‹ Œuvres de Massillon, ci-devant prêtre de l'ortoire, évêque de Clermont l'un des quarante de l'Académie FrançoiseChapitre 121 sur 131 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

Ne seihble-t-il pas, M. F., qu'il eût été plus glorieux à J. C de s*étre fo^mé sur la terre une Eglise uniquement composée d'Elus^ sans tache dans les mœurs comme dans la foi , et l'image naturelle et anticipée de la Jérusalem céleste , et de cette Eglise des premiers nés dont les noms sont écrits dans le Ciel ? Un champ]arrosé de son sang divip , devroît-il encore produire l'ivraie avec le bon grain ? Un bercail dont il est le Pasteur , peut-il renfermer des animaux immondes confondus avec les brebis ? Un corps dont il est le chef, peut-il encore souffrir des membres qui servent à l'ignominie ? Et l'Eglise ne seroit-elle pas plus digne de son Epoux , si refusant ici •bas aux pécheurs les signes extérieurs de la paix et de l'urfité , elle ne recoiinoissoit pour siens sur la terre, que ceux qui lui appartiendront

dan^ le Ciel ? Il est vrai, M. F., que les Justes en forment îi^i^bas la par* lie la plus essentielle et la plus inséparable t c*est eux.prpfwemeBlt qui la représentent toute devant J. C.; c'est eo^t .qui sont leprincî-r pal lien de son union avec elle; c'est à eux qu'elle doit le mérite de ses prières, le frnit de ses Sacremens , la vertu de sa parole; c'est pour eux enfin qu'elle subsiste encore ; et toutes choses seroient consommées, si leur nombre étoit accompli.

Cependant, quoique les péchenrs ne soient que comme 1«$ taches de ce corps divin y ils ne lui ap|>artiennent pas moins s l'Eglise les regarde comme ses enf'ans j elle les souffre .comme ses membres, gâtes à la vérité, mais qui tiennent encore au reste du corps, non-s^ul^ment par les symboles e^n teneurs des Sacremens et de ruoité, mais encore par les liens intérieurs de la foi et de la grâce , et qui peuvent même trouver daus leur société avec les Justes, ou mille ressources heureuses de salut qui leur manmieroient , sUis vivoient séparés d'eux comme des anatfaèmes, o^un sujet terrible He. oondamnatioa qui justifiera la sévérité des jugemens de Dieu à leur égard. ^-

Je dis prenrièrement mille ressources heureuses de saint, puisqu'ils trouvent dans leur mélange avec les Justes , les secours des instructions, des exemples et des prières, c'est-à-dire « les moyens les pins efticaces de leur conversion. Le secours des instrudions est 4b pre-» mière utilité que les pécheujrs retirent de la société des gens de bien; et ces instructions font d'autant plut d'eUfet sur les âmes les plus mondaines y ciue la vérité , Tautorité g la charité en sont les caractères inséparables. La vérité. Les Justes ont l'œil trop simple •et les lèvres trop innocentes, pour louer le pécheur dans les désirs de son cœur; ils igaoreftt «je langage éternel d'e feinte^ d'adulation, d'intérêt, dont les hommes se servent pour te séduire les uns les antres; ils appellent avec une noMe simplicité le l^ien un bien ^ et le <mal un mal ; ils savent qu^ils ne sont redevables qu'à la vérité ; que le Chré^ tien en est un témoin public ; qu'il seroit honteux de sacrifier à de légèros complaisances, pu p ua vil iniérét, une véiité à laquelle tant de Fidèles ont autrefois sacrifié leur propre vie; qu'ils ont dans le Ciel le témoin invisible dele^rs pensées; qu'on peut bien cacher aux hommes les basses dissimulations d'un cœur double , mais qu'on ne peut les cacher auScrutateur des cœurs ; et que U religion toute seule forme des hommes véritables et sincères. Ainsi ils aiment trop leurs frères pour les tromper^ ils sont trop touchés de. leurs égaremejis pour y applaudir ; ils désirent tropvivement leur salujt pour devenir par dès conseils flatteurs , les complices de leur périme : ils peuvent bien se taire, car il n'est pas toujours temp3 âe parler; uiajis ils ne tauroient parler que pour rendre gloire à la vérité^ et le vice ne trouve jamais auprès d'eux, ni ces basses^ adula tion^ qui l'admirent, ni ces adoucissemens artificieux qui le Justifient.

Vous apprenez de leur bouche, vous snr-tont'que votre raog et Tgtre naissance élève au-des^ua des autres hommes ^ vo^s iqiprenea ce que cette foule d'adulateurs, qui vousentiroaite^ Irons laisseigoo-

MÉLANGE DES SONS ET DES MÉCHANS. &iS

rer : eux seuls tous parlent dans la sincérité de Dieu ; parce qu'eux seuls ne cherchent pas à vous plaire , mais à vous gagner à J. C. . eux seuls osent vous contredire, et prendre le parti de la vérité , contre vous-même ; parce qu'eux seuls ne craignent pas de se rendre moins agréables , pourvu qu'ils se rendent plus utiles : eux seuls n'étudient pas vos pencbans pour y accommoder lâcbement leurs suffrages, mats ils étudient vos devoirs pour y ramener vos penchans ; parce qu'eux seuls aiment plus votre personne, que votre élévation, et sont plus loucHés de votre salut, que de vos bienfaits. Tout le reste des hommes, ou vous séduit, ou se tait, ou vous flatte; pins même vous ^tes élevé, plus vos passions vous sont cachées sous Tar-tifice des louanges; moins la vérité vous approche, plus on se déduise à vos yeux pour vous déguiser vous-même aux vôtres; plus vous êtes à plaindre, parce que tout ce qui vous environne n'est at^ tentifqu'à vous surprendre, qu'à vous inspirer ses passions, ou qu^à s^accommoder aux vôtres: c'est le malheur des Cours, et la triste destinée des Grands. L'innocent plaisir cl^ ^^ sincérité , sans lequel il n*est plus rien de doux dans le commerce des hommes, vous est refusé : vous n^aveas pitis d'a'mi , parce quHl est trop utile de l'être : vôtis vivez an milieu des hommes que vous ne connôisseas pas , qài mettent tous le masque en vt>us approchant , et doht vous ne voyez jamais que fart et lii surface : l^s Justes seuls se montrent à vous tels qu'ils sont; tet en eux seuls, vous retrouvez la vérité qui vonsfuit^ et que votre puissance qui vous donne tout, vous ôte elle-même ^t vbtis eàcli'e. Voyez Cdmm'e, tandis que tous les officiers de l'armée d'Hôiopheme lui prom^tent la cbnqnête de Béthulie, et que tout JSa^tte son orgueil ^t "soti ambition, Achîbr tout Seul ose parler sans artifice, prendre les intérêts du Dieu de Judà , et faire souvenir ce chef ôt* gueilleux, que toutes ses forces viendront échouer cotrtre cette ville cotnme les flots de ia mër contre tm grain de sable , si leSeigiietir lui-même daigne la garder et la déféiidre. Aus^i , un saint roi de .Tudà cotof^tôit autrefois, comme un des plus grands avantages de soti règne , de voir assis auprès de lui des hommes justes et fidèles : parmi toutes les flivetirs qu'il avoit reçues du Dieu de Be% pêrè^, ce n'étoient pas ses victoires et ses prospérités dont il étoll 1è ^lus ton- «hé; c'étDÎt la verkuet la justice des sujets qui présidoiècit'à.ses consens et qui environ noient sen troue; et la piété des Nathan et dès Chnsai , lui parut une marq»e ph^ sensible de la protection du Sei«- Knèilr aur lui , que k oonquéte de Jérusalem, et les dépouilles des nations enoeones de êà gloire : Misericordiam etjadicium camaéo ùbi^

Dominé OeuU nv^ tni fidèles terrœ , ut sedeant ikecum : am^ur-

ions in ma imànaealaid > hic mihi mimstrabat { Ps, i oo ; i > 6 )• Un homme juste est on présent du Ciel , et les Grands sur*-toiit ne sa« Ment trop honorer la vertu y parce que ia puissance im peut leur donner que des sujet» , et que. la vebta toute se«lele«r donne des •■lis fidèles «t sincères.

Mais non-sèulenient les ïustes seuls conservant encore la vérlU-

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parmi, les hommes > leurs paroles tirent même d'une cerf aine autorité que Ta vertu seule donne, un poids et une force qui ne se trouvent pa» dans les discours des bommes ordinaires. En'effet, le pécheur , quel- ' que élevë qu*il soit, perd, par ses égaremens, le droit de reprendre ceux qui s'égarent: ses vices affoiblissent ses instructions; les foiblesses de sa conduite décrient Tutilité de sei conseils, et ses mœurs ne laissent plus de crédit à ses paroles. Mais le Juste peut avec confiance,condamner dans les autres, ce qu'il a commencé par s'interdire à lui-même; ses instructions ne rougissent pas de sa conduite; son innocence rend ses censures respectables, et tput ce qu'il dit trouve dans ses mœurs une nouvelle autorité dont on ne peut se défendre. Aù^si nous donnons ^ comme sans y penser , aux véritables Justes , une espèce d'empire sur nous-mêmes , quelque élevés que nous soyons d'ailleurs. La vertu se forme comme un tribunal à part, auquel nous soumettons avec plaisir notre élévation et notre puissance; et il semble que les Justes, qui jugeront un jour les Anges, ont droit d'être dès à présent les juges des hommes.

Un Jean- Baptiste, accompagné de sa seule vertu » devient lecenseur d'une Cour voluptueuse; et Hérode ne peut s'empêcher de craindre ses .censures et de respecter sa vertu*. Un Michée s'oppose seul aux vains projets de deux rois et de deux armées; et tout est ébranlé à la seule voix de Phomme de Dieu. Un Prophète inconoa vient de la

.part de Dieu reprocher au roi d'Israël assemblé à Bétbel avec tout son peuple pour sacrifier à Baal, l'impiété de ses sacrifices; et les

. mystèi-es profanes, sont suspendus. £lie tout seul vient au milieu de Samari^ menacer Achab de la vengeance divine ; et le Prince tremblant s'humilie , et conjure le Prophète d'obtenir, sa grâce auprès du Seigneur. Épfin , un Samuel , armé de la seule dignité de son âge et de son ministère , vient reprocher à Saiil, vainqueur d*Amalec et en* c^ore environné de ^es troupes victorieuses , son ingratitude et sa désobéissance; et ce Prince, si intrépide dçvant ses ennemis, sent toute sa fierté tomber devant le Prophète, et met tout en usage pour.i'a-

, paiser. Ô sainte autorité de la vertu l qu'elle por^ avec éclat les caractères augustes de sa céleste pdgine !

. Il est vrai, M. F. , qu'à cette autorité inséparable de la vertu, les • Justes ajoutent les saints artifices et lessages circonspections d'une charité tendre etpBQdentè. Us ont appris qu'il faut reprendre à temps et a contre-temps^ il est vrai; mais ils savent aussi que si tout leur est pernûs , tout n'est pas expédient ; que lei plaies qui sont dans le cœur demandent de grandes précautions, et nu'il faat lui faire aimer les remèdes, si l'on vent qu'ils soient utiles. Ils savent que la vérité ne doit d'ordinaire ses' victoires qu'aux ménagemens delà prudence et de la charité qui les lui préparent; qu'il» y a un temps de gémir en secret, et un temps de parler; que Ja même charité qui hait le péché, tolère le pécheur pour le corriger;. et que la vertu n'a d'aulorité, qu'autant qu'elle a de discrétion et .de prudence.

Ainsi la vertu est aimable lors même qu'elle reprend : c^ n'est pas

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