‹ Œuvres de Massillon, ci-devant prêtre de l'ortoire, évêque de Clermont l'un des quarante de l'Académie FrançoiseChapitre 118 sur 131 · PETIT NOMBRE DES ÉLUS · texte numérisé non relu

PETIT NOMBRE DES ÉLUS

se livrent à des excès monstrueux , tous les autres hommes ne font . que ce que vous faîtes : or, que tous les hommes presque se sauvent, la foi nous défend de le croire : il est donc de foi , que vous ne devez rien prétendre au salut , tandis que vous ne pourrez vous sauver si le grand nombre ne se sauve.

Voilà des vérités qui font trembler; et ce ne sont pas ici de ces vérités vagues qui se disent à tous les hommes, et que nul ne prend pour soi , et ne se dit à soi-même. Il n'est peut*étre personne ici qui ne puisse dire de soi : Je vis comme le grand nombre , comme ceux démon rang, de mon âge, de mon état; je suis p^rdu,si Je meurs dans cette voie. Or , quoi de plus propre à effrayer une ame à qui il reste encore quelque soin de son salut ? Cependant c'est lamultitude qui ne tremble point; il n*est qu'un petit nombre de Justes, qui opèrent à l'écart leur salut avec crainte; tout le reste est calme : on sait en général que le grand nombre se damne ; mais on se flatte qu'après avoir vécu avec la multitude, on eh sera discerné à la mort ; chacun se met dans le cas d'une exception chimérique; chacun augure f£^vorablement pour soi.

Et c'est pour cela que je m'arréle à vous, M. F. , qui êtes ici as« semblés. Je ne parle plus du reste des hommes., je vous regarde comme si vous étiez seuls sur la terre , et voici la pensée qui m'occupe et qui -m'épouvante. Je suppose que c'est ici votre dernière heure et la fin de l'Univers ; que les deux vont s'ouvrir sur vos têtes, J. C. paroitre dans sa gloire au milieu de ce temple, et que vous n'y été» assemblés que pour l'attendre,, et comme des criminels tremblaus, à qui l'on va prononcer, ou une sentence de grâce, ou ua arrêt de mort éternelle : car vous avez beau vous flatter, vous mourrez tels que vous êtes aujourd'hui; tous ces désirs de changement qui vous amusent, vous amuseront jusqu'au lit de la. mort ; c'est l'expérience de tous les siècles; tout ce que vous trouverez alors en vous de nouveau, sera peut-être un com{»te un peu plus grand que celui que vous auriez aujourd'hui à rendre ; et sur ce que vous seriez, si l'on venoit vous juger dans le moment , vous pouvez presquç dé% cider de ce qui vous arrivera au sortir de la vie.

Or, je vous demande, et je vous le demande frappé de terreur, ne séparant pas en ce point mon sort du vôtre^ et me mettant dans la même disposition où je souhaite que vous entriez; je vous demande donc : si J. C. paroissoit dans ce Temple, au milieu de cette assemblée, la plus auguste de l'Univers, pour nous juger, pour faire le terrible discernement des boucs et des brebis, croyez- vous que le plus grand nombre de tout ce que nous sommes ici fû|: pl^cé à la droite? croyez-vous que les choses du moins fussent égales? croyez- vous qu'il s'y trouvât seulement dix Justes que le Seigneur ne put trouver autrefois en cinq villes toutes entières? Je vous le demande , vous l'ignorez , et je l'ignore moi-même ; vous seul , 6 mon Dieu ! connoissez ceux qui vous appartiennent, mais si nous ne connoissonspas ceux qui lui appartiennent , nous savons du moins Mussillon, TOME i. 34

e3o JEUDI DE LA im SEMAINE.

c|ae les pécherurs ne lui appartiennent pas. Or , qni sont les Fîdcles îcî auemblés? les titres et les dignitésue doivent être comptés poar rien; TOUS en serez dépouillés deyant J. C. : qui sont-ils? beaucoup de pécheurs qui ne yenlent pas se convertir : encore plus qui le roudroient, mais qui diffèrent leur conversion ; plusieurs autres qui ne se convertissent jamais que pour retomber ^ enfin un grand nombre qui croient n'avoir pa& besoin de conversion : voilà le parti des réprouvés. Retranchez ces quai re sortes de pécheurs de cette assemblée sainie ^ car ils en seront retranchés au grand jour : paroisses maintenant , Jusles; où êtes- vous ? restes dlsraël, passez à la droite : froment de J. C. , démêlez-vous de cette paille destinée au feu : 6 Dieu ! où seat vos Elus ? et que reste- t-il pour votre partage ?

M. F. , notre perte ^t presqae assurée , et noiis n'j pensons pas. Qaand même dans cent terrible séparation, qui se fera un jour, il ne devroit y avoir qii*un seul pécheur de cette assemblée du côté des réprouvés, et qn*nne voix du ciel viendroit nous en assurer dans ce Temple, sans le désigner; qui de nous ne craiodroit d'être le malheureux? qui de nous ne retomberoit d'abord sur sa conscience, pour' examiner si tes crimes n'ont pas mérité ce cbÂtiment ? qui de nous saisi de frayeur ne demanderoit pas à J. C. , comme autrefois les Apôtres: Seigneur, ne seroit-ee.pas ^oet? Hfumquid ego sum, domine ( Mutth^ 26 ; a2 )? et si Ton-kissoit quelque délai , qui ne se mettroit en étal de détourner de lui cette infortune , par les larmes et les gémissemens d'une sincère pénitence ?

Sommes-nous sages, mes chers Auditeurs ? Peut-être que parmi tous ceux qui m'entendent, il ne se trouvera pas dix Justes; peut-être s'en trouvera-t-il encore moins ; que sais- je ? 6 mon Dieu ! je n'ose regarder d'un œil fixe les abîmes de vos jugemens et de votre justice; peut-être ne s'en trouvera-t-il qu'un seul ; et ce danger ne vous touche point , mon cher Auditeur? et vous croyez être ce seul heureux dans le grand nombre qui périra, vous qui avez moins sujet de le croire que tout autre; tous sur qui seul la sentence de mort devroit tomber, quand elle ne tomberoit que sur un seul des pé- -cheurs qui m'écoutent ?

Grand Dieu ! que l'on connott peu dans le monde les terreurs de votre loi ! Les Justes de tous les siècles ont séofaé de frayeur , en méditant la sévérité et la profondeur de vos jugemens sur la destinée des bommes : on a vu de saints solitaires , après une vie entière de pénitence, frappés de la vérité que je prêche, entrer au lit de la mort dans des terreurs qu'on ne pouvoit presque calmer, faire trembler d'effroi leur couche pauvre et austère , de»ander sans cesse d'une voix mourante à leurs frères : Croyez-vous que le Seigneur me fasse miséricorde ? et être presque sur le point de tomber dans le désespoir, si votre présence, 6 mon Dieu ! n'eût à l'instant apaisé Tbrage , et commandé encore une fois aux vents et à la mer de se calmer : et aujourd'hui ^ après une vie commune, mondaine, sensuelle, profane, chacun meurt tranquille; et le ministre de J. C

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appelé, est oblige àe nourrir la fausse paiit du mourant , de ne lai INirlerquedesUrésors infinis des miséricordes divines, et de l'aider, }iour ainsi dire, à se séduire lui-même. O Diei>! que prépare dono aux enfans d'Adam la sévérité de voire justice ?

Mais que conclure de ces grandes vérités ? qu'il faut désespérée de son salut ? à Dieu ne plaise ! Il n*y a que l'Impie qui , pour se culmer sur ses désordres, tâche ici de conclure en secret que tous les hommes périront comme lui : ce ne doit pas être là le fruit de ce discours; muis de vous détromper de cette erreur si universelle « (p'on peut faire ce que tous les autres font , et que l'usage est une voie sùrc; mais de vous convaincre que pour se sauver il faut se distinguer des autres, être singulier, vivre à part au milieu du monde , et ne pas ressembler à là foule.

Lorsque les Juifs emmenés en servitude, furent sur le point de quitter la Judée et de pstrtÎF pour Baby loue, leprophète Jérémie, à qui le Seigneur avoit ordonné de ne pas abandonner Jérusalem, leur parla delà sorte : Enfans d'Israël, lorsque vous seras arrivés à Babyione, vou^ verrez Tes babitans de ce pays*là qui porteront sur leurs épaules des d ieux d'or et d'argent; tout le peuple se prosternera devant eux pour les adorer ; mats pour vous alors, loin de yous laisser entraîner à l'impiété de ces exemples,' dites en secret : C'est yous seul, Seigneur, qu'il faut adorer : Te oportet adorari. Domine ( Baruch, 6; 5 ),

Souffrez que je finisse en vous adressant les mêmes paroles. Aa sortir de ce Temple et de cette autre sainte Sion, vous allez rentrer dans Babylooe; vous allez revoir ces idole^ d*br et 4*9rgtent , devant lesquelles tous les hommes se prosternent ; vous allez retrouver les vains objets des passions humaines \ les biens, la gloire, Jes plaisirs qui sont les dieux de ce monde , et que presque tous les hommes adorent; vous verrez ces abus que tout le monde se permet, ces erreurs que l'usage autorisé; ces^ désotdr«s dont une coutume impie a presque fait des lois. Alors, mou cher Auditeur, si vous voulez ^tre du petit non^bre des vrais Israélites » dites d«asle secret de votre cœur : C'est vous seul, 6 mon ûie« ! qu'il faut adorer : Tû oportet adorari y Domine ; je ne veux point avoir de part avec ua peuple qui ne vous connoit pas ; je n'aurai jamais d'autre loi que votre loi sainte : les dieux que- cette multitude insensée adore, ne sont pas des dieux , ils sont l'ouvrage de la main des hommes ; ils périront avec eux : vous seul êtes Timmortel , ô mon Dieu ! et vous seul méritez qu'on vous adore : Te oportet adorart. Domine, Les coutumes de Babyione n'ont rieu de commun avec les saintes lois de Jérusalem ; je vous adorerai avec ce petit nombre dVnfans d'Abraham , qui composent encore votre peuple au milieu d'une nation infidèle; je tournerai avec eux tous, mes désirs vers la sainte Slo'n r on traitera de ibiblesse la singularité de mes mœurs; mais heureuse foiblesse , Seigneur , qui me donnera la force de résister au torrent et k la séduction des exemples I et vous serez mon Dieu , au milieu de Babyione , comrao vous le sereafr uit j<dur dans la sviute .Ténisalein ;

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