‹ Œuvres de Marivaux: théâtre completChapitre 929 sur 1238 · ARLEQUIN, BLAISE, DORANTE, LISETTE · texte numérisé non relu

ARLEQUIN, BLAISE, DORANTE, LISETTE

LISETTE

Monsieur, je ne sais pas comment vous l'entendez; mais votre tranquillité m'étonne; et si vous n'y prenez garde, ma maîtresse vous échappera. Je puis me ti*omper; mais j'en ai peur.

DORANTE

Je le soupçonne aussi, Lisette; mais que puis-je faire pour empêcher ce que tu me dis là?

BLAISE

Mais, morgue! ça se confirme donc, Lisette?

LISETTE

Sans doute. Le chevalier ne la quitte point; il l'amuse, il la cajole, il lui parle tout bas; elle sourit. A la fin le cœur peut s'y mettre, s'il n'y est

déjà; et ce/a m'inquiète, monsieur ; car je vous estime. D'ailleurs, voilà un garçon qui doit m'épouser, et si vous ne devenez pas le maître de la maison, cela nous dérange.

Il serait désagréable de faire deux ménages.

DORANTE

Ce qui me désespère, c'est que je n'y vois point de remède; car la comtesse m'évite.

BLAISE

Mordi! c'est pourtant mauvais signe.

ARLEQUIN

Et ce misérable Frontin, que te dit-il, Lisette?

LISETTE

Des douceurs tant qu'il peut, que je paie de brusqueries.

BLAISE

Fort bien, noute fille. Toujours malhonnête envars li, toujours rudanière; hoche la tête quand il te parle; dis-li : Passe ton chemin. De la fidélité, morguienne! Baille cette confusion-là à la comtesse. N'est-ce pas, monsieur?

DORANTE

Je me meurs de douleur i

BLAISE

Faut point mourir, ça gâte tout; avisons plutôt à queuque manigance.

LISETTE

Je l'aperçois qui vient, elle est seule; retirezvous, monsieur, laissez-moi lui parler. Je veux savoir ce qu'elle a dans l'esprit; je vous redirai notre conversation; vous reviendrez après.

DOPANTE.

Je te laisse.

ARLEQUIN

Ma mie, toujours rudanière, hoche la tête quand il te parle.

LISETTE

Va, sois tranquille.

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