‹ Œuvres de Massillon, ci-devant prêtre de l'ortoire, évêque de Clermont l'un des quarante de l'Académie FrançoiseChapitre 117 sur 131 · PETIT NOMBRE DES ÉLUS · texte numérisé non relu

PETIT NOMBRE DES ÉLUS

télir, qa'onedeniande à TOUS faire. Sont-ce des œuvres de Satan, ou des oeuvres de J. C. ? ear , dans la religion , il n*est point de milieu : ce ii*est pas qu'il n'y ait des délassemens et des plaisirs qu'où peut appeler indifférens; mais les plaisirs les plus indifférens que la religion permet , et que la foiblesse de la nature rend même nécessaires , ap-^ partiennent, en un sens, à J. C, par la facilité qui doit nous en revenir de nous appliquer à des devoirs plus saints et plus sérieux t tout ce que nous faisons , que nous pleurions , que nous nous réjouissions, il doit-étre d'une telle nature, que nous puissions du moins le rapporter a J. C. , et le faire pour sa gloire.

Or, sur ce principe le plus incontestable , le plus universellement reçu de la morale* chrétienne, vous n'avez qu'à décider. Pouvezvous rapporter à la gloire de J. C. les plaisirs des théâtres ? J. C. peut-il entrer pour quelque chose dans ces sortes de délassemens ? et avant que d'y entrer, pourriez-vous lui dire que vous ne vous proposez dans cette action que sa gloire et le désir de lui plaire ? Quoi ! les spectacles, tels que nous les voyons aujourd'hui, plus criminels encore par la débauche publique des créatures infortunées qui montent sur le théâtre , que par les scènes impures ou passionnées qu'elles débitent , les spectacles seroient des œuvres de J. C. ? J. C. animeroit une bouche d'où sortent des airs profanes et lascifs ? J. C. formeroit lui-même les sons d'une voix qui cori^ompt les cœurs ? J. C. paroitroit sur les théâtres en la personne d'un acteur , d'une actrice effrontée, gens infâmes même selon les lois des hommes ? Mais ces blasphèmes me font horreur; J. C. présideroit à des assemblées de péché , où tout ce qu'on entend , anéantit sa doctrine , où le poison entre par tous les sens dans rame,où tout l'art se réduit à inspirer, à réveiller,' à justifier les passions qu'il condamne ? Or, si ce ne sont pas des œuvres de J. C. dans le sens déjà expliqué, c'està-dire, des œuvres qui puissent du moins être rapportées à J. C. , ce sont donc des œuvres de Satan , dit Tertullien : NUdi enim non

diaholiest, quidquid non Dei est hoc er^o erit pompa 'diaboli»

Donc , tout Chrétien doit s'en abstenir; donc, il viole les vœux de son baptême lorsqu'il y participe ; donc, de quelque innocencedont il puisse se flatter, en reportant de ces lieux son cœur exempt d'impression, il en sort souillé; puisque par sa seule présence, il a participé aux œuvres de Satan auxquelles il avoit renoncé dans son baptême , et violé les promesses les plus sacrées qu'il avoit faites à J. C et à son Eglise.

Voilà les vœux de notre baptême, M. F. : ce ne sont point ici des conseils et des pratiques pieuses, je vous l'ai déjà dit; ce sojit nos obligations les plus essentielles : il ne s'agit pas d'être plus ou moins parfait en les négligeant ou en les observant; il s'agit d'être Chrétien ou de ne l'être pas. Cependant qui les observe ? qui les connoit seulement? qui s'avise devenir s'accuser au tribunal d'y avoir été intdèie ? On est souvent en peine pour trouver de quoi fournir à Utte confessÎQU]; et après une vie toute mondaine, ou u*a pixsque

B%i LUNDI DE LA III* SEMAINE.

rien à dire an prêtre. Hélas I M. F., si vous, saviez à quoi vous engage le* titre de Chrétien que vous portez ; si vous compreniez la sainteté de votre état, le détachement de toates les .créatures, qa*il vous impose; la haine du monde, de vous-même, et de tout ce qui B*est pas Dieu, qu'il vous ordonne; la vie de la foi, la vigilance continuelle, la garde des sens , en un mot, la conformité avec J. C. crucifié , qu'il exigé de vous ; si vous le compreniez; si vous faisiez attention que devant aimer Dieu de tout votre cœur et de toutes vos forces, un seul désir qui ne peut se rapportera lui, vous souille; si vous le compreniez., vous vous trouveriez un monstre devant ses yeux. Quoi 1 diriez-vous, des obligations si saintes, et des mœurs si profanes? une vigilance si continuelle, et une vie si peu attentive et si dissipée? un amour de Dieu si pur, si plein, si universel, et un cœur toujours en proie à mille affections ou étrangères , ou criminelles ? Si cela est ainsi, ô mon Dieu ! qui pourra donc se sauver? Quis poterit sahus esse ( Matth, 19 ; ^5 ) ? peu de gens , mon cher Auditeur : ce ne sera pas vous , du moins si vous ne changez ; ce ue seront pas ceux qui vous ressemblent ; ce ne sera pas la multitude. Qui pourra se sauver ? Voulez-vous le savoir? ce seront ceux qui .opèrent leur salut avec tremblement ; qui vivcjot au. milieu du monde, inais qui ne vivent pas comme le monde. Qui pourra se sauver? cette i'em.me chrétienne, qui renfermée dans Tenceinte de ses devoirs domestiques , élève ses enfans dans la foi et dans la piété; laisse au Seigneur la décision de leur destinée ; ne partage son cœur qu'entre J. C. et son époux; est ornée de pudeur et de modestie; ne s'assied pas dans les assemblées de vanité; ne se fait point une loi des usages iiïsensés du monde, mais corrige les usages par la loi de Dieu, et donne du crédit à la verlu par son rang et par ses exemples. Qui pourra se sauver? ce Fidèle, qui, dans le relâchement de ces derniers temps, imite les premières mœurs des Chrétiens; qui a les xnains innocentes p\. le cceur pur : vigilant , qui fVa pas reçu son ame en vain [Ps, a3 ; 4 ) , mais qui , au milieu même des périls du grand monde, s'applique sans cesse à I^ purifier; juste, qui ne jure pas frauduleusement à son prochain ( Ihid. ) , et ne doit pas à des voies douteuses l'innocent accroissement de sa fortune; généreux, qui comble de bienfaits Tennemi qui a. voulu le perdre, et ne nuit à ses cqncurrens que par son mérite; sincère , qui ne sacrifie pas la vérité À un vil intérêt, et ne sait point plaire en trahissant sa conscience; charitable, qui fait de sa maison et de son crédit, Tasile tfe ses frères; de sa personne, la consolation des affligés; de sbn bien, le bien des pauvres ; soumis dans les afflictions , Chrétien dans les injures , pénitent même dans la prospérité. • Qui x>Qurra se sauver ? vous, mon cher Auditeur, si vous voulez suivre ces exemples : voilà les gens qui se sauveront. Or, ces gens > là ne forment pas assurément le plus grand nombre; donc, tandis que vous vivrez comme la multitude , il est de foi que vous ne devez pas prétendre au salut : car si , en vivant ainsi, vous pouviez vous sauver, tous les hommes px^esque se sauveroient; puisqu'à un petit nombre d'impies près qui

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