SCÈNE VI
PRUSIAS, teuh
Il aime Laodice? Imprudente promesse.
Ah! sans toi, quel appui m'assurait sa tendresse! Dois-je vous immoler le sang de mes sujets. Serments qui l'exposez, et que l'orgueil a faits? Toi, dont j'admirai trop la fortune passée. Sauras-tu vaincre mieux ceux qui l'ont renversée? Abattu sous le faix de l'âge et du malheur. Quel fruit espères-tu d'une infirme valeur? Tristes réflexions, qu'il n'est plus temps de faire ! Quand je me suis perdu, la sagesse m'éclaire : Sa lumière importune, en ce fatal moment, N'est plus une ressource, et n'est qu'un châtiment. En vain s'ouvre à mes yeux un affreux précipice ; Si je ne suis un traître, il faut que j'y périsse. Oui, deux partis encore à mon choix sont offerts : Je puis vivre en infâme, ou mourir dans les fers. Choisis, mon cœur: mais quoi 1 tu crains la servi- Tu n'es déjà qu'un lâche à ton incertitude ! [tudc? Mais ne puis-je, après tout, balancer sur le choix ? Impitoyable honneur, examinons tes droits. Annibal a ma foi ; faut-il que je la tienne. Assuré de ma perte, et certain de la sienne? Quel projet insensé I La raison et les dieux Me font-ils un devoir d'un transport furieux? 0 ciel I j'aurais peut-être, au gré d'une chimère. Sacrifié mon peuple et conclu sa misère. Non, ndicule honneur, tu m'as en vain pressé : Non, ce peuple t'échappe, et ton charme a cessé. Le parti que je prends, dût-il même être infâme. Sujets, pour vous sauver j'en accepte le blâme. Il faudra donc,grands dieux! que mes serments soient Et je vais donc livrer Annibal aux Romains, [vains. L'exposer aux affronts que Rome lui destine I Ah ! ne vaut-il pas mieux résoudre ma ruine? Que dis-je? mon malheur est-il donc sans retour? Non, de Flaminius sollicitons l'amour.
Mais Annibal revient, et son âme inquiète Peut-être a pressenti ce que Rome projette. Dissimulons.