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LE JEU DE L'AMOUR ET DU HASARD. ACTE UI, SCÈNE VIIL

peine; je ne suis qu'une suivante, et vous me le faites bien sentir.

DORANTE

Moi, Lisette! Est-ce à tous à vous plaindre, vous qui me voyez prendre mon parti sans me rien dire?

SILVIA

Huml si je voulais, je vous répondrais bien làdessus.

DORANTE

Répondez donc; je ne demande pas mieux que de me tromper. Mais que dis-je? Mario vous aime.

SILVIA

Cela est vrai.

DORANTE

Vous êtes sensible à son amour; je l'ai vu par Textrème envie que vous aviez tantôt que je m'en allasse : ainsi vous ne sauriez m'aimer.

SILVIA

Je suis sensible à son amour, qui est-ce qui vous l'a dit? Je ne saurais vous aimer, qu'en savezvous? Vous décidez bien vite.

DORANTE

Eh bien ! Lisette, par tout ce que vous avez de plus cher au monde, instruisez-moi de ce qui en est, je vous en conjure.

SILVIA

Instruire un homme qui part!

Je ne partirai point.

SILVU.

Laissez-moi; tenez, si vous m'aimez, ne m'interrogez point; vous ne craignez que mon indifférence, et vous êtes trop heureux que je me taise. Que vous importent mes sentiments?

DORANTE

Ce qu'ils m'importent, Lisette! Peux-tu douter encore que je ne t'adore?

SILVIA

Non, et vous me le répétez si souvent que je vous crois ; mais pourquoi m'en persuadez-vous ? que voiilez-vous que je fasse de cette pen^ée-là, monsiear? Je vais vous parler à cœur ouvert : vous in'aîmez, mais votre amour n'est pas une chose bien sérieuse pour vous. Que de ressources n'avezvous pas pour vous en défaire? La distance qu'il y a de vous à moi, mille objets que vous allez trouver sur votre chemin, l'envie qu'on aura de vous rendre sensible, les amusements d'un homme de condition, tout va vous ôter cet amour dont vous m'entretenez impitoyablement. Vous en rirez peut-être au sortir d'ici, et vous aurez raison; mais moi, monsieur, si je m'en ressouviens, comme j'en ai peur; s'il m'a frappée, quel secours aurai-je contre l'impression qu*ii m'aura faite? qui est-ce qui me dédommagera de votre perte? qui voulez-vous que mon cœur mette à votre place? Savez-vous bien

que, si je vous aimais, tout ce qu'il y a de plus grand dans le monde ne me toucherait plus? Jugez donc de l'état où je resterais; ayez la générosité de me cacher votre amour : moi qui vous parle, je me ferais un scrupule de vous dire que je vous aime dans les dispositions où vous êtes; l'aveu de mes sentiments pourrait exposer votre raison; et vous voyez bien aussi que je vous les cache.

Ah! ma chère Lisette, que vîens-je d'entendre? Tes paroles ont un feu qui me pénètre; je t'adore, je te respecte. Il n'est ni rang, ni naissance, ni fortune, qui ne disparaisse devant une âme comme la tienne; j'aurais honte que mon orgueil tint encore contre toi, et mon cœur et ma main t'appartiennent.

SILVIA

En vérité, ne mériteriez-vous pas que je les prisse? Ne faut-il pas être bien généreuse pour vous dissimuler le plaisir qu'ils me font, et croyezvous que cela puisse durer?

DORANTE

Vous m'aimez donc?

SILVIA

Non, non : mais si vous me le demandez encore, tant pis pour vous.

DORANTE

Vos menaces ne me fout point de peur.

SILVIA

Et Mario, vous n'y songez donc plus?

DORANTE

Non, Lisette; Mario ne m'alarme plus, vous ne l'aimez point; vous ne pouvez plus me tromper, vous avez le cœur vrai, vous êtes sensible à ma tendresse, je ne saurais en douter au transport qui m'a pris, j'en suis sûr, et vous ne sauriez plus m'êter cette certitude-là.

Oh! je n'y tâcherai point; gardez-la, nous verrons ce que vous en ferez.

DORANTE

Ne consentez-vous pas d'être à moi ?

SILVIA

Quoi! vous m'épouserez malgré ce que vous êtes, malgré la colère d'un père, malgré votre fortune?

DORANTS.

Mon père me pardonnera dès qu'il vous aura vue; ma fortune nous sufût à tous deux, et le mérite vaut bien la naissance : ne disputons point, car je ne changerai jamais.

SILVU.

Il ne changera jamais! Savez-vons bien que vous me charmez, Dorante?

DORANTE

Ne gênez donc plus votre tendresse, et laissez-la répondre...

LE JEU DE L'AMOUR ET DU lUSARD, ACTE III, SCÈNE IX,

siLviA. ^ votre cœur par la délicatesse avec laquelle j'ai ta

Enfln j'en suis venue à bout; vous— vous ne ché de l'acquérir, changerez jamais.

Non, ma chère Lisette.

SILVIA

Que d'amour !

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