‹ Œuvres de Massillon, ci-devant prêtre de l'ortoire, évêque de Clermont l'un des quarante de l'Académie FrançoiseChapitre 109 sur 131 · I VENDREDI DE LA IV SEMAINE · texte numérisé non relu

I VENDREDI DE LA IV SEMAINE

que cette passion funeste a corrompu votre cœur, depuis que ce feu iînpur est entré dans Totre ame, on ne tous reconnoit plus; tous êtes semblable, dit S. Jude, à une mer toujours agitée des flots let plus violens; on vous trouve sombre, biasarre, inquiet, dissimulé; cette sérénité qui venoit de Tinnocence, est éteinte; cette égalité, qui prenoitsa source dans le calme des passions, n'est plus qu*un fonds inépuisable d'humeur et de caprices ; cette candeur, qui montroit votre ame tonte entière, ne laisse plus voir que -des pensées noires et cachées. Vous avez perdu tout ce qui vous rendoit aiâiabie devant Jes hommes, et qui pouvoit vous rendre agréable aux yeux de Dieu : et Ton cherche tous les jours vous-même dans vous-même: Dissipavit substantiam suam vivemlo luxuriose,

Enfin , les biens de la nature. Vous aviez reçu en niaissant des talens heureux: votre jeunesse annoaçoit de grandes espéranees; on croyoit que vous alliez marcher sur les traces de vos ancêtres, et faire revivre avec leur nom , leurs dignités et leur gloire* Ces premières lueurs de tout ce qui fait les grands hommes, formoienl déjà mille présages flatteurs , et ouvroient à vos proches des vues éloi^ gnées d'élévation et de fortune: et ces talens, la volupté les a en^ gloutis ; et ces grandes espérances , un vice honteux lésa ensevelies; et cette gloire naissante a fini par la honte et par l'ignoroinie ; et cet esprit si élevé, si capable des plus grandes choses, vous l'avez abruti , vousTavez employé au succès de vos passions, et à raffiner sur des plaisirs infâmes; vous qui, avec des inclinations différentes, auriez pu servir l'Etat, devenir itrfe des ressources de la patrie; que sais*je;? Jiionorer votre siècle, et embellir peut-être nos histoires; vous vpilàj rainant, au milieu dé vos citoyens, les restes d'un mérite éteint , et- ne iietirant point d'autre fruit de tous les avantages que la «nature aVoit pris plaisir de vous pi'odiguer, que défaire dire de vous: Il auroit pu parvenir, s'il avoit su se vaincrev O Cité iidcle ! s'écrie un Prophète, née avec tant de droiture et d'équité, comment étes-vous devenue une effrontée? La justice ^abitoit en vous, et il nV a maintenant que des crimes ; la beauté d^ votre argent s'est changée en boue, .et la force de votre vin a. Régénéré en la foibfesse de Teau : Dissipavit substantiam suam vivendô lua^uriosè,

. ; Je ne parle pas. ici. de» biens de la fortwn)ft'qii4' viennent s*abimer dans. ce gouffre. Hélas, sitiOus approfondis^ioà^ l'histoire des famillies; si nous allions jûsqu'^dar souFpe dè4eur décadence; si nous voulions ailler dans les cendres de oe» grands néms, dont les titres et les biens:Ont passé en des* mains étrangères^ si nous remontions jusqu'à celui de leurs ancêtres- qui donna le premier branle à Tinfortune de sa. postérité, nous en trouverions l'origine dans la passion dool je parle; nous verrions les excès d^n> voluptueux à la tête de cette longue suite de malheurs- qui ont affligé ses descendans. Et, sans en chercher' des exemples dans les temps qui nous ont précédés, combien de grands noms. tombés presç^ue dans l'oubli , expient aujourd'hui à nos yeux les égaremens de ce vice? combien de mai-

Page 1