‹ Œuvres de Massillon, ci-devant prêtre de l'ortoire, évêque de Clermont l'un des quarante de l'Académie FrançoiseChapitre 120 sur 131 · SUR LE MÉLANGE DES BONS ET DES MÉCHANS · texte numérisé non relu

SUR LE MÉLANGE DES BONS ET DES MÉCHANS

Si peccavefit in te frater tons, rade, et corripe eam inter te et ipfom solnm : ù teaodierit, lucratua ef is frairem tnuiii.

Si vQire/tèfe vous a offensé , allez , et repremz^le êa pûrticuUeir : s'il vous écoute , vous aurez gagné votre frère, Mattb. . 18; 1 5.

U N des devoirs les plus essentiels et les plus ignorés de la vie chrétienne) c'est l'usage que nous devons faire des vices ou des vertus des hommes au milieu desquels nous sommes obligés de vivre. Aussi la sagesse de Dieu n'a permis le mélange de l'ivraie et du bon grain, 4^ bocis et des méchans dans l'Eglise, que pour ménager aux uns et aux autres des moyens de conversion , ou des occasions de mérite ; et lorsque les serviteurs du père de famille , touchés des scandales qui déshonorent son royaume, lui demandent qu'il leur per- »i#ttc d'aller arracher l'ivraie que l'homme ennemi a sursemé dans

MÉLANGE DCS BONS ET DES MÉ€HANS. 535 €« champ diTÎn , il condamne leur zèle, et leur fait entendre que ce mélange, qui paroitsi injurieux à sa gloire, a néanmoins ses raisons et ses usages dans Tordre adorable de sa proTidence.

Cependant ce mélange établi pour corriger le vice et pour purifier et éprouver la vertu , séduit ou décourage celle-ci , et ne fournit que des censures à l'autre : ce mélange, si utile à tous,, est devenu- pernicieux à tous; et encore aujourd'hui, dit S* Augustin, les Justes souffrent avec peine les pécheurs, les pécheurs ne peuvent pas même supporter la présence des Justes, et ils sont à charge les uns aux au-* très : Oneri enim sibisunt. Il importe donc de développer les raisons éternelles et les utilités de cette conduite de Dieu sur son Eglise ; et cette matière paroit d'autant plus importante, que tous les autres devoirs de la vie chrétienne semblent s'y rapporter. En effet, le vice et la vertu se trouvant toujours nécessairement mêlés sur la terre , rien n'est plus digne d'être éclairci , que les règles de la foi , qui appren-nent aux pécheurs quelle utilité ils doivent retirer de la société des Justes avec lesquels ils vivent , et aux Justes, celle qiii doit leur rêve* nir du commerce des pécheurs, inévitable pour eux sur la terre.

Or, pour établir ces vérités sur une doctrine solide, il n'y a qu'à remonter jusqu'au premier dessein de la Providence, et exposer qu'elles ont pu être les {"aisons éternelles de sa sagesse dans le mélange des bons et des méchans sur la terre. En voici deux principales . et d'elles nous allons tirer toutes les règles que nous devons prescrire^

Les bons , dans les desseins de Dieu , doivent servir , ou au salut y on à la condamnation dés méchans : c'est la première^

Les méchans sont soufferts pour l'instruction , ou pomr le mérita

des Justes : c'est la d«rnière.

De l'exposition de ces deux principes vont n&itre tontes les grandes vérités que renferme cette matière, et qui règlent, ou la conduite des pécheurs envers les gens de bien, ou les dispositions des gens de bien à l'égard des pécheurs. Implorons , etc. Jve , Maria.

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