LAODICE, ÉGINE
LAODICE
Oui, ce Flaminius dont j.e crus être aimée. Et dont je me repens d'avoir été charmée, Égine, il doil me voir pour me faire accepter Je ne sais quel époux qu'il vient me présenter. L'ingrat I je le craignais; à présent, quand j'y Je ne sais point encor si c'est indifférence ; [pense, Mais enfin, le penchant qui me surprit pour lui Me semble, grâce au ciel, expirer aujourd'hui.
ÉGINE
Quand il vous aimerait, eh I quel espoir, madame, Oserait en ce jour se permettre votre âme? Il faudrait l'oublier.
LAODICE
Hélas! depuis le jour Que pour Flaminius je sentis de l'amour, Mon cœur tâcha du moins de se rendre le maître De cet amour qu'il plut au sort d'y faire nattre. Mais d'un tel ennemi penses-tu que le cœur Puisse avec fermeté vouloir être vainqueur? Il croit qu'autant qu'il peut il combat, il s'efforce : Mais il a peur de vaincre et veut manquer de force; El souvent sa défaite a pour lui tant d'appas, Que, pouraimcr sans trouble, il feint de n'aimer pas. Le cœur, à la faveur de sa propre imposture. Se délivre du soin de guérir sa blessure. C'est ainsi que le mien nourrissait un amour Qui s'accrut sur la foi d'un apparent retour. 0 d'un retour trompeur apparence flatteuse ! Ce fut loi qui nourris une flamme honteuse. Mais que dis-je? ahl plutôt ne la rappelons plus : Sans crainte et sans espoir voyons Flaminius.
ÉGINE
Contraignez-vous : il vient.