‹ Œuvres de Marivaux: théâtre completChapitre 829 sur 1238 · DORANTE, SILVIA · texte numérisé non relu

DORANTE, SILVIA

DORANTE^ A part.

Qu'elle est digne d'être aimée ! Pourquoi faut-il que Mario m'ait prévenu?

SILVIA

Où étiez-vous donc^ monsieur? Depuis que j'ai quitté Mario, je n'ai pu vous retrouver pour vous rendre compte de ce que j'ai dit à monsieur Orgon.

DORANTE

Je ne me suià pourtant pas éloigné; mais de quoi s'agit-il?

SILVIA, â part.

Quelle froideur! {haut,) J'ai eu beau décrier votre valet, et prendre sa conscience à témoin de son peu de mérite; j'ai eu beau lui représenter qu'on pouvait du moins reculer le mariage, il ne m'a pas seulement écoutée; je vous avertis même qu'on parle d'envoyer chez le notaire, et qu'il est temps de vous déclarer.

DORANTE

C'est mon intention; je vais partir incognito, et je laisserai un billet qui instruira monsieur Orgon de tout.

siLvu, ù part.

Partir ! Ce n'est pas là mon compte.

DORANTE

N'approuvez-vous pas mon idée?

8ILVLA..

Mais... pas trop.

DORANTE

Je ne vois pourtant rien de mieux dans la situation OÙ je suis, à moins que de parler moi-même, et je ne saurais m'y résoudre. J'ai d'ailleurs d'autres raisons qui veulent que je me retire; je n'ai plus que faire ici.

SlLVIA.

Comme je ne sais pas vos raisons, je ne puis ni les approuver ni les combattre; et ce n'est pas à moi à vous les demander.

Il vous est aisé de les soupçonner, Lisette.

SILVU.

Mais je pense, par exemple, que vous avez du dégoût pour la fille de monsieur Orgon.

dorante; Ne voyez-vous que cela?

' SILVIA

Il y a bien encore certaines choses que je pourrais supposer; mais je ne suis pas folle, et je n'ai pas la vanité de m'y arrêter.

dorante.

Ni le courage d'en parler ; car vous n'auriez rien d'obligeant à me dire. Adieu, Lisette.

SILVIA

Prenez garde ; je crois que vous ne m'entendez pas, je suis obligée de vous le dire.

dorante.

A merveille 1 et l'explication ne me serait pas far vorable : gardez-moi le secret jusqu'à mon départ.

SILVIA

Quoi! sérieusement, vous partez?

DORANTE

Vous avez bien peur que je ne change d'avis.

SILVIA

Que vous êtes aimable d'être si bien au fait!

Cela est bien naïf : adieu, (il 9*en va,)

SILVU, à part.

S'il part, je ne Taime plus, je ne l'épouserai jamais... [elle le regarde aller,) Il s'arrête pourtant, il rêve, il regarde si je tourne la tête. Je ne saurais le rappeler, moi. . . Il serait pourtant singulier qu'il partit après tout ce que j'ai fait... Ah! voilà qui est fini, il s'en va; je n'ai pas tant de pouvoir sur lui que je le croyais : mon frère est un maladroit; il s'^y est mal pris : les gens indifférents gâtent tout. Ne suis-je pas bien avancée? quel dénoûment! Dorante reparaît pourtant; il me semble qu'il revient; je me dédis donc, je l'aime encore... Feignons de sortir, afin qu'il m'arrête : il faut bien que notre réconciliation lui coûte quelque chose.

DORANTE, l'arrêtant.

Restez, je vous prie; j'ai encore quelque chose à vous dire.

SILVIA

A moi, monsieur?

dorante.

J'ai de la peine à partir sans vous avoir convaincue que je n'ai pas tort de le faire.

SILVIA

Eh ! monsieur, de quelle conséquence est-il de vous justifier auprès de moi? Ce n'est pas U

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