LA MÉPRISE, SCÈNE IX
LISETTB.
Oui-dà; ua bon quart d'heure à peu près.
CLARICE
Mais poui'quoi me fatîguerais-je à fuir un homme qui, j*en suis sûre, ne songe pas plus à moi que je ne songe à lui?
LISETTE
Eh I mais, c'est bien assez qu'il y songe autant.
CLARICB.
Que veux-tu dire?
LISETTE
Vous ne m'avez encore parlé de lui que trois ou quatre fois.
CLARICB.
Ne te figurerais-tu pas que je suis venue seule ici pour lui donner occasion de m'aborder?
Ohl il n'y a point de plaisir avec vous; vous devinez mot à mot ce qu'on pense.
CLARICE
Que tu es folle !
LISETTE, riant.
Si vous n'y étiez pas venue de vous-même, je devais vous y mener, moi.
CLARICE
M'y mener I Mais vous êtes bien hardie de me le dire.
LISETTE
Boni je suis encore bien plus hardie que cela; c'est que je crois que vous y seriez venue*
CLARICB.
Moi?
LISETTE
Sans doute : et vous auriez eu raison ; car il est fort aimable, n'est-il pas vrai?
CLARICB.
J'en conviens.
LISETTE
Et ce n'est pas là tout; c'est qu'il vous aime.
CLARICB.
Autre idée!
Ouidà; peut-être que je me trompe.
CLARICB.
Sans doute, à moins qu'on ne te l'ait dit; et je suis persuadée que non. Qui est-ce qui t'en a parlé ?
LISETTE
Son valet m'en a touché quelque chose.
CLARICE
Son valet?
LISETTE
Oui.
CLARICE, d'un ton tt impatience, après avoir attendu vainement de plut longuet explieattont.
Et ce valet t'a demandé le secret^ apparemment?
USBTTB.
Non.
CLARICB.
Cela revient pourtant au même ; car je renonce à savoir ce qu'il vous a dit, s'il faut vous interroger pour l'apprendre.
LISETTE
J'avoue qu'il y a un peu de malice dans mon fait; mais ne vous fâchez pas. Ergaste vous adore, madame.
Tu vois bien qu'il ne sera pas nécessaire que je l'évite; car il ne parait pas.
USETTE.
Non; mais voici son valet qui me fait signe d'aller lui parler. Irai-je savoir ce qu'il me veut?