuste? soutiendra-t-il bien la fatigue que je vais lui donner? un mauvais gtte lui fait-il peur? Je vais le loger petitement.

LISETTE

Ah ! tirez-moi d'inquiétude : en un mot, quiètesvous?

PASQUIN

Je suis... N'avez-vous jamais vu de fausse monnaie? savez-vous ce que c'est qu'un louis d'or fauxl Eh bien! je ressemble assez à cela.

LISETTE

Achevez donc; quel est votre nom?

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