FLAMINIUS, PRUSIAS
FLAMINIUS
Gardez-vous d'écouter une audace frivole, Par qui son désespoir follement se console. Ne vous y trompez pas, seigneur; Rome aujourd'hui Vous demande Annibal, sans en vouloir à lui. Elle avait défendu qu'on lui donnât retraite; Non qu'elle eût, comme il dit, une frayeur secrète : Mais il ne convient pas qu'aucun roi parmi vous Fasse grâce aux vaincus que proscrit son courroux. Apaisez-la, seigneur : une nombreuse armée, Pour vous surprendre, a dû déjà s'être formée : Elle attend vos refus pour fondre en vos États; L'orgueilleux Annibal ne les sauvera pas. Vous, de son désespoir instrument et ministre, Qui n'en pénétrez pas le mystère sinistre, Vous, qu'il abuse enfin, vous par qui son orgueil Se cherche, en vous perdant, un éclatant écueil, Vous périrez, seigneur; et bientôt Artamène, Aidé de son côté des troupes qu'on lui mène. Dépouillera ce front de ce bandeau royal, Confié sans prudence aux fureurs d' Annibal. Annonçant du Sénat la volonté suprême.
J'ai parlé jusqu'ici comme il parle lui-même; J ai dû de son langage observer la rigueur : Je l'ai fait ; mais jugez s'il en coûte à mon cœur. Connaissez-le, seigneur : Laodice m'est chère ; II doit m'ètre bien dur de menacer son père.
Oui, vous voyez l'époux proposé dans ce jour. Et dont Rome n'a pas désapprouvé l'amour. Je ne vous dirai point ce que pourrait attendre Un roi qui choisirait Flaminius pour gendre. Pensez-y, mon amour ne vous fait point de loi, Et vous ne risquez rien ne rerusant que moi. Mon âme à vous servir n'en sera pas moins prêle ; Mais, par reconnaissance, épargnez votre tête. Oui, malgré vos refus et malgré ma douleur, Je vous promets les soins d'une éternelle ardeur. A présent trop frappé des malheurs que j'annonce. Peut-être auriez-vous peine à me faire réponse ; Songez-y; mais sachez qu'après cet entretien. Je pars, si dans ce jour vous ne résolvez rien.