‹ Œuvres de Massillon, ci-devant prêtre de l'ortoire, évêque de Clermont l'un des quarante de l'Académie FrançoiseChapitre 103 sur 131 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

La sainteté est la vocation générale de tous.l^s Fidèle»^ «tleSeir gnéur nous a tous appelés , pour parler avec l'Apôtre, afin qu^ nous soyons saints et purs en sa présence. Ncanrooii^ la voie pour arriv<:r à ce terme heureux , n^est pas la même pour tous les hommes : cette vie est une terre étrangère , où se sont formées des routes différentes eti;ifiqies, par lesquelles, comme des voyageur^, nous ro«rokons tons vers la céleste patrie, mais par lesquelles. nous ne marchons sArem^nt que lorsque la main de Dieu elle^méia]^ a0us y a placés. En effet , M. F. , la raison .et la foi nous déf^d^at égalenàent de penser que le Seigneur, après npus avoir appel.es :à .la lumière de î'Ey.angile , en nous faisant naître de parens fidèles , n'ait plus .voulu se mêler, pour ainsi dife, .de notre sort; et que sans rien .déterminer «iir le genre de vie, et s^r l'état dans lequel il-vouloit que lions opérassions notre salut, ^1 nous ait.tellemeot laissés entre les mains de ^otre conseil , qu|il s'en soit remise notr^ s^l.^apriee, suc ua choi^ si décisif pour notre éternité.

Je» dis la raison ; car ce seroit se figurer , comme ces philosophes insensés, tine divinité 'indolente y qui laisse au hasard et à l'aventure le soinideschoses d'ici «bals; qui ne tietft pl^s entre ses inains lés destinées ^es hommes; qui suit le cours de^ dévolutions humaines , sans leuc^donner elle^-ntémelemojuvement; qui est entraînée par Timpulsionbiiarre et fortuite qui fait mouvoir ce grand Univers / sans la for;tttjr ni la conduire « et qui est l'esclave plutôt que la modératrice de^évéœmens : ce seroit lui ôtercette providence attentive, et cette sagesse universelle, qui dispose de tout depuis une extrémité de la terre jasqb'à l'autre, avec poids, avecnom^bre, avec mesure; qui forme peCte harmonie et cet arrangement admirable, où l'on est forcé de reCQonoitreun Etre-Snpréme et intelligent , lequel par des voies inexplicables , conduit tous les autres êtres à leur fia ; ce seroii, e»

vn mot, ou nou& donner an Univers et des hommes Sans Dieu, on nous donner un Dieu plus Ibible et plus méprisable que l'homme*

Je dis» la foi : car si Télection des Justes n'est que la préparation éternelledes moyens qui doivent infailliblement lesdéllyrer, le choix d'un état de vie étant sans doute le principal , il a dû être renfermé dans cette volonté miséricordieuse, qui leur a préparé des voies sûres de salut ; et d'un autre côté, la destinée des méchans devant servir aussi dans les desseins de Dieu , par mille rapports secrets , au salut des Justes, elle a dû entrer dans le plan* éternel de leur justification, et n'être pas moins arrêtée dès le commencement, que la condition même des Elus. Il demeure donc établi , qu'avant que nous fussions nés y le Seigneur avoit tracé à chacun de nous , le plan de nos desti* nées , et , pour ainsi dire , le chemin de notre éternité ; et que parmi cette multiplicité de voies , qui forment les diverses conditions de la société, il n'en est qu'une qui soit la nôtre , et par où Dieu ait voulu nous conduire au salut.

Il n'est que trop certain cependant que la Toie que nous nouschoi^ sissons la plupart, n'est point celle que Dieu nous avoit d'abord choisie, et que de toutes les circonstances delà vie, le choix d'un état est celle où la méprise est plus ordinaire. Vous en conviendrez aisément, M. F., si vous voulez faire attention à la nature de ce choix et aux circonstances essentielles qui doivent l'accompagner. Premièrement , les passions et les préjugés y rendent les méprises très-ordinaires : on ne peut donc s'y conduire avec trop de circons* *pection et de maturité. Secondement, ce choix dépend des desseins de Dieu sur nous : ce n'est donc pas Tordre de la nature qui doit en décider. Troisièmement , le bonheur et le repos même de notre vie y est attaché: il faut donc y consulter plus son goût que celui des autres, et n*y faire entrer pour rien le respect humain. Enfin, c'est la voie unique de salut pour nous : il faut donc être sur-tout attentif en la choisissant, aux facilités et aux avantages qui peuvent noHS en revenir par rapport à nos intérêts éternels. Or , M. F. , où sont ceux qui , dans le choix d'un <>fat de vie, observent tontes ces conditions? et delà , concluez si les méprises n'y sont pas ordinaires. L'impni^ deoce, la coutume, le respect humain, la cupidité, sont les grands ressorts qui donnent le premier branle aux diverses destinées des hommes; et si nous voulons remonter jusquWx premières vues qmi présidèrent à notre vocation, il n'est peut-être personne ici qui n'en trouvât le principe dans quelqu'une de ces sources empoisonnées.

£1 premièrement , M. F. , est-il de eirconstance dans toute ia vie où la maturité, le conseil , les attentions fussent plu^ nécessaires que dans le choix dont nous parlons ? Quelle connoissance n'y faudroit* . il pas avoir de soi-même, de peur que nos inclinations ne vinssent ensuite à désavouer notre démarche? Quelles prièrerferventies et continuelles ne devroient pas précéder cetie grande action , afiti' que le Seigneur daignât nous découvrir ses voies? Quelle innocence de m«Buri ne devroit pas nous 7 préparer , pour disposer le Ciel, pav

,/i4« MERCREDI DE LA. 11^ SEMAINE.

ces sAÎntes prémices de notre rie, à noas placer lot-mèine ' dans Ta

rovit^<|ui seule pciU terminer heureusement le reste denotre carrière?

Cependant on se détermined^ordinaîre danf un àgeoù à peine la raison peut connoitre , loin qu*elle soit capable de choisir. Une dëraarclie on la circonspection la plus attentive devr oit encore craindre de se méprendre, est toujours t*oavrage des amusement et des goûts puérils deFeirfance: à peine commence- t-on à bégayer, qu'on décide déjà de l'affaire la plus sérieuse de la vie ; et ces paroles irrévocables qai prononcent sur notre destinée, sont les premières qu^on nous apprend à fonner, avant même qd*on nous ait appris à les entendre. On accoutume de loin notre esprit naissant à ces images suggérées ; •le choix d-un état n*est plus qu'une impression portée dès Tenfance: ainsi, avant que nos penchans^ soient développés, et que nous sachions ce que nous sommes, nous nous formons des engagemens éter- ;jiels, et arrêtons ce que nous devons être pour toujours.

Si Ton attend un âge plus avancé poui^ se choisir un état, les •attentions n'en sont pas pour cela plus sérieuses : c*est le hasard :ct l'occasion qui en décident d'ordinaire. Une dignité sacrée, à laquelle on ne s'attendoit point , nous dépouille a l'instant de l'il^nominie du siècle, et nous place dans le lieu saint. La mort d'un iJné change nos vues , nous rengage dans le monde d'où nous vejiions de sortir , et notre vocation à l'autel expire à mesure que nous voyons revivre de nouvelles espérances pour la terre. Un simple dépit est sauvent toute la raison qui nous arrache brusquement au aiècle, et nous précipite dans la retraite. Une liaison d'amitié nou^ lait suivre la fortune et la destinée d'un ami ; eûûn , de tous les choix,, il A'en est point où la prudence chrétienne ait moins de part qu'à celui d'un état de vie ; et voilà pourquoi il n'en est pas où la méprise soit plus ordinaire: car comment voulez- voiH ne point vous méprendre dans un choix si grave et si décisif pour vous, auquel vous «pportez moins de précautions qu'à toutes les démarches les moins importantes de votre vie? Et comment connoitrez-vous les desseins de Dieu sur votre destinée, n vous ne daignez pas même le consulter, et si vous ne le mettez pour rien dans celle que vous vous formez À vous-même ?

Et c'est ici où vous êtes inexcusables , vous, M. F. , que la Providence a placés à la tête d'une famille. Accootumez-vous vos enfans «dans un âge tendre à faire tous les jours au Seigneur cette prière du Prophète : Seigneur , montrez- nous vos voies , et découvrez-nous les rentiers par ou vous voulez nous conduire ( Ps. %ti ; 4 )? Priez- vous sans cesse vous-mêmes , afin que le Ciel s'explique sur leur destinée ? .Et lui dites- vous , comme autrefois les Apôtres : Seigneur, vous qui ^connoissez le cœur de tons les hommes , apprenez-nous lequel de ces enfans vous avez choisi: Os tende quem eiegeris ( jéet: i ; 24 ) ? Ocmîpez~vous leur raison naissante de l'import^ance dei ce choix? Leur faîtes- vous assez ent<^dre que delà dépend le nœud de leur salut ^élfiruel ; et que les pr^cautiotu ne sauroieat être, excessives dans une

^émarclie où Les fautes sont irréparables? Leur apprenez-voQS à ju- , ger de la vocation du Ciei, uon par les usager iasensés du mande, mais par les règles de la foi ; par un goût qu'on a porté , comme en . naissant 9 pour Un état , «t qui semble ne pouvoir venir que du maitre de ia nature; par les talens qui semblent nous y destiner, par les impressions delà grâce qui ne cessent de nous y convier en secret ; par (a puret^é des motifs qui nous j détermlinent ; i>ar le caractère de no» pencbans qui nous en diminuent les dangers , et enfin par le conseil de ceuiL à qui nous confions notre conscience, et qui, conuoissant le fond de notre ame , sont plus à portée de connoitre les routes qui nous sont propres ? Où sont les parens que des soins si chrétiens et si indispensables occupent? Hélas i on n'a garde de donner à des enfans des instructions dont on seroit fâché qu'ils fissent usage; on les éloigne même des personnes et des lieux où. ils pour* roient les recevoir ; on leur exagère tous les jours les inconvéniens d'un état où l'intérêt d'une maison ne les demande, pas ; on leur enfle les avantages et les agrémens de celui auquel on les destine; et Ton ne se sert que de leurs passions pour leur inspirer un choix qui doit les conduire à les combattre.

Seconde source de nos méprises dans le choix d*nn état de vie: . ce. choix, qui dépend uniquement des desseins de Dieu sur nous, c'est Tordre de la nature tout seul qui d'ordinaire en décide. On n'attend, point d'autre marque de vocation que le rang de la nais^ sance, ou la situation de la fortune. On se piersuade que Dieu a tracé dans ces événemens purement humains le plan de nos destinées éternelles; qu'être né le. premier dans une famille , c'est être choisi da Ciel pour succéder aux titres et aux dignités de nos ancêtres; que n'avoir que le second rang dans la maison de son père, c'est un droit qui nous ouvre la porte de la maison du Seigneur; qu'un grand nom «t une fortune médiocre est un engagement inévitable à choisir J. €. pour son époux.

J'avoue que la sagesse de Dieu se sert quelquefois de ces signes humains pour nous montrer de loin et accomplir en nous ses desseins de miséricorde; que les circonstances de la naissance, du nom, delà fortune, peuvent être des ménagemens adorables que sa bonté nous préparoit depuis le commencement des siècles , pour nous faciliter le choix de l'état auquel il nous destinoit ; et que souvent notre situation temporelle est la première grâce qui nous prépare l'éteriiité; mais cette règle n'est ni sûre , ni universelle. Souvent un Jaco)) est appelé aux bénédictions d'ua premier-né, tandis qu'Ësaii n'a que 1« moindre partage. Souvent un David, le dernier de sa famille, est oint de l'onction sainte et établi roi d'Israël ,. tandis que ses frères » avec des: qualités plus estimables aux yeux du monde, sont laides dans une /[;ondition abscune et privée. Souvent un Aaron, màFgrê sop^ aîpjesse, est jappelé au sacerdoce} et Moise, ^on cadet-, est étafbEî idu Ciel chef des armées du Seigneur. £h! qu'a de commun ia vocâ-« Uo^. t9^te gratuite du CUalavGc le cours inévitable- d'une <lescea-

dance charnelle? quel rapport entre les iniéréts de la cupidité et les mystères incompréhmisibles de la grâce ? Dieu a-t-il assujetti se» desseins éternels de miséricorde à la bizarrerie des arrangemens 1iq« mains? Les talens propres d'un état sont-ils fonjonfs attachés à na certain rang dans les familles ? Le goût qui noas en inspire le choix , vient-il avec Tordre de la naissance; et la nature a- 1- elle formé le coeur d'un puîné, plus pur , plus disposé à remplir les devoirs saints et sublimes du sacerdoce que celui de ses frères? Vpus n'êtes pas, à mon Dieu ! dans vos choix le fauteur ou l'esclave des vues et des cupidités humaines, un Dieu de chair et de sang, et vous n'agissez pas comme l'homme.

Mais on ne peut pas , direz-vous , en une famille nombreuse , tout établir dans le monde. Eh quoi ! M, F. , pour ne pas partager vos biens, vous sacrifiez vos enfans et le fruit de vos entrailles! Mais, a joùttz-vous , il seroit désagréable de les voir traîner leur nom, et prendre dos partis peu convenables à leur naissance. Mais faut-il qu'ils soient on Grands selon le monde , on réprouvés devant Dieu? n'y a-t-il pour eux que ces deux destinées? et une fortune médiocie paroit-elle plus affreuse à vos yeiix que leur infortune éternelle? Mais ils seroient malheureux dans le monde: vous ne comptez doue pour rien qu'ils le soient dans l'éternité I on n'est malheureux que lorsqu'on n'est point à sa place. Mais c'est ainsi que les maisons tombent : vous vous trompez, M. F., c'est ainsi qu'elles prospèrent; Dieu regarde avec des yeux bien plus favorables ces familles heureuses on chacun est à la place que lui-même avoit marquée. Le .vieillard Jacob voit en mourant la grandeur future de ses enfans, parce qu'en leur prédisant des destinées différentes, il ne leur prédit que les desseins de Dieu sur eux. La prospérité des maisons n'est pas toujours dans la fortune, mais dans le caractère et dans la vertu de ceux qui les soutiennent : Si/e Seigneur n'édifie luUméme la maison, en vain travaille celui qui s'efforce de V élever ( Ps, ia6; i ). Aussi leur décadence , leurs calamités sont comme une malédiction que Dieu a toujours attachée au crime des vocations forcées. On sacrifie des cadets infortunés k la grandeur d'un aine : les débauches répuisent; il meurt sans postérité; et son nom s'éteint avec lui, et avec le sacerdoce forcé de ses frères. Que de maisons illustres, tomlïées dans l'oubli , subsisteroient encore aujourd'hui , si ces sacrifices de l'ambition et de la cupidité n'en avoient sappéJ^fondemens, et enseveli leur nom et toute leur grandeur sous leurs rufnes I Laissez vos enfans sous la main de Dieu, M. F.: il n'est pour nous de situation sûre, et pour le monde et pour l'éternité, que celle où il nous a placés lui-même.

Et voici la troisièmje source de nos méprises dans le choix d'un état de vie : le choix d'un état est pour nous l'unique voie du salut que Dieu nous a préparée : on' ne doit donc, en choisissant , être principalement attentif qu'aux avantages qui peuvent nous eu revenir par rapport à notre salut éternel ^ c'est-à-dire , que de toutes les

voîe«, la religion et la raison veulent que nous choisissions celle qui , eii égard au caractère de nos penchans et de nos foiblesses, npus fburnira.plus de moyens de salut. Ce n'est pas qu'il faille se retirer dans des solitudes, se dérober à ces emplois qui maintiennent la tranquillité des peuples et le bonheur des empires, se refuser anx besoins de TEtat , négliger ces professions publiques, qui fournissent aux besoins de la société, et qui en font Tordre et l'harmonie $ fuir, comme un écueil , le lien sacré du mariage , que la religion appelle sainr et honorable , sous préteste qu'il y a des états plus sûrs pour le salut ; le silence, la retraite, l'austérité même des cloîtres , n'estpas la profession la plus sûre pour tous les hommes ; vous y trouveree plus d'écueils qu'au milieu du monde, si tous n'y êtes point appelé : ce n'est pas l'état, d'est la vocation du Ciel qui fait la sûreté. Loth est fidèle au milieu de Sodome, où le Seigneur l'avoit placé pour confondre, par l'exemple d'un Juste ^ les dérèglemens d'une ville criminelle; et il tombe sur la montagne où il s'étoit arrêté contre l'ordre de l'Ange qui vouloit lé mener plus loin. La retraite sera poiir vous un écueil , si l'Esprit de Dieu ne vous y a pas con« . duit ; et la Cour , un lieu de grâce et de sanctification ^ si Tordre du Ciel vous y appelle..

Ce que je veux donc dire ici , c'est qu^ l'affaire principale étant, d^arriver au terme heureux , il serbit insensé de ne donner la préférence au sentier qu'on choisit , que par ce qu'il peut offrir de plus , brillant et de plus agréable, plutôt que parles secpurs et les facilités . que nous y trouverons de fournir heureusement la cirrrière. Or, sur» ce principe, que de vocations défectueuses! Car, remontons à la . source : d'où vient que cet homme est entré dans;]a robe? c'est qu'il a cru mieux fadre son chemin par la voie de la magistrature « que par celle des emplois militaires. D'où vient qu'un autre a suivi la route des armes? c'est que son nom et les services de ses ancétres4ui pernirettoient d'aspirer à tout ; au lieu qu'un autre parti l'eût Uissé dans, l'obscurité d'une vie privée. Pourquoi celui-ci paye* t-il de tous ses biens une charge qui Tapproche de la personne du prince ? c'est que sons les yeux du maître , on est plhs près de la source des grâces. Quels sont les motifs qui conduisent cet autre à Tautel saint ? que vient-il chercher dans l'Eglise? ses trésors, ou ses fonctions? ses bonnenrs ou ses ministères ? l'éclat du Sanctuaire, ou le Dieu qu'on y adore ? Il apporte pour toute marque de vocation à un ministère d'humilité, des vues d'élévation et de gloire; à un ministère de tra^ vail et de sollicitude | des espérances de repos et de mollesse; à i^n ministère de désintéressement, de modestie et de charité ^ des pro« jets de luxe, de profusion et d'abondance; et comme cet infidèle Hé^ liodore, il ne vient dans le Temple, que parce qu'il a toujours ouï dire qu'il y trouveroitdes richesses immenses, et le^ dépouilles saintes des peuples.

C'est la cupidité toute seule qui fait d'ordinaire la diversité de nos destinées : car outre que TÊsprit de Dien ne peut être auteur MassiUon, tqmb i. 29

45b MERCREDI DÉ LA II* SEMAINE;

de ce« motifs humains ; un clioix qui est Touvrage de Ift capidité ne peut qu*êlre favorable à la cupidité. Ce sont des vues de fortune, d*élévation , de plaisir, qui tous ont frayé la route paroù tous marchez ; TOUS y trout^erez donc des occasions d'orgueil, d*ambîtion, de mollesse, dé Tolupté, d*antant plus inévitables pour tous, que votre choix déclare vos penchans infortunés pour ces vices. Vous serez donc un mondain voluptueux, un courtisan ambitieux, un homme de guerre impie, un magistrat injuste, un ministre corrompu, puisque vous n*avez choisi le monde que' pour ses plaisirs; la' Cour, que pour la fayeur ; les armes que pour la licence ; la robe, que pour une vaine distinction; l'autel, que pour les honneurs et les richesses du Sanctuaire. Dieu punira même le dérèglement de votre choix , en y favorisant les passions qui vous l'ont inspiré : vous serez placé sur les premiers trtbunauxdela Justice; vous parviencirez à la faveur du Prince ; vous serez distingué par tons les honneurs militaires ; vous serez élevé sur le trône du Sanctuaire. Mais ces faveurs temporelles seront des dons que Dieu vous fera dans sa colère; et comme elles ont été l'ouvrage de votre cupidité « elles en seront le» instrumens- et la plus juste peine.

Mais , si ce n'est pas un goût déréglé qui doit décider du choix d'un état, ce n'est pas aussi un respect humain qui force le goût et les inclinations les plus innocentes , les plus naturelles que nous avions portées en naissant , etquinepouvoient venir que du maitre xséme de la nature; dernière source de nos méprises dans le choix d'un état de vie. En effet , comme de ce choix dépend tout le repos et le* bonheur de notre vie , les complaisances qui coÂtent an cœur y sont dangereuses ; les déterminations ou le respect et la crainte de ceax de qui nous- dépendons , ont plus de part que nos propres penchans 9 traînent toujours après elles le repentir et l'amertame; et tout ce Ifui s'y décide sans nous et comme malgré nous , ne peut tarder d'ôtre désavoué de nous-mêmes. '

Or , n'est-ce pas ce funeste respect humain qui préside presque toujours à la décision de nos destinées , et qui nous force à des choix que tous nos penchans désavouent. Tel prend le parti des^armes et suit une route , d'où mille raisons de tempérament , de goût , de conscience , d'intérêt même l'éloignent ; parce que né avec un nom il n'oserolt se borner aux soins domestiques, et q^ue le monde regarderoit ce repos comme une indigne lâcheté* Tel préfère un célibat dangereux à un établissement qui le dégraderoit ^ans le monde , et aime mieux s'exposer à toutes les suites de sa fragilité ^ que de déshonorer son nom par une alliance inégale. Tel sans aucun attrait pour la retraite, se consacre au Seigneur par pure fierté; parce que n'ayant pas de quoi soutenir son nom , et s'établir convei^al^ement dans \t monde, un asile saint lui paroit plus honorable aux yeux des hommes, qu'une fortune obscure et rampante.

Personne presque ne prend dans son propre coeur la décision de sa destinée. Si l'on est maître de sonr sort , c'est la crainte du moode et

' • LK VOCATION* 4Îx

(}e'-ser juf emens qin en décide : en vtn âge tendre, on i^egardé boitinie uiieloiyla Tolo^Atédeceu^tf de qui Foh tient la vie ; on n'ose fftod aire des désirs qtti contrediroient leurs desseins ; on étonfJPe des i^épii- ^nances qni devîendvoient bientôt dei crimes. Des pa'rens barbare^ et iàhinnaihsr, ^tit éleva: un seul dé leurs enfans pins haut que te^ adicétres^ et en faire ^fdote d^ leur vanité , ne conrptent pour rien do' sacrifier tous les autres et de les précipiter dansrabime ; ils arraelrent du monde des enfans à qui Tautorilé seule tient lieu d*attrait et de vocation pour la retraite ^ ils conduisent à Tautel des victimes infortunées qui vont s'y immoler à la cupidilé de leurs pères, plutôt qu'à la grandeur du Dieu qu'on y adore ; ils donnent à TËglise des ministres que r£glise n'appelle point , et qui n'acceptent le saint ministère que comme un joug odieux qu'une injuste loi leur impose ; enfin , pourvn que ce qui paroit d'une famille, éclate, brille, et fasse honneur dans le monde , on ne se met point en peine, que des ténèbres sacrées cachent les chagrins, les dégoûts, les larmes, le désespoir de ce qui ne paroit qu'aux yeux de Dieu. O mon Dieu l que la présence de ces malheureuses victimies sera terrible au jour de vos vengeances pour ces parens dénaturés ; et que le malheur de leur destinée sollicitera puissamment votre justice à venger leur sang contre les auteurs de leur être et dé leur éternelle infortune! C'est ainsi que l'imprudence. Tordre de la naissance, la cupidité, les égards humains • décident de la destinée de presque tous les hommes : et delà tant de méco^teu* temens dans tous les états , tant de regrets dans les mariages, tantde troubles et de divorces dans les familles , tant de inurmuces et de cha-. grins à la Cour, tant de dégoût dans le service, tant de révolte , d''en"nui, d'amertume dans les cloîtres. Delà chacun se plaint de sa cou"ditton et envie celle d'autrui : la femme du monde ri^4.rde l'çpou^e de J. C comme heureuse; l'épouse de J*. C insensée rie foruie* des désirs que pour ressembler à là fenimédii monde; le èoiiirti^ii soupire après la tranquillité d'une vie prîvise ; l*hottinië pi:ïvé? ne Voil de* bonheur quedàns la vie delà t!oùr. Delà enfin nul n'est heu réiix dans^ le mondé , parce que nul presque n*^ est à s'a plade : niais si', de* toutes les circonsÉances de la vie, le choix d'un éjat est celïe oitïsiùké^' prise est plus ordinaire, c^est aussi' celle ou là mé^ri&é'eii lé plus à^ craindre.

SÉCOTiTDÉ fA^tlÉ:

De toutes lés circonstances de là viè, le clîoii dVii Ait est èeïlc où la méprise est le plus à craindre, sôit que vous la^ cônsitlétiei dii côté de Dieu dont elle usurpe les dirôits, soit dii cÔlé dés grâces è^ des secours dont elle nous prive, ou ennii du côté des suites presque totljoiirs irré^ràfotes qu'elle traîne après soi- Du côté' de Dîeii dont elle tfsntpe les droits : eh effet , en nous donnanf Têtre et: la> liberté, îl'ùe s'est pas départi des droits* qu^lavoit snr^n oiivragev Ce n'est pàs-àr rions à dispdsi^r «de noùs-otémes ; c*ést à iu*!seiïl k noM e*rtpioy«r wloiï l«$ vm^ qu^iV 9feét |jrop0$éee en- nbwrior'-»

il^îi MERCREni DE LA IlVSEMAINE.

maut , et à régler Tusage des talens que nous n'avons reças que de lui : aussi à peine le premier homme fut -il sorti de ses mains ^ qu'il l'appliqua à la culture de ce lieu de délices , qui devoit être sa demeure ; et il semble qu*en lui déterminant cette occupation , il voulut faire sentir à tous ses descendans que c*étoit à lui seul à Tious marquer un emploi et une occupation dans cet Univers où il nous a placés.

Mais quand sa souveraineté ne lui donneroit pas ce droit snr la créature, sa sagesse devroit rétablir seul arbitre de nos destinées : car, connoissant tout seul les plus secrets penchans de nos. cœurs; développant déjà dans les premières ébaucbes de nos passions, tout ce que nous devons être; jugeant de nous-mêmes par les rapports divers de vice ou de vertu , que les situations infinies où il ponrroit nous placer , ont avec les qualités naturelles de notre ame ; découvrant en nous mille dispositions cachées que nous ne connoissons pas, et qui n'attendent que l'occasion pour paroitre; seul, lorsqu'il tira tout du nçant , et qu'il donna à tous les êtres cet arrangement admirable et ce cours harmonieux que la durée des temps n'a jamais pu altérer, il put prévoir quelles étoient dans cet assemblage si bien assorti, les circonstances du siècle , de la nation, du pays, de la naissance, des talens , de l'état , les plus favorables à notre salut; et en les rassemblant par un pur effet de sa miséricorde , en former comme le fil et toute la suite de notre destinée. Aussi les apôtres ne s'adressent à lui, pour choisir un successeur au disciple infidèle, que parce qu'il connoit les cœurs : Vous qui connoissez les cœurs de tous les hommes ^ lui disent-ils , montrez-nous celui que vous avez choisi ( A et, I ; a/| ).

En effet , M. F. , Dieu seul nous connoit , et nous ne nous connoissons pas nous-mêmes : nos penchans nous séduisent; nos préjuges nous entraînent ; le tumulte des sens fait que nous nous perdons de vue : tout ce qui nous environne, nous renvoie notre image ou adoucie ou changée ; et il est vrai que nous ne pouvons nous choisir à nousxnèmes un état sans nous méprendre, parce que nous ne nous connoissons pas assez pour décider sur ce qui nous convient : nous sortons même des mains de la souveraineté et'de la sagesse divine ; nous devenons à nous-mêmes nos guides et nos soutiens ; et , semblables ao prodigue de l'Evangile > en forçant le père de famille de laisser à notre disposition et à notre caprice les dons et les talens dont il voulait lui-même régler l'usage, nous rompons tous les liens de dépendance qui nous lioient encore à lui; et , au lieu de vivre sous la protection de son bras , il nous laisse errer loin de sa présence au gré de nos passions , dans des contrées étrangères.

Seconde raison. Si la méprise dans le choix d'un état de vie esMï fort a craindre , c'est principalement du côté des grâces et des îecours dont ^e nous priv.e^ Oui* M. F., comme les ministères sont diiférens dans le corps de J. C, , les dons et les grâces le sont ans^i. Comme touê4es états ont .Uors. dangers et leorf difficultés particu-

iières, il leur faut à' tous des secours propres , pour raincre ces obstacles, et pour éviter ces périls. Il est dans les trésors de la miséricorde divine, des grâces de magistrature, pour ainsi dire , de sàcer'doce, de commaudement militaire, de père de famille, d*homme public , de personne privée ; des grâces de mariage, de célibat, d« Cour et de retraite; et, comme Dieu ne destine jamais la fin «sans préparer en même-temps les moyens pour y arriver 9 eh marquant dans ses conseils éternels, à chacun de nous, Tétat où il vouloit que nous opérassions notre salut , il a attaché a ce choix des secours pro-^ près et singuliers pour en accomplir les devoirs.

Mais, M. F., pourparticip^er aux grâce» d*un état , il fiautque Dieu

lui-même nous y ait appelés. Si tous vous êtes placés vous* mêmes , c*cst à vous-mêmes à tous soutenir; s'il ne vous a pas préparé la voie où TOUS êtes entrés , il ne vous y donnera pas sa main sécon^ rable, et tous y marcherez tout aenls. Il ne doit pas déranger eft Totre faTcnr Tordre immuable de ses conseils éternels : vous êtes sortis du plan de sa prOTidence; ce n*est pas à lui à rétracter la sta^ biliié de ses desseins pour s*accommoder à vos caprices, mais à tous livrer à Totre propre malheur : tous n*aves pas choist la situatiou et le ministère qu'il vous destinoit dans le corps mystique dé sou fils ; il ne'peut done plus vous regai-der que comme un membre monstrueux qui est hors de sa place, et qui ne sauroit plus recevoir les infiuéuces et l'esprit qui anime tout le reste du corps.

Ainsi le Seigneur, dans ses d^ss^eins de miséricorde sur vous V vous avoît préparé des grâces de retraite, de mortification, de chasteté , de silence; il vouloit vous sanctifier dans le secret de sa face , loin du monde et de ses périls ; il avoît résolu de vous attacher à lui par des liens sacrés, et de vous faire porter son joug dès une tendre jeunesse; il avoit même nfiis en vous des inclinations heureuses, et qui sembloient vous montrer de loin la voie qu'il vous préparait'^ une ame simple et timide, un esprit paisible et naturellement éloi-r gné des agitations éternelles que demande la Tie du mondes des dé«> sirs secrets et continuels de vous consacrer à lui;. mais, ina]gré tous ces attraits et tous ces signes hfjureux, où les desseins de Qieusuc vous paroissoient écrits en caractères si intelligibles, vous vous été* engagé sous un joug différent. Ah! la sainteté du lit nuptial sera donc pour vous une occasion de luxure et d'incontinence; voiiis'Tioleres la foi d'un Sacrement honorable; vos enfan& troureroti^ dans vos exemples le modèle de leurs désordres ; le monde où vous n^étiez pas» appelé, voâs séduira; les périls où l'ordre dé Dieu ;ne vous avoil pas engagé,; seront pour vous des occasions infaillibles de chute) tout deviendl^â tentation ou écueil à votre foiblesse ; lès plaisirs les plus innocèns souilleront votre cœur; les objets les plus indiffêrens seront funestes a votre innocence; les devoirs les plus fadJestronve» ront en yo%M dès répugnances invincibles ; tous corrom^r^' tout par d*inJ4istes usagés,^ où vos frères, que le Seigneur. hii-n»ê«ie a placée diios Totre situation » seifoat en sîreté , Wns^n^'y tsobTereii^ii'ua

%% MERCREDI PB tA lU SEMAINE.

4ri9>t»<ianfr«ge. A.in»i U ip^F eiigloiUi( nntnsfQn un P|:op)^ètf jf^r 4èl« , malgré 1^ $eçoiir» d'irn P«vire en Vh^k^^é 4c:s pilotai, T^vfsp qu'il y éioit «ntrié coqipe 4'.ordre de Pieu , tandis fpVHe r^^pecteU» •eiiles iracje» , et qu'elle s'affermit »au9 le;» pied» du([^^f df # ÀpAu^es., « qni le Seigneur ayoit ordonné de ms^ber fur 1^» fl/USs e( de yemr à lui. Tout est dauger i qi^iconque |)'a pa^ l/e Sei^cur pp^f guld^« etie danger lui-ipèiAe fl^^rieatAue »àreité à ccwi^ qui ipai^iih^p.t «yec lui.

Mais, d*un autre c6të, le Çeigneur Tonloit que tous opérassiez TOtre s^lut dans Téiat de simple Fidèle; il tous avoit préparé les grâces de oet état , et e'étoit la Toie qui deyoît jrqn» <ctfa4f>^P au lerrae heureux : le» dissolutions m^mes du premier Age 9 dies pef^r cfaans tumultueux de glotre et d'ambition , un .cQ^ur trop Tif «I trop «ensible au plaisir , tout cela tous marquoit a»«e« qu'up «ÛHStàre de travail , de modestie, de pureté angélique , de prière., d'étude, n'i^ toit f as Totre place. Cependant vous aves usurpé eel hpum^ur divia; vous vous êtes placé vous-même dans le lieu aatst; .vpi&a êtes par- !irenn par des faveura humaines > où la grâce toute aevde devoit vous éleyer ; vous vous êtes ouvert par votre ambition la porte de la mai: •on du Seigneur , qui n'est ouverte qu'à l'humilité et à l'iiuieceuct ; vous avez obtenu en importunant^ une dignité qu'on ji^ panl laér riter qu'enf uyant : mais qu'avez-vous fait ? tons vos minialères voai devenir pour voua des éeueils ; la tribunal serft U.||iége de ¥Qtl^ Wr nocencejl la chaire , le théâtre de vqtre orgueil ; i*autel ^ }.e lieu de vos crimes \ le patrimoine des pauvres , Toccasion de vos profusions et ^e vos désordres: le commerce des choses saintes • la source devotre

irréligion et de votre endurcissemj&nt. Si vous ^tes pasteur, vous serez un mercenaire; si vous êtes élevé sur Ip trône sacerdotal , vous |erez un ^lonjime de péché as^îs dans le Temple de pieu ; d'où vien* sent ceis malheurs ? votre vopation est l'ouvrage de l'homme; vous n'y ferez pas l'œuvre du Seigneur. Vous possédez le dop de Dieu avec Injustice, vous en userez avec profanatipn; vpus avez souillé le Sanctuàfre en y entrapt^ vous le déshonprerez en le gouvernant} vous n'êtes plus le médiateur entre Dieu et les hommes, entre la terre et le ciél , vous li'ptes que l'anathème du ciel , et le spandale de la terre.

Hélas I M^ F ^ , si tant d'ames péDÎasenl tous les iour^ ^^t^o \p9 graeof atuohéês à leur état ; si le disciple^ perfide devient prévarinateur* et déchoit de la grâce et du ministère de l'A-poslolat on J. C lui-m^m^ l'avoit appelé ; si Salomon , établi r0i par la TAte^téduL Seigneur, ^t areo des mak^ques si éclatantes M si singulières de Sia protection e\ 4e sabienvaillanoe, trouve dans les périls delà royauté: des écueiU ok toute sa feiblesse vient échoiter.;. quelle poucroit être la destinée de ceux qui, privés des mêmes aeoours, sent exposée. anv mêmei dangers ? Si la foiblesse de l'homme ne peut ae aoptenit soi^yept dans dea ^oies où la main de Dieu méme>U guide» fera -ficelle noiqa do fihuifs quand ^ejmfti;fihqra t««te seule?

On e»t surpris après cela quelquefois , M. F. , que les noetirs des Chrétiens aieat si fort dégénéré. On se demande d*où vient que^nos siècles sont si différons de cdux de nos pères ; que tous les états ont corrompu leur voie ; que la magistrature n*est presque plus qu^une honorable oisiveté , ou un art de faire servir les lois à dépouiller les peuples mêmes en faveur de qui elles ont été faites ; que la voie des armes n*est plus qu*ttne profession dédarée d*irréligion et de licence; que la Cour est le théâtre de toutes les passions; que tous les arts inventés pour les besoins et pour les délassemens publics , ne fournis* sent plus qu*au luxe ou à la licence .publique; que Tart des arts», rhoaneur du Sanctuaire, n*est presqQe plus qu*.un trafic honteujc d'ambition et de cupidité ; que la contagion n'a pas même épargné ces asiles saints et religieux élevés au milieu de nous ; et que dan4 ces maisons de retraite, de prière, d'austérité, où il semble que la ^Seigneur devroit trouver cette foi qui n'est plus dans le reste de 1a terre, Tesprildu monde y règne quelquefois plus que dans le mond^ même. On en est, dis-je, surpris, et les Justes qui sont encore parmi nous en gémissent sans cesse devant le Seigneur , et lui demandeueC avec douleur d'où vient qu*il a abandonné son peuple.

Mais la raîsofn n'en est pas dîffîdle à trouver : tout est corrompu , parce qu^ nui presque n'est à la place où il devroit être. Delà Ife magistrat devenu l'aîrbitre des p&ssiotis humaines, sans ce^ grâces de lumière, d'intégrité, de fermeté, de zèle du bien public, si nécessaires pour remplir ses fonctions, n*est plus qu'nn faiitôme reveto d'une robie de justice et de dignité, qui tourne à tout vent , et: qui fait presque autant de chutes que de démarches. Delà le cour«> 4isan engagé dans une vie de mollesse, d'ambition; de dissimulalion, de plaisirs, et privé de cette droiture de cœur, de cette crainte de Dieu, de cette persuasion vive des vérités éternelles qui conserva purs^t sans taebe les Daniel et leis Ësther au milieu «néme d*une cour infidèle^ devient bi^ntét le triste jouet de toutes les cupidités hu« maines, et ne coonoit plus d'autre maître qu'un maître mortel , et d'autre divinité que la fortune* Delà l'homme de guerre environné de ttMts les péHls de son état, saas les secours de cette sagesse, de cette foi couriigeuse, qni seule a pu sanctifier les Josné, les Gédéon^ les David et tous les aonquérans chiéliens, au milieu de la licence des armes, ne se défend pas long temps contre des dérèglemens dont il |>9rfte déjÀ.UHittaks dtsposi(«aiia daos son cœur. Delà le ministre de J.C, «destiné àétre le sel de la terre et à guérir la corruption deà peajples V ^n est bleotiôt lui-même infecté , pai^ce qu'il n'a pas reça «ette veclu sacardotale qui sanctifie tout , et que rien ne peutsouiU ier. Delà ettfln le solitaire, ou la vierge consaca^c à J. C. , S'étant chargés d'un fardeau pèsent , et n'ay.aot pas reçu l'onction sainte- qui radoucit, traînent indolemment et méime avec murmure Je ioag, loin de le porter avec allégresse ; rendent au monde un owur qu'ils n'avoient jamais bien donné au Seigneur ; cachent sous les dehors <ie la mortification mille désirs proénesjî retrouvent dans le silen^f

de la retraite les image» dangereuses des plaisirs , mille fois plus k craindre pour le cœur»que les plaisirs mêmes; aiment ce qu'ils ne peuvent plus posséder , tombent loin des périls , et d'un lieu de suret é se fout une occasion de chute.

Voilà , mes Frères , la source de la dépravation de touv les états, le défaut de vocation; et de cette dépravation et de ce défaut de vocation , quelles suites irréparables ! Dernière raison pourquoi la méprise dans le chojx d*un état de vie est si fort à craindre. Car je ne vou» dis pas , que n'étant point dans la voie qui doit vous conduire au salut, plus vous marchez, plus vous vous égarez, et qu>e ce n'est pas ainsi qu'on arrive. Je ne vous dis pas que le défaut de votre vocation est une de ces fautes sur lesquelles on n*a presque jamais de 'remords; que loin de la réparer, parmi tant de personnes qui font tous les jours des choix téméraires, toqs n'en voyez pas une seule qui s'avise même d'entrer là-dessus en ficrupule ; mais je vous dis, comprenez > vous les suites irréparables d'une vocation illégitime? Si vous êtes homme public, l'usage injuste de votre autorité , tous les maux que vous faites, et tons les biens que vous ne faites pas, les peuples défendus, édifiés par un autre que le Seigneur%Àt misa votre place, opprimés, scandalisés sous votre ministère; les abus autorisés, les desseins utiles méprisés : réparez , si vous le pouvez, ces désordres que vous ne sauriez xnême çonuoitre, et que votre exemple perpétuera peut-être jusqu'aux derniers âges de la monarchie.

Si vous êtes intrus dans le lieu saint, les instructions , ou négli* gées , ou rendues inutiles par les exemples ; les lois avilies et sans vigueur, par l'âffoiblissement elles transgressions du législateur; les ministres autorisés dans leurs prévarications, par l'infidélité du pasteur principal, les pécheurs confirmés dans le crime, les foibles sans secours, les Justes sans consolation , les Saoremens sans fruit, les prières de l'Eglise sans utilité ; le ministère, sans respect et sans dignité, toutes les sources de la grâce fermées aux Fidèles, par la corruption de ceux qui dévoient les répandre « et en être les canaux sacrés; la perte de tant d'ames qui eussent ttouvé dans le zèle et dans la piété d'un ministre fidèle, la grâce et le salut : sondez, si vous le pouvez , cet abime , et trouvez-y , si vous le pouvez encore , une ressource.

Si vous êtes entré dans une maison sainte , ros mœurs devenues un modèle de relâchement , la* piété affoiblie dans vos frères par vt)s .exemples, leur vocation ébranlée par vos dégoûts, leur docilité révoltée par vos murmures,, les maximes du monde introduites dans }e lieu saint par vos discours , la tiédeur et le désordra perpétués après votre mort par le seul souvenir de votre vie.

Voilà , vous , M. F., qui inspirez à des enfans infortunés des vocations injustes , les suites affreuses et les crimes infinis dont ce seul crime vous rend coupables devant Dieu. Aussi vous pouvez réfjirer, en aQUgeant votre chair ^ vos voluptéa criminelles î ios in-

LA VOCATION- 4i7

în&tîcès , par vos largesses ; tos scandales , par des exemple» de vertus; vos haines et vos vengeances «par des actions de charité et de niisé^corde. Mais , versez des torrens de larmes , dédommagerez* vous jamais J. C. de la perte d'une infinité d*ames y qui auront trouvé recueil de leur salut dans le dérèglement , dans Tignorance , dans le défaut de talens.d*ua^inistre. que votre cupidité , et non la vocation du Ciel, avoit élevé aux premières dignités de TEgUse? Maif disliibucK tout voire bien aux pauvres, remplacerez -vous jamais les maux qu*une vierge folle et mondaine, que votre crédit seul aura placée à la tête d^s épouses de J. C. , fera dans la maison de Dieu ; les relâchemens qu'elle y portera, les âmes qu'elle y séduira, les grâces qu'elle y anéantira , les biens qu'elle y empêchera , les passions qu'elle y introduira , les obstacles qu'elle y mettra pour toujours au renouvellement de l'esprit primitif, et au rétablissement des règles saintes ? Ah ! votre repentir et vos larmes n'effaceront jamais des crimes qu'elles ne aauroient plus réparer» ou, pour parler plus exactement, vous ne vous en repentirez jamais, et les larmes pour les pleurer ne vous seront jamais accordées. r-

Mais si les suites de cette méprise sont irréparables , mon cher s^uditeur , pour des parens ambitieux qui vous l'ont inspirée , elles ne le sont pas moins pour-vous, qui avez eu le malheur de vous méprendre ; car je suppose même que vous en êtes touché de repentir; quels remèdes vous prescrire? quelles mesures prendre? Vous êtes revêtu d'une dignité saiilte : faut -il découvrir votre ignominie en vous en dépouillant? faut -il dissimuler l'igoominie de l'Ëglise en vous y souffrant ? faut-il vous arracher de l'autel oh vous avez paru devant l'assemblée des Fidèles ? faut- il vous y laisser contre l'ordre de Dieu qui vous en rejette? Et d'ailleurs , votre repentir sera-t-il même assez héroïque pour en venir à ces dépouillemens d'éclat, à ces démarches extraordinaires, sans lesquels pourtant il n'est point de salut p#urvous? Vous êtes entré dans des engagemens , ou de mariage ou de religion , d'où il n'est plus en votre pouvoir de sortir, étes-yous obligé à l'impossible pour vous sauver? Mais, d'un autre côté , vous sauverez-vous dans un état qui , n'étant pas le vôtre » ne sauroit être la voie de votre salut ?

O mon Dieu I vous qui tenez entre vos mains les destinées des . hommes, quelles ressources inconnues peut>il rester a votre grâce pour ces âmes infortunées , et votre puissance elle-même peut-elle empêcher qu'elles ne périssent ? Oui , M. F. , et c'est une vérité d« / la foi : quelle que puisse être la situation de la créature , son sort n'est jamais désespéré sur la terre; il n'est point d*élat où la pénitence ffè soit possible. Le Seigneur n'est pas tellement assujetti aux lois de sa justice, qu'un, excès de miséricorde ne puisse en tempérer la rigfueur ; et quoique la loi déclarât coupables de mort ceux qui en^ troientdans la chambre d'Assuérus, sans y être appelés, il resloit encore néanmoins une ressource aux téméraires qui l'a voient violée, t\ le grand roi pouvoil encore étendre lar eux le sceptre de a« dpu<«

$fiB MERCREDI DE LA II* SEMAINE,

ceur et de sa clémence. Mais que ces gfracës étoient rares 4 ane £«tfaer toute seule en a été faVorisée; et qu'on est à plaindre, si, condamné à périr par la loi commune, tout Tespoir du salut ne roule plus que sur rincertitude d'une exception dont un siècle entier fournit à peine un exemple l t

Ce n'est pas que je veuille ici jeter de Talnes alarmes dans les consciences : la vérité ne trouble que pour instruire et pour consoler. Ainsi , mon cher Auditeur , si vous n'avez pas encore fait ce choix important, évitez ces écueils; priez beaucoup; consultez vos talens, vos inclinations, vos forces, vos foiblesses , les intérêts de votre salut ; bannisse; toutes vues humaines; attirez sur vous la grâce d'an bon choix par Tinnocence de votre vie ; tournez de ce côté-là toutes vos attentions , et mettez tellement le Seigneur dans les intérêts de votre sort y qu'il ne le laisse jamais entre vos mains. Si le choix est déjà fait , et que vous doutiez si les motifs humains n'y ont pas eu plus de part que les vues de la grâce, rendez votre vocation certaine par vos bonnes œuvres; comprenez que la fidélité aux devoirs de votre étai , est la plus sûre marque que vous y êtes appelé : remédiez à ce qui dépend de vous : faites^vous des remords utiles : changez cette tiédeur dangereuse où vous vivez , en une sainte vivacité; cette vie toute naturelle, en une vie de la foi ; ces négligences coupables, en des attentions religieuses ; ce mépris de vos obligations , eti une fidélité qui vous fasse respecter ce que vous devez aimer) et ne vous calmez jamais sur la vérité de votre vocation , que lorsque voua e^ accomplirez tous les devoirs. •

Mais s'il est clair que le Seigneur n'ait point du tout présidé à yotre cihoix , si l'imprudence , le respect humain , les passions seules vous ont formé un état de vie, votre sort est à plaindre , je Tavoue, mais il n'est pas désespéré : vous êtes loin do royaume des cieux , il est vrai ; mais vous pouvez encore y prétendre : tandis qu'on peut se repe^Qtir , on peut encore espérer. Dieu peut accorder à la douleur d'un choix injuste, les grâces qu'il auroit accordées à un choix légitime : vous n'^êtes pas extérieurement dans son ordre ; mais le cœur y est toujours quand il se donne à lui ^ vous occupez une place qu'il ne vous avoit pas destinée ; mais une foi vive, mais un amour avdeot, mais un repentir sineère sanctifie tous les états; et l'on est toujours à sa plaée j quand on sert et qu'on aime le Seigneur. Vous vous êtes exposé sur une mer orageuse contre son ordre , comme le |irophète Jonas; vous y êtes tombé comme lui au fond de l'abîme : il vous reste encore une ressource; élevez votre voix comja»e lui vers le Seigneur , lorsqu'il se vit enseveli dans le sein du monstre; et dites-lai : Seigneur , quoiqu'un choix injuste m'ait soustikit à la main adorable qui devoit me conduire , je crie encore vers vous du sein de l'abîme que vous ayez ouvert pour me dévorer : 3e vat/re mfdritlamavi {Jon, n^^'^^etseq). Il esterai que rien ne peut'^aler rexttfémité du daf)gev on je me trouve : un monstre énorme me lient captif et n^'euviraouie de toutes part« : Abysau ^}Mavii mfi, La

hJ^ VOCATION. A^

profondeur des eaux , comme celle de mes crimes , s*est élevée au* dessus de ma tête : Pelagus operuit caput meum. Il semble que la terre s'est creusé de nouveaux abiraes, pour m'y retenir éternellement : Terras vecies concluserunt me. Cependant , ô Dieu de mes pères : vous qui les p«rt4ic^ ^v vos ailes à travers les flots de la mer, quelque désespérée ^ue paroisse ma destinée ^ je ne laisse pas d'espérer encore en vous; vous saurez bien me retirer quand il vous plaira du fond du gouffre 09 j^ me 9 nia jeté : Tabime entend votre Toix; il me rendra à vous dès que vous lui aurez commandé de me rendre; tX 'û qe^ous fera pas plus 4if^l« 4« V^ délivrer d#ns la profondeur de la corruption où je me trouve , que si j'élois dans l'enceinte de Jérusalem : Et sublevabis de corruptione vitam meam , Do-mine Deus meus. Oui 9 gratid Dieu À malgré l'extrémité de mon état , qui semble m'interdire tout espoir de retour, j 'espère que j'aurai encore la consolatioQ de /*^vpir votrç temple saift, de vous y offrir mes actions de grâces, et de vous y apaiser, en mêlant au sang des ^ victimes, les larmes d'un repentir sincère : Ferumtqni^n rursàs ^Zdebo templum sanctum tuum. Ah ! que ceux qui, après s'être éloignés de vous, s'obstinent à vous fuir encore, et se font par un désespoir orgueilleux, de l'excès de leur misère, une raison pour ne plus souhaiter leur délivrance , soient abandonnés d^ votre misifrl*corde, puîscpi'ils T'abandonnent eux-mêmes : Qui custoâiunt Vami^ Éates frustra , misericoràiàm suam dcrelinquunt. Pour moi, Seigneur, quelque affreuses .que soient les ténèbres de Ja mort où je suis enseveli , tandis qu'il me sera permis de vous invoquer, il me sera permis d'espérer : Ego autem in voce laudis immolabo tibi. Voiii me verrez bien plus fidèle qu'autrefois à suivre vos voies saintes , sî ;rptf:*€ main secourablç^çii^ djé^i^re de ce péi>i| \ je ii0.rétractenii ja^tnais \e^ pi*oj;D^se^ que ^^f^^ ^me pénétrée de douleur , vous fliH danf çf ]ieu d*l?orreur : Qiu^cfimque vQvi x^d^lam pro sulute J^minQt V>% Ifi ve^e de ma vie Y^e isera p)us qu'ur^ re^ivet amer de vous ar^wir ciIt iep#é et de m'étre aopstrajt à vqs ordres., ^X un^ altenti^Hi contîrr xi^ejlf.^ mériter, p^r robf^rvance ^xçictedf vos oommandeoiens» U ir^cpi^p^m^ qHP yoa^ proiiLet|ejK:4 Y04 t erviteurs fîdèjes.

Jinsi soihiL

46o JEUDI DE LA II* SEMAINE.

SERMON

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