‹ Œuvres de Massillon, ci-devant prêtre de l'ortoire, évêque de Clermont l'un des quarante de l'Académie FrançoiseChapitre 18 sur 131 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

Il est assez surprenant que la corruption du coeur humain trouve dans les souffrances mêmes des obstacles de salut, et quedes Chrétienft ne justifient tous les jours lenrs murmures contre la sagesse et la bonté de Dieu , qu'en l'accusant de leur envoyer des croix incompatibles avec leur salut éternel. Cependant, rien n'est plus commun dans le monde que ce lavkgage injuste : et lorsque nous exhortons les âmes que Dieu afflige, à faire de ces afflictions passagères le prix du ciel et de l'éternité, elles nous répondent que dans cet état d'accablement on n*est capable de rien; que les contradictions au milieu desquelles on vit, aigrissent l'esprit et révoltent le cceur, loin de rappeler à l'ordre et au devoir; et qu'il faut être tranquille pour penser a Dieu,

Or, je dis que de tous les prétextes dont on se sert pour justifier l'usage peu chrétien des afflictions, c'est ici le plus insensé et le plu» coupable. Le plus coupable : car c'est blasphémer contre la Providence^ de prétendre qu^elle vous place dans des situations incompatibles aveo votre salut« Tout ce qu'elle fait ou permet ici-bas, elle ne le fait ou no le permet , que ppur faciliter aux hommes les voies de la vie éternelle ; tous les éyénemcns agréables ou fâcheux, qui doivent remplir le coura de notre destinée, elle ne nous les a préparés que comme des moyens de salut et de sanctification; tous ses desseins sur nous^e rapportent à cette fln unique ; tout ce que nous sommes, même dans l'ordre d« H la nature, notre naissance, notre fortune, nos talens, notre siècle* nos dignités, nos prolecteurs, nos sujets, nos maîtres; tout cela, dan» ses "^ues de miséricorde sur nous, est entré dans les desseins impénétrables de^notre sanctification éternelle. Tout ce monde -visible luimême, n'est l^it que pour le siècle à venir; tout ce qui passe a ses rapports secrets avec ce siècle éternel, où rien ne passera plus; tout ce que nous voyons n'est que la figure et l'attente des choses invisibles. Le monde n'est digne des soins d'un Dieu sage et miséricordieux, qu'autant que par des rapports secrets et adorables, ses diverses ré- Tolutions doivent former cette Eglise du Ciel , cette assemblée immortelle d'Ëtus, où il sera éternellement glorifié : il n^agit dans le temps que pour l'éternité ; il est même en cela le modèle que nous devons •uivre« Prétendre donc qu'i^nons place dans des situations, non-seulement qui n'ont aucun rapport, mais même qui sont incompatibles fivec nos intérêts éternels, c'est en faire un Dieu temporel, et blas- |ihémer contre sa sagesse adorable.

TFES AFFLICTIÔlî^S. yt

Hais noB-sealeibeiit rien fi'est plus coupable qne eft^pfétt^lfe^ je dis encore que rien n*e§t plus iniiensé; car utve ^ihe ne revient à Dieu-, ^ne Iprsqu'elle se détache de ce monde misérable; et rien ne la détache plas efficacement de ce monde misérable , dit 5. Augustin, que lors* que le Seigneur répand sur ses plaisirs dangereux ^es amertumes salutaires. Seigneur, disoît un saint Roi de Juda, je vous avois oublié dans la prospérité et dans Tabondance; le^ plaisirs de la royauté, et l'éclat d^uii règne long et glorieux, avoient corrompu mon cœur; \eè louanges et les discours empoisonnés des méchans m'avoient jeté dans un sommeil profond et funeste: mais tous m'avez frappé, en répandant sur mon peuple tous les fléaux de Totre colère, en révoltant contre moi me^ propres enfans , et des sujets que j 'avois comblés de bienfaits, et je me suis éveillé ; vous m'avez humilié, et j'ai eu recours à vous ; vous m'avez afàigé^ et ie vous ai cherché , et j*ai compris qu'il ne fallolt pas mettre sa confiance dans les hommes: que la prospérité étoit un songe , la gloire une erreur , les talens que les hoihmes admirent , des vices cachés sous les dehors brillans des vertus humaines, le monde tout entier, une Ëgure qui ne nous repaît que de vains fantômes , et qui ne laisse rieti de réel dans le jcœur ; et que vous seul méritez d'être servie parce que vous seul ne manquez jamais à ceux qui vous servent i ï/ï die inoulatioms meœ Deum exquisivi ( Ps. 76 ; 3 ).

Voilà l'effet le plus naturel des afflictions ; elles facilitent tous les devoirs de la Religion : la haine du monde, en nous le rendant plus désagréable ; le détachement des créatures, en nous faisant éprouver, on leur perfidie, par des infidélités , on leur fragilité, par des pertes inattendues; )a privation des plaisirs, en ^ lAétiarit des obstacles, le désir des biéh^ éternels, et les retour^ conàolanà ver^ Dieu, en ne nous laîssafit pre*sqi<e plus de consolation parmi les hommes : enfin, toutes leà obligatiôhs de la foi deviennent pluÀ faciles à Tanne àffiigée: ses bons désirs y trouvent moifis d'obstacle^, sa foibles^e moins d'écueils, sa foi pliià dé ^écoiir^, sa tiédeur plus de ressourcés, ses passion^ plus dé fi^ili, sa vertu ihémé plus d'occasions dé liïérite.

' Aussi l'Eglise HIe-mème ne fut jamais plu^ fervente et pins pure, que lorsqu'iBlle fut affligée; les siècles de &es souffrances et de ses fy^pséculions furent les siècles de son éclat et dé som zèle. La tranquillité corrompit ensuit^ ses moeurs; ses jonrs devinrent moins purs et moins innocens« depuis qu'ils furent devenus plus fortnnés et plus paiïiibles ; sa gloire finit ptesqu'avee ses malheurs ; et sa paix, comme dit le Prophète, fut plus amèi'e |)àr le dérèglement de ses enfaiis, que ses trotiblés ne l'avoient été par la btirbarie de ses ennemis mentes : Ecce in pace amariiudo mea amarissima ( Jr. 38 ; 17).

Vous-inétae, qui vous plaignez qtte les croix doiit lé Seigiienr vods afflige, vottï découragèiït et vous refroidissent sur le désir de travailler â votre salut , vous savez bien que des jours plus heureux n'ont pas été pour vous plus saints et plus fidèles ; vous savez bien qu'alors e*iivré du monde et de ses plaisirs, vdus viviez dans un oubli entier d'b

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