‹ Œuvres de Massillon, ci-devant prêtre de l'ortoire, évêque de Clermont l'un des quarante de l'Académie FrançoiseChapitre 19 sur 131 · II* DIMANCHE DE L^AVENT · texte numérisé non relu

II* DIMANCHE DE L^AVENT

Diea; et que les douceur» de Yotre état n'étoient queleé^ aîguttton^

de votre corruption et les instrumens de vos désirs in}ustes.

Mats telle est, IVf . F., Tillusion perpëtneUe de notre amour-propre. Quand 'nous sommes henreux, que tout répond à nos désirs, çt que nous jouissons d'une fortune douce et riante, nous alléguons les dangers de notre état, pour justifier les égaremens de nos mœurs mondaines ; nous disons qu'il est bien difficile en un certain âge et etK une certaine situation , quand on a un rang à soutenir et des bicnséanceft a garder dans le monde, de se condamner à la retraite, à la prière, à la fuite des plaisirs , et à toiis les devoirs d'une vie triste et élirétienne. Mais de l'autre côté, quand nous sommes affligés, que le corps est frappé de langueur, que la fortune nous abandonne, qae nos amU nous trompent, que nos maîtres nous négligent, que nos ennemis nous accablent, que nos proches deviennent nos persécuteurs, nous nous plaignons que tout nous éloigne de Dieu dans cet état de cha* grin et d'aqiértum^; que Tesprit n'est pas asse^ tranquille pour penser au salut; que le coeur est trop ulcéré pour sentir antre chose que ses propres malheurs ; qu'il faut chercher à étourdir sa douleur par des diversions et des plaisirs devenus nécessaires, et ne jJas achever de perdre la raison , en se livrant tout entier aux horreurs d*une profonde tristesse. C'est ainsi, ô mon Dieu, que par nos contradictions éternelles , nous justifions les voies adorables de votre sagesse sur les destinées des hommes^ et que nous préparons à votre justice des rai-, aons puissantes, pour confondre un jour l'illusion et la mauvaise foi de nos prétextes.

Car d'ailleurs, M. F., de quelque nature que soient uos peines, riiistoire de la Religion nous propose des Justes, qui dans le même état que nousj^ ont possédé leur ame dans la patience, et ont fait de leurs afflictions une ressource de salut. Si vous pleurez la perte d'une personne chère : Judith trouva dans une semblable douleur , l'accroissçment de sa foi et de sa piété , et changea les larmes de sa viduité, en des larmes de retraite et de pénitence. Si une santé languissante vous rend la vie plus triste et plus amère que la mort même : Job trouva dans les débris d'un corps ulcéré, des motifs de CQ/nponclion , des désirs d'éteriiité , et des espérances de sa résurrection immortelle. Si l'on flétrit votre réputation par des impostures : Suzanne offrit une ame constante à la plus noire calomnie ; et sachant qu'elle avoit le Seigneur pour témoin de «on innocence , elle lui laissa le soin de la venger de l'injustice de hommes. Si l'on renverse votre fortune par des artifices : David détrôné regarda Thi)^ xnilîation de son nouvel état, comme la peine de l'abus qu'il avoit 'fait de sa prospérité passée. Si un lien mal assorti devient votrç croix de tous les jours :.£sther trouva, dans les caprices et dans les fureurs d*un époux infidèle, l'épreuve de sa vertu et le mérite de sa douceur et de sa patience. Enfin placez-vous dans les situatiions les plus tristes , vous y trouverez des Justes qui y ont opéré leur salut; ^t 9ans en chercher des exemples dan» les temps qui nous ont précé-

«le», regardez autour de tous (la main du Seigneur n'est pas en« core raccourcie), et vous verrez des araes, qui, chargées des mêmes croix que vous, en font un usage bien diifférent, et trouvent, des moyens de salut daus les mêmes événemens , où vous trouver vouamême , ou recueil de votre innocence, ou le prétexte de vos murr mures. Que dis-je ? vous verrez des âmes que la miséricorde de^Dieu a rappelées de Tégaremeiit, en répandant des amertumes salutaires sur leur vie ; en renver|ant une fortune établie; en refroidissant une faveur enviée \ en frappant une santé qui paroîssoit inaltérable; en les éloignant des grâces méritées, par des préférences inattendues; en finissant par une inconstance d'éclat, un engagement profanf. Vous-même alors témoins de lenr changement et de leur retour.^ Dieu, vous avez diininaé le mérite de leur conversion, par les facilités que le chagrin et^rafifliction leur avoient ménagées; vous vous êtes défié d'une vertu que les malheurs avoient rendue comme nécessaire ; vous avez dit , qu'il étoit bien aisé de quitter le monde quand le monde ne vouloit plus de nous ; qu'à la première lueur d'un re(9ur de fortune, on verroit bientôt les plaisirs succéder à tout cet appareil de dévotion ; et qu'on ne se donnoit à Dieu dans l'adversité, que parce qu'onn'avoitrien de mieux à faire. Injuste que vous êtes ! et aujourd'hui , qu'il s'agit de revenir à lui dans votre affliction , vous dites qu'il n'est pas possible I qu'un cœur pressé , accablé d'amertume, n'est capable de rien, et ne peut seutir que sa douleur; et qu'on est pins révolté, que touché, dans cet état d'accablement et d'infortune ; et après avoir censuré et rendu suspecte la piété dans les amés affligées , comme un parti trop facile et qui n'avoit plus de mérite parce qu'il ne coùtoit plus nen, vous vous défendez de le prendre dans votre affliction , et d'en faire un usage chrétien , parce que vous prétendez qu'il n'est pas possible de s'y occuper d'autre chose que de son malheur. Répondez , si vous le pouvez , ou plutôt trembla de trouver recueil de votre salut dans une situation qui devoit en être la plus sûre ressource. Après avoir abusé de la prospérité , tremblez de vous faire encore de vos malheurs les instrumens funestes de votre perte, et de vous fermera vous-même toutes les voies que la bonté de Dieu pouvoit vonsou* vrir pour vous ramener à lui.

£h ! quand sera-ce donc , ô mon Dieu , que mon ame s'élevant parla foi an-dessus de toutes les créatures, n'adorera plus que vous en elles ; lie leur attribuera plus des événemens dont vous êtes le seul auteur; reconnoitra dans les diverses situations où vous lâ placez , les ménagemens adorables de votre Providence ; et , au milieu de ces croix mêmes , goûtera cette paix inaltérable, que le' monde avec tous ses plaisirs ne sauroit donner ? Quqndo consolaberiê me (P^. ii8;8a)?

QuHl est triste en effet, M. F., quand on est affligé et frappé de Dieu , de vouloir se consoler en se révoltant contre la main qui nous frappe; en murmurant contre sa justice , en s'éloignant de lui comme par une espèce de rage, de désespoir et de vengeance, et de cher-

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