‹ Œuvres de Marivaux: théâtre completChapitre 87 sur 1238 · PRUSIAS, ANNIBAL, FLAMINIUS · texte numérisé non relu

PRUSIAS, ANNIBAL, FLAMINIUS

PRUSIÀS.

^ignorais qu*en ces lieux...

FLAMINIUS

Non : avant que j'écoute, Répondez-moi de grâce, et tirez-moi d'un doute. L'hymen de votre fille est aujourd'hui certain. A quel heureux époux destinez-vous sa main ?

PRUSIAS

Que dites- vous, seigneur ?

FLAMINIUS

Est-ce donc un mystère?

PRUSIAS

Ce que vous exigez ne regarde qu*un père.

FLAMINIUS

Rome y prend intérêt, je vous l'ai déjà dit; Et je crois qu'avec vous cet intérêt suffit.

PRUSUS.

Quelquetnlérèt,seigneur,quevotreRomey prenne, Est-il juste, après tout, que sa bonté me gène?

FLAMINIUS

Abrégeons ces discours. Répondez, Prusias : Quel est donc cet époux que vous ne nommez pas?

PRUSLAS.

Plus d*un prince, seigneur, demande Laodice ; Mais qu'importe au Sénat que je l'en avertisse. Puisque avec aucun d'eux je ne suis engagé?

De qui dépendez-vous, pour être interrogé ?

FLAMINIUS

Et VOUS qui répondez, instruîsez-moi, de grâce : tàl-ce à vous qu'on m'envoie? Est-ce ici votre place? Qu'y faites-vous enfin ?

ANNIBAL

J*y viens défendre un roi

Dont le cœur généreux s'est signalé pour moi ; D'un roi dont Annibal embrasse la fortune. Et qu'avec trop d'excès votre orgueil importune. Je blesse ici vos yeux, dites-vous : je le croi : Hais j'y suis à bon titre, et comme ami du roi. Si ce n'est pas assez pour y pouvoir paraître, Je suis donc son ministre, et je le fais mon maître.

FIAMINIUS.

Dût-il de votre fille être bientôt l'époux. Pourrait-il de son sort se montrer plus jaloux? Qu'en dites- vous, seigneur ?

PRUSLIiS.

Il me marque son zèle, Et vous dit ce qu'inspire une amitié fidèle.

ANNIBAL

Instruisez le Sénat, rendez-lui la frayeur Que son agent voudrait jeter dans votre cœur. Déclarez avec qui votre foi vous engage : J'en réponds, cet aveu vaudra bien un outrage.

FLAMINIUS

Qui doit donc épouser Laodice ?

C'est moi.

FLAMINIUS

Annibal ?

ANNIBAL

Oui, c'est lui qui défendra le roi ; Et puisque sa bonté m'accorde Laodice, Puisque de sa révolte Annibal est complice. Le parti le meilleur pour Rome est désormais De laisser ce rebelle et son complice en paix.

{À Pmtiat,) Seigneur, vous avez vu qu'il était nécessaire De finir par l'aveu que je viens de lui faire. Et vous devez juger, par son empressement, Que Rome a des soupçons de notre engagenwnt. J'ose dire encor plus : l'intérêt d'Artamène Ne sert que de prétexte au motif qui l'amène ; Et sans m'estimer trop, j 'assurerai, seigneur, [deur; Que vous n'eussiez point vu sans moi l'ambassa- Que Rome craint de voir conclure un hyménée Qui m'attache à jamais à votre destinée. Qui me remet encor les armes à la main. Qui de Rome peut-être expose le destin. Qui contre elle du moins fait revivre un courage Dont jamais son orgueil n'oubltra le ravage. Cette Rome, il est vrai, ne parle point de moi; Mais ses précautions trahissent son efi'roi. Oui, les soins qu'elle prend du sort de Laodice D'un orgueil alarmé vous montrent rarlificc. Son Sénat en bienfaits serait moins libéral, S'il ne s'agissait pas d'écarter Annibal. En vous développant sa timide prudence, Ce n'est pas que, saisi de quelque défiance. Je veuille encourager votre honneur élonnc A confirmer l'espoir que vous m'avez donné. Non, je mériterais une amitié parjure, Si j'osais un moment vous faire cette injure. Et que pourriez-vous craindre en gardant votre foi?

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