‹ Œuvres de Massillon, ci-devant prêtre de l'ortoire, évêque de Clermont l'un des quarante de l'Académie FrançoiseChapitre 128 sur 131 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

Je suppose d*abord , M. F. , que le yéritable culte , si nous le considérons en lui-même, et sanseticun rapport à l'état présent de rhomme', est purement intérieur, et se consomme tout entier dans le cœur. Adorer TEtre souverain , contempler ses divines perfections , s'unir à lui par les saints mouveroens d'un amour pur et parfait: la louange, la bénédiction, l'action de grâces, c'est toute la religion des Esprits bienheureux^ c'est celle des justes qui nous ont précédés avec le signe de la foi. C'eût été la religion de l'homme innocent, dit S. Augustin, si, déchu de cet état de justice^ où il avoit été d'abord créé , on ne l'eût pas condamné à ramper sur la terre, et à ne pouvoir plus s^élever à son Créateur, que par le minislère des mêmes créatures qui l'en avoient éloigné.

Successeurs de son infidélité , nous le sommes de sa peine ; en-^fans d'un père charnel , nous naissons charnels coihme lui ; notre ame , enveloppée dans les sens, ne peut presque plus se passer de leur ministère. Il faut à notre culte des objets sensibles qui aident notre foi , qui réveillent notre amour , qui nourrissent notre espérance, qui facilitent notre attetittou, qui sanctifient l'usage de nos sens, qui nous unissent même à nos frères. Telle est la religion de la terre : ce sont des symboles , des ombres , des énigmes qui nous fixent , qui nous purifient , qui nous réunissent. Abel offrit des sacrifices, EnOs înVoqua le nom du Seigneur avec Tappareil des cérémonies sensibles , les patriarches dressèrent des autels , la loi vit multiplier à l'infini ses pratiques et ses observances; l'Eglisç plus spirituelle eii eut moins , mais elle en eut. Un Dieu même manifesté en chair y devint* visible , pour s'insinuer, à la faveur de nos sens, jusques dans nps cc^urs; et ce mystère continué su,r nos autels sous des signes mystiques 9 doi^ servir jusqu'à la consommation des siècles, çt d'exercice et de consolation à notre foi.

Les hfHni«€flk tus peuvent doiic $e passer d'un culte exjtéffîeur qui les réii9iflf«, qui les disceraue des infidèles et deserfaas, qui édifie itkéme leurs Êrères» qui soit Urvs eoolssftiott publ4f]pe de lesir foi. ¥oilà pourquoi J. G. a rassemblé seS'disciplss sims «m chti et sous des p«steurs ^isihks^) les auniseolre e« pair l»partidpatiMi esté» rteure des mêmes Sacreiaéns , les Sr assujettis ana même» signe» sansibles, ti a donné à son Eg^se un earaelèf «1 é(4«lftnt 4a vssibiltft^, auqm^em na piem; se méprendre , «t qui Ittî- a tswjanrt servi de rem partconlarft lioi»leslss seetes et les etprii» d'ematr,^^ , dnas toui ùs temps^. oal voulu s'élever coairs eUak

%5% MERCREDI BE LA- Iir SEMAINE.

Cep<^ndiEmt, oc n'est pas Thérésie seule qui a prétendu borner font le cuhc'à nmérienr, et regarder toutes les pratiques sensibles •comme des' superstitions populaires ou des dévotions imuiies. On peut (lire que cette orgueilleuse erreur a régné de tout temps dans le monde. Nous entendons dire tous les jours que la véritable piété est dans le cœur; qu'on peut être homme de bien, juste, sincère» humain , généreux , sans lever l'étendard, sans courir à toutes les dévotions , sans se faire un monstre d'un vain discernement de viandes dont la' santé peut souffrir, parce que ce n'est pas ce qui entre par la bouche qui souille l'homme , mais ce qui sort du cœur ; sans une exactitude puérile sur certaines pratiques que les cloîtres, plutôt que les Apôtres , ont intioduites dans la religion; et que les devoirs d,u Christianisme sont plus spirituels, plus sublimes, plus dignes de la raison , que tout ce détail de dévotion ^ auquel on assujettit le$ simples. C'estf-à-dire, que la sagesse du monde oppose trois prétextés pour autoriser une si dangereuse illusion : Tinutilité de llextéHêùr , la foible simplicité de l'extérieur, l'abùsde rèxtérieur. Combattons ces prétextes, et établissons Tiitilité, la sagesse et le i^éritâble usage du culte extérieur,

yp]is nous opposez , en premier lieu , que l'essentiel de la dévotion est dans le cœur , et que tous ces dehors sont inutiles* Mais je pourrbis yous demander d'abord : En bannissant cet extérieur que vous croyez si inutile , étes-vous du moins fidèle à cet esisentiel auquel ypus vous retranchez ? En méprisant tout ce que vous croyez de surcroit dans la religion , accomplissez -vous du.moins tout ce dont la 1q^ de Dieu vous fait un devoir indispensable ? £n croyant qu'il suffit de donner le cœur à Dieu, le lui donnez-vQu,s du moins, tandis que tous les dehors sont encore au monde? j'en app.elle ici à votre conscience. Glorifiez- vous Dieu 4<^ns votre corps, et ne le faites-vous pas servir à des passions injustes ? Remplissez-vous tous vos devoirs de père, d'époux , de maître, d'homme public, de chrétien ? N'avez-yous rien à vous reprocher sur l'usage de vos biens, sur les fonctions de vos charges, sur la nature de vos affaires , .sur le bon ordre de vos familles ? Portez-vous un cœur libre de toute haine , de toute jalousie , de toute animpsi'té envers vos frères ? leur innocence, leur réputation, leur for tune, ne perdenuelles jamais rien par vos intrigues ou par vos discours ? Préférez-vous Dieu à tbut?à vos intérêts, à v^tre fortune, à^vos plaisirs, à vos peimfatfns;' et la perte de tout ne vous paroit-elle rien à l'égal de lui déplaire? Vous renon* cez-vous sans cesse vous-^méme'? Vi'^tz-vous de la foi ? Ne comptezvous .pour rien tout ce qui<^siS«H^ Rctgardez-vous le monde comme Tenneiat de Dieu ? Gémissez-vonS' sur les égar^mens de vos mœurs passées? P^t«z-vous un cœur dénitent, humilié; brisé sous un extérieur cRCfire mondain ? Avez-voms berrenr de la seule apparence du inal ? en fuyez-vous les occasions ? en ohërchez-vous l^s remèdes ? Voilà cet essentiel quf vous nous vantez' tant; y étes-^voUs^dèlls ? Non, IM|. F. , il n'est que les amcs livrées- au monde erà-^és amusemens»

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