‹ Œuvres de Marivaux: théâtre completChapitre 947 sur 1238 · LE CHEVALIER, FRONTIN · texte numérisé non relu

LE CHEVALIER, FRONTIN

FRONTIN

J'attendais qu'il fût sorti pour venir, monsieur.

LE CHEVALIER

Que démandes-tu? j'ai hâte dé rejoindre ma comtesse.

FRONTIN

Attendez. Halpestel ceci est sérieux; j'ai parlé à la marquise, je lui ai fait mon rapport.

LE CHEVALIER

Eh bieni tu lui as confié que j'aime la comtesse, et qu'eUé m'aime ; qu'en dit-ellé? achève, vite.

FRONTIN

Ce qu'elle en dit? que c'est fort bien fait à vous

LE CHEVALIER

Je continuerai dé bien faire. Adieu.

Morbleu! monsieur, vous n'y songez pas. Il faut revoir la marquise, entretenir son amour; sans quoi vous êtes un homme mort, enterré, anéanti dans sa mémoire.

LE CHEVALIER, riant.

Ehl eh! ehl

FRONTIN

Vous en riez! Je ne trouve pas cela plaisant, moi.

LE CHEVALIER

Que mé fait ce néant? Je meurs dans une mémoire, je ressuscite dans une autre; n'ai-je pas la mémoire dé la comtesse où je revis?

FRONTIN

Oui; mais J'ai peur que dans cette dernière, vous ne mouriez un beau matin de mort subite. Dorante y est mort de môme d'un coup de caprice.

LE CHEVAUER.

Non; lé caprice qui lé tue, lé voici; c'est moi qui l'expédie; j'en aï bien expédié d'autres, Frontin. Né t'inquiète pas ; la comtesse m'a reçu dans son cœur, il faudra qu'elle m'y garde.

FRONTIN

Ce cœur-là, je crois que l'amour y campe quelquefois; mais il n'y loge jamais.

LE CHEVALIER

C'est un amour dé ma façon. Sandis! il né finira qu'avec elle ; espère mieux dé la fortune dé ton maître; conuais-moi bien, tu n'auras plus dé défiance.

FRONTIN

J'ai déjà usé de cette recette-là; elle ne m*a rien fait. Mais voici Lisette; vous devriez me procurer la faveur de sa maîtresse auprès d'elle.

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