PRUSIAS, HIÉRON
HIÊROX.
Rome de vos desseins est sans doute iaforméc?
PRUSIAS
El lu peux ajouter qu'elle eu est alarmée.
HIÉRON
Observez donc aussi, seigneur, que son courroux En est en même temps plus terrible pour vous.
PRUSIAS
Mais as-tu bien conçu quelle est la perAdie Dont cette Rome veut que je souille ma vie? Ce guerrier, qu'il faudrait lui livrer en ce jour, Ne souhaitait de moi qu'un asile en ma cour. Ces serments que j'ai faits de lui donner ma fille, De rendre sa valeur l'appui de ma famille, De confondre à jamais son sort avec le mien. Je suis Fauteur de tout, il ne demandait rien. Ce héros, qui se fie à ces marques d'estime, S*at(end-il que mon cœur achève par un crime? Le Sénat qui travaille à séduire ce cœur, En profilant du coup^ il en aurait horreur.
HIÉROX.
Non : de trop de vertu votre esprit le soupçonne, El ce n'est pas ainsi que ce Sénat raisonne. Ne vous y trompez pas : sa superbe fierté Vous presse d'un devoir, non d'une lâcheté. Vous vous croiriez perfide ; il vous croirait fidèle, Puisque lui résister c'est se montrer rebelle. D'ailleurs, cette action dont vous avez horreur. Le péril du refus en ôte la noirceur.
Pensez-vous, en efTel, que vous devez en croire Les dangereux conseils d'une fatale gloire? Et ces princes, seigneur, sont-ils donc généreux, Qai le sont en risquant tout un peuple avec eux ; Qai, sacrifiant tout à l'afi'reuse faiblesse D'accomplir sans égard une injuste promesse, Égorgent par scrupule un monde de sujets. Et ne gardent leur foi qu'à force de forfaits?
PRUSIAS
Ab ! lorsqu'à ce héros j'ai promis Laodice, J*ai cru qu'à mes sujets c'était rendre un service. Tu sais que souvent Rome a contraint nos États De servir ses desseins, de fournir des soldats : J'ai donc cru qu'en donnant retraite à ce grand Sa valeur gênerait l'insolence de Rome ; [homme, Qae ce guerrier chez moi pourrait l'épouvanter, Que ce qu'elle en connaît m'en ferait respecter; Je me trompais; et c'est son épouvante môme Qui me plonge aujourd'hui dans un péril extrême. Mais n'importe, Hiéron : Rome a beau menacer, A rompre mes serments rien ne doit me forcer ; El du moins essayons ce qu'en cette occurence Veal produire pour moi la ferme résistance.
La menace n'est rien, ce n'est pas ce qui nuit; Mais, pour prendre un parti, voyons ce qui la suit.