‹ Œuvres de Marivaux: théâtre completChapitre 95 sur 1238 · LAODICE, FLAMINIUS · texte numérisé non relu

LAODICE, FLAMINIUS

I^AOOICE.

J'ai cru trouver en vous une âme bienfaisante ;

1 De mon estime ici remplirez-vous l'attente?

FLAMINIUS

Oui, commandez, madame. Oserais-je douter De l'équité des lois que vous m'allez dicter?

LAODICB.

On vous a dit à qui ma main fut destinée?

FLAMINIUS

I Ah ! de ce triste coup ma tendresse étonnée...

LAODICE

Eh bien 1 le roi, jaloux de ramener la paix Dont trop longtemps la guerre a privé ses sujets. En faveur de son peuple a bien voulu se rendre Aux désirs que par vous Rome lui fait entendre. Notre hymen est rompu.

FLAMINIUS

Ah I je rends grâce aux dieux, Qui détournent le roi d'un dessein odieux. Annibal me suivra sans doute ! Mais, madame. Le roi ne fait-il rien en faveur de ma flamme?

LAOOICB.

Oui, seigneur, vous serez content à votre tour. Si vous ne trahissez vous-même votre amour.

FLAMINIUS

Moi, le trahir I ôciel !

LAODICE

Écoutez ce qui reste.

Votre emploi dans ces lieux à ma gloire estfuneste* Ce héros qu'aujourd'hui vous demandez au roi, Songez, Flaminius, songez qu'il eut ma foi; Que de sa sûreté cette foi fut le gage ; Que vous m'insulteriez en lui faisant outrage. Les droits qu'il eut sur moi sont transportés à vous ; Mais enfin ce guerrier dut être mon époux. Il porte un caractère à mes yeux i*espectable, Dont je lui vois toujours la marque ineffaçable. Sauvez donc ce héros : ma main est à ce prix.

Mais, songez-vous,madame,à remploi que j'ai pris? Pourquoi proposez-vous un crime à ma tendresse? Est-ce de votre haine une fatale adresse ? Cherchez-vous un refus, et votre cruauté Veutrelle ici m'en faire une nécessité?

Votre main est pour moi d'un prix inestimable. Et vous me la donnez si je deviens coupablel Ah l vous ne m'offrez rien.

LAODICE

Vous vous trompez, seigneur; Et j'en ai cru le don plus cher à votre cœur. Mais à me refuser quel motif vous engage?

FLAMINIUS

Mon devoir.

LAODICE

Suivez-vous un devoirs! sauvage Qui vous inspire ici des sentiments outrés, Qu'un tyrannique orgueil ose rendre sacrés? Annibal, chargé d'ans, va terminer sa vie. S'il ne meurt outragé, Rome est-elle trahie?

Page 1