L'ENFANT PRODIGUE
sonsàdeniî-éteintes voient tous les jours finir d«ins les débauclies et dans la santé ruinée d*an emporté, toute l'espérance de leur postérité , et toute la gloire des titres qu'une longue suite de siècles avoi^ amassés sur leur tête, et qui avoient coûté tant de sao^et de travaux a la vertu de leurs ancêtres ! Dissipavit substantiam $uam vi" vendo luxuriosè. C'est ainsi , ô mon Dieu ! que vous punissez les pécheurs par leurs passions mêmes, et que vous tracez dans la décadence des choses humaines, et dans les malheurs et les révolutions sensibles des noms et des fortunes, les supplices éternels que von» préparez aux âmes impures !
Mais, en troisième lieu, ce n'est pas seulement par ^ dissipation des biens de la nature et de la grâce que ce vice honteux devient le supplice du pécheur impudique; c'est principalement par les trott-^ bl«s, les remords, les agitations qu'il laisse au fond de son aroe: troisième caractère du vice dotit nous parlons, et troisième circonstance des égarcmens du Prodigue. Apres qu^il eut tout dissipé , continue J, C. , il arriva une graneie famine en ce pays ^là , et il corn' mença lui-même à tomber en nécessité : Et ipse cœpit egere.
Voilà comme ce vice rend le pécheur insupportable à lui>méme, insupportable par le fonds d'inquiétude qu'il laisse dans la conscience impure. Je sais que le trouble intérieur est la peine de tout péché qui tue l'arae ; que le crime n'est jamais tranquille , et que la région de l'iniquité est toujours un triste théâtre de la faim «t de la plus affreuse indigence : Facta estfames valida in regione illd, Maiy il y a dans le vice dont je parle, je ne sais quoi de si opposé à Texceiience de la raison, à la dignité'de notre nature, qui fait que le pécheur se reproche sans cesse à lui-même sa propre foiblesse, et qu'il rougit en secret de ne pouvoir secouer le joug qui l*accable. Tel est le caractère de ce vice, de laisser dans le cœur un fonds de tristesse qui le mine , qui le suit par*tont , qui répand une ameHume secrète sur tous ses plaisirs : le charme fuit et s'envole; la conscience impure ne peut plus se fuir elle-même; on se lasse de sestroubler, et l'on n'a pas la force de les finir; on se dégoûte de soi-même « et on n'ose changer; on vou^^oit 'pouvoir fuir son propre cœur, et on se retrouve par-tout ; on envie la destinée de ces pécheurs endurcis qu'on voit tranquilles dans le crime : et on ne peut parvenir à ceùe affreuse tranquillité; ou essale.de aecouer le joug de la foi, et on a d'abord plus d'I^orreur -46 cet «essai , que du crime même; enfin , les plaisirs que l'on goûte, ne sont que des tnstans rapides et fugitifs ; les remords cruels formenjt comme l'état durable et le fond de toute > 1^ vie criminelle : £t ipse eapitâgere.
Insupportable , "secondement /par les dégoûts , les jalousies , les fn* re«frs, les eontrainies-y les frayeurs, les tristes évédemeus insépaca-^ blés de'oetté passion : ori a tout à craindre du côté de la réputation et de la'gHrire; ilfaut acheter le plaTsix^ injuste au prix dés mesures les )>lus gênantes , où, si une seule vient à -manquer, tout est perdu ; il faut soutenir les discours publics et les murmures domestiques^
<SB VENDREDI DE hA H* SEMAINE.
ftoutenir le» caprices , les inégalités , les mépris , la perfidie pcnl être deTobjet qui vous captive; soutenir vos devoirs, vos bienséances, Tos intérêts toujours incompatibles avec vos plaisirs ; se soutenir 0Oi-»niéiiie contre soi-même. Ah ! les commencemens de la passion n'offrent rien que de riant et d'agréable; les premiers pas que l'on fait dans la voie de l'iniquité, on ne marche que sur de» fieurs; le» premières fureurs de ce vice sur- tout enivrent la raison , et ne lui laissent pas le loisir de sentir toi;lc sa misère; les idées qu'on se fait •lors de la passion sont encore nobles et flatteuses ; le langage répond aux idées; on ne l'annonce mutuellement que par l'élévation des sentimens, la bonté du cœur, la discrétion, l*honneur, la bonne foi, la distinction du mérite, la destinée des penchans : tout flatte encore alofs la vanité; mais les suites, dit l'Esprit de Dieu , en sont toujours amères comme l'absinthe; mais la passion un peu refroidie, çiais le plaisir injuste approfondi ^ mais les premiers égards aiToiblis par la familiarité et le long usage , mais la vaniié détrompée par tout ce que la passion a de plus honteux , ah \ viennent les bruits désagréables , les murmures publics , les dissentions domestiques , des affaires ruinées^ des établissemens manques, les soupçons, les jalousies, les dégoûts , les infidélités , les fureurs. Que vous reste-t- il alors, ame infidèle, que des retours affreux sur voBS-même; qu'un poids 4'amertume sur votre cœur; qu'une honte secrète de voire fuibîesse; que des regrets de n'avoir pas suivi des conseils plus sages; que des réflexions tristes sur tout ce que vous pouviez vous promettre de repos, degloire^ de bonheur dans le devoir et dans l'innocence; et avez-vous pu réussir jusqu'ici à vous calmer, et à vous faire une conscience tranquille dans le crime ? £t ipse cœpit egere.
Insupportable, troisièmement, par les nouveaux désirs que ce vice tllume sans cesse dans le cœur. Une passion naît des cendres d'une autre passion; un désir satisfait fait naître un nouveau désir ; on est dégoûté et ou n'est pas rassasié. C'est le caractère de cette infortunée passion, dit l'Apôtre, d'être insatiable: Insatiahilis tielicti. On ne ^t plus se prescrire de barnes dans la honteuse volupté; les empor- ^«n«ns les plus monstrueux ne peuvent encore siUisfaire la fureur 4'une ame impure; la débauche la plus îÉmodérée laisse encore queli que chose à désirer au dérèglement des sens ; on cherche avidement 4e nouveaux crimes dans le crime même ; on forme, comme le Prodiguf, des désirs plus honteux, et qiïi vont encore plus loin que les ac- ^ons.mémes : Cupiebat impiere '»enitênt de ailiquh (fuaspom manda' ^bant. Toute sorte de joug révolte et devient iilfsupportable : la seufe gêne d^sréfiexionsinsttparaMesde hi^coudition humaine déplaît et fatigue; on vajusqu'à envier kl c^ndi^oti des bêtes : Cupiebat imph-rc ventrem dç sik'çuùq^uasporcimanducabnnt; o» t^^.uve leur sert plus heureux que ccilui de Thorome , parce q^e rieu ne tniverseienr instinct brutal ; que l'honneur, ledevQÎr , les céflexjiQnSc^ ks bienséances, ne troublent jamais leurs, plaisjn^^ . eti qm'ua penchant acveugle est le seul devoir qui les conduit, et 1^ seule Ipi; qui les gHÎde : Cu" piebat linf^Xure, iiiintf'<m de[ sUiquif fu^ pornU mUrHiuca^twt. Mou
L'ENtlNT PfeDBtetË. «Sy
Btrâ! et bn sonluit si impie; si-etcràtÀgant, si Tionteiix k tonte là nàtare^ ai sacrilège daiii la bdâche dû Clii*étieii sur-tout, qui k rhoTiBeur d'êtiremëmlire de vot^e Fils^ Ireteutît tonslesi jours sur des théâtres ittfamës; et ettbeliit hiénfe ifcs expressions d*Une poésie lascive. G mon peuple i':dit le Seigneur, qui vous à donc enivré de ce vin dé fornieation t Qui a cfaatigembii héritage en la retraite dès esprits imndndes ; et livré Jétil^aléin àtouS les excès des nations?
Insupportàbte • en quatrième lieu ^ si j*osois le d|re ici , par les frîstes suites du aëregienieht , qui font presque toujours expier dans un corps cliar^^ de douleurs, la honte de» passions du premier âge, trainer dès ipiirii langui ssaiîs e% n^allieureux , eit sentira tons leà niohiëhs dé la vie rùsagê indigne qu'on, en a £ait : £t ipse çœpii eger^.
. Enfin, il n'est pas de vice qui rende le pécheur plus vil et plus ftièprîsâÛè atli j^êtix des antî'és hommes : déi^nlère, circonstance des excès du Prôdî^àè, éd cfër hier caractère dé cette passion* Il tomba dans un aviliSseiÂèht qu'on ne petit lire sans liorreur :.il se m|t au ieHicé d'un de^ kaMians du pays : il fut envoyé à sa maison de^ chaiiipS ]^6ur garder des pourceaux: et Ta il eût souhait^ dé se ras-
ignite au vice aont nous par
Oui., M* Ft^f! en vain le jnoiide a donné.des noms âpédettx à èetffe passion, boqtjeus^ \ en vain un usage insensé et déplorable à tâeh4é de l'ennoblir,. par la poihpe des théâtres, par l'appareil dés speotaeles, par la délicat essè.d^ sentimens, et par tout l'art d'uHe poésie lasciVe; en vain des écrivains' profanes prostittieÀt leurs plu thés , lents taltàni à des apologies criminelles dece vibe: les louanges qu'on lui donne, n'ont rien d^ f^lus réel que les scènes eifles-taémes oit: on les débile : ^ur deS; théâtres i£ahtlleuxi c'i^st la passion dés héfè^v <^'est làfoi^ blesse des grandes^ames : au seirti'r.delà,c^«st>â*«dire^ d<ins la vérité et la réalité. de!s choses, dans la «oivdntt^erdînaiiie'dé lavie^'est lin avilissensient Cfui déshonore rbommé iet' le Çbrétieft^'- c'esr ùviê tachç qnji flèt^rit les plus grandes actions , et ^1 jette tin Wlitf^'sii'r la plus belle vie du monde; c'est une baarsesSe, qni^.Ioiil^déilotîi^ approcher des héros, nous confond avec les béles« Ët^n effet ^ veus qui vous en. faites, ce semble, honneur devant les hpnjynes^ voudriez-vbùS AHi'brî mït au ffraud'i'our toutes lés foibfes.$es, sécrètes, toutes les indiénites, toutes les démarches, tous les senttmeinsan-r Censés, toutes les situations pucrues ou cette passion vous a couduit, due 1 œil oe Dieu a éclairées , et que sa justice manifestera au. pur dé sè^ vengeahcesr seriez-vous fort conteur ae voup-mé^ne, f^ cette partie de votre vie si cachée , si honteuse , si difféi:ente de certe qui psrrott ati^tTetiit^ilésthomMi^s^, é¥6'il ptfbli'éè siii^ fôà' toits , atissl
4Sd VENDREDI DE LA IV SEMAINE.
mais de bonne fol avec yous^mén^e. Non, M. F. , le mcMicle lui-mémey ^ce monde si .corrompu, respectie la pudeur; il couTre d'une confu- ,sion éternelle ceux qui ,a*en éei^rtenjt ; il tn fait le sujet de tes dérisions et de'3es. censures ; il. leur fait sentir-, par des distinclions d'oubU et de mépris , Tixidigni té de leur conduitei ; c'est-à-dire , que malgré le rang que von&tenf%:dan> le monde; cbacùn tous dégrade idans son esprit: on vous dépouille 4e cette nalssapee, de ces titres, de cet éclat qui yous environne ; pn ne voit devons que vous-même^ c'es't-à-dîre , la honte de vos pencbans; plus vous êtes élevé, plus on vous rabaisse, plus vos foiblesses passent de bouche en bouche, et peilt-étre de siècle eh siècle dans les annales publiques; et votre ignominie'croft à proportion de votre gloire : Secundian gloriam ejus muliipUeata est ignominia e/Us (/# Mach, i ; 4^0*
idais rame désordonnée ne seiit plus cette confusion : elle ne sait plus tougir, ditTEsprlt-Sàint; la naiissance, le caractère , la dignité, ie sexe, il n^éSl plus de frein pour une ame asservie à cette passion déptorâBlè' ; il faut se prêter, aux suites de sa «lestinée. jjfais on est d'Uii caractère sacré; n'importe : mais on est d'un rang où tout est remarque ; on ne peut pas : niais on porte un, habit qui annonce I9 vertu et qui inspire la retenue; on ne se voit plus soi-même : mais on est d'un sexe où le seul soupçon est une tache et où tout le mérite est attaché à la pudeur ; on s'en fait un de Pimpudence : mais le public en murmure ; la passion parle encore plus haut : mais un époux éclate, et cette dissention domestique va bientôt devenir la liouvelle publique; il.n^ a plus dans le monde pour une personne prévenue de cette tnalbeureuse passion , que l'objet criminel qui î'inispire; tout le reste de la terre n'est compté pour rien; tout ce qui se passe dans le reste du mondes on ne le voit plus ; on ne voit plus, onne vit plus que pour sa passion , et comme s'il n'y avoit sur la terre que l'objet infortuné tout seul qui l'allume. Ouvres les yeux^ ame infidèle! voyez tous les regards attentifs sur vous ; vos passions devenues la^fable publique ; votre nom réveillant par-tout l'image de votre opprobre ; voyez un instant le monde tel qn*il est à votre égard et dans quelle situation vous êtes parmi les hommes : £t nusit àium in viUam uipasceret porcos»
Voilà, M. F., dans les égaremens du Pécheur de notre parabole, les suites funestes d'un vice que S. Paul défendoit même autrefois aux Chrétiens de nommer , et dont nous ne devrions jamais , k plus forte raisoh , venir vous entretenir dans le Heii saint, où l'Agneau sans tache' s'immole sans cesse, et dans des chaires chré^tiennes destinées ^ ychui annoncer la loi chaste du Seigneur^ et les paroles, delà vie éternelle. ,
Hélas! dans ces temps heprçux. où la chasteté «voit eficere ses martyrs^ où les tyrans croyoient punir pl^is rigoureusement les viei;ge^ chrétienne*» ^par Jla pei'te de cette vert^i^.que par U).|^ert«ménie de Uur vîe « la chaire chr^Uenne n'était destiihée qn'àiaire de» éloges
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<)e \é pudeur. Les premiers pasteurs, les Gyprien, les Ambroise, les Augustin n'éloient occupés qu'à encourager devant l'assemblée des Fidèles, lesTierges innocentes, en leur exposant l'excellence et les avantages de leur état ; et dans les roonnmens précieux de leur tèle et de leur Science, qui sont venus jusqu'à nous, nous y trouvons bien pins d'éloges de la sainte virginité, que d'invectives contre les impudiques, les fornicateura , les adultères, si rares alors parmi les Fidèles.
Mais aujourd'hui , on ce vice a infecté tous les âges , tous les se^es et toutes les conditions ; aujourd'hui , où il a effacé du Christianisme ces premiers traits de pudeur qui distinguoient nos pères des nations corrompues et perverses; aujourd'hui, enfin, où la licence publique et la force des exemples entreprend de lui ôter mêmece quilui reste encore de honteux, ah! il faut que nous élevions la voix, que nous ne rougissions pins de vous interdire ce*que vous faites presque gloire de vous permettre, et que nous vons disions avec la liberté sainte, de potre ministère, que si quelqu'un souille et profane le Temple de Dieu dans son propre corps , Dieu le perdra.
Telles sont les amertumes, l'indignité, la servitude, l'opprobre les fureurs et les troubles que cette passion traine après elle-même dès cette vie. Je ne dis rien des ardeurs éternelles qui lut sont destinées; j'aime bien mieux vous en exposer les remèdes que les chà^ timens, et vous montrer dans le retour du Prodigue vers le père de £amiUe, les moyens , les motifs , et l'image de votre pénitence.
SECONDE PARTIE
Cxiieseroit pas assez de vous avoir exposé dans les excès de l'Enfant Prodigue, l'image des dérèglemens et des malheurs d'un pécheur voluptueux; il faut vous proposer dans sa conversion le modèle et les consolations de sa pénitence. En effet, M. F. , il trouve en revenant à la maison du père de famille , tout ce qu'il avoit perdu dans ses égaremens : son repentir répare toutes les suites de ses désordres ; et les mêmes démarches qu'il avoit faites pour suivre des voies injuste^, deviennent comme le modèle de celles qu'il fait pour en sortir. Suivons l'histoire de notre Evangile, et nous allons remarquer toutes ces circonstances.
Le premier caractère de, sa passion déplorable avoit été de mettre comme un abime entre lui et la grâce, par les ténèbres qu'elle avoit répandues sur son esprit, par un dégoût affreux des choses du Ciel, par Tasservissement des sens à l'empire de la volupté : Pere^rep^Qf /ectus est ifi regionfim.longinquam^ Or, la première démarche de su pénitence éloigne tous ces obstacles. > '.
Prëraièrenient,.'eHe' lui ouvre les yeux sur l'état hontcfu^- éfht û passion J'a voit réduit; elle le fait rentrer "en luMHhvië f ên'éè ctutem re^auMi. JLe (4iara«^i^iAlci«0lt;'(^ltob^tadVti'Mredttp)' i-esl;