‹ Œuvres de Marivaux: théâtre completChapitre 868 sur 1238 · GI · texte numérisé non relu

GI

Quoi I Aspasie, vous me fuyez quand je vous aborde?

PUOGION.

C'est que je me suis tantôt aperçue que vous me fuyez aussi.

AGIS

J*en conviens; mais j'avais une inquiétude qui m'agitait, et qui me dure encore.

PHOaON.

Peut-on la savoir?

Il y a une personne que j'aime; mais j'ignore si ce que je sens pour elle est amitié ou amour, car j'en suis là-dessus à mon apprentissage; et je venais vous prier de m'instruire.

PHOCION

Hais je connais cette personne-là, je pense.

▲GIS

Cela ne vous est pas difficile; quand vous êtes venue ici, vous savez que je n'aimais rien.

PHOaON.

Oui; et depuis que j'y suis, vous n'avez vu que

▲GIS

Concluez donc.

PHOCION

Eh bien! c'est moi; cela va tout de suite.

▲GIS

Oui, c'est vous, Aspasie; et je vous demande à quoi j'en suis.

PHOCION

Je n'en sais pas le mot; dites-moi à quoi j'en suis moi-même ; car je suis dans le même cas pour quelqu'un que j'aime.

▲GIS

Eh I pour qui donc, Aspasie?

PHOCION

Pour qui? Les raisons qui m'ont fait conclure que vous m'aimiez, ne nous sont-elles pas communes, et ne pouvez-vous pas conclure tout seul?

▲GIS

Il est vrai que vous n'aviez point encore aimé quand vous êtes arrivée.

PHOaON.

Je ne suis plus de même, et je n*ai vu que vous. Le reste est clair.

▲GIS

C'est donc pour moi que votre cœur est en peine, Aspasie?

PHOCION

Oui; mais tout cela ne nous rend pas plus savants; nous nous aimions avant d'être inquiets; nous aimons-nous de même, ou différemment? C'est de quoi il est question.

▲GIS

Si nous nous disions ce que nous sentons, peutêtre éclaircirions>nous la chose.

PHOaON.

Voyons donc. Aviez-vous tantôt de la peine à m'éviler?

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