BK LA SAINTE VI1ERGE. S
un mariage , on ^e plaint que les antipathies presque inséparables d'on assujettissement durable et mutuel, mettent un obstacle ûiTin» cible au salut ; dans un état de liberté , on se figure qu*nn établissement fixeroit le coeur, et serviroit de frein aux passions insensées. Chacun transporte les devoirs essentiels dans Tétat où il n*est pas, nul B*est fidèle à la grâce de son état propre. Seigneur, disoient les Israélites dans le désert , est-ce pour nous creuser des tombeaux, que TOUS nous avez conduits dans ces lieux arides ? donnez-nous à combattre des ennemis, dont nous puissions nous défendre , et non pas des rochers brûlans , et la faim et la soif qui nous dévore. Car* eduxisti nos in desertum istud , ut occideres omnem muUitudinem famé ( Exod. 16 ; 3 ) ? Seigneur, disoient les mêmes Israélites sor* lis du désert , et arrivés dans le pays de Chanaan , pourquoi nous avez-vous tirés du désert ? nous n*y avions qu'à nous défendre des incommodités d*un long voyagé : ici nous allons être la proie de ces peuples vaillans et innombrables qui nous environnent ; et vous nous menez dans une terre toute couverte de géans et de monstres qui dévorent ses habitans : Terra dévorât hahitatoressuos, {^Num, i3 ; 33 ). Dans le désert , où il ne falloit que de la patience , la valeur et la force dans les combats leur paroissoient aisées : dans la Palestine f où il étoit question de combattre , il leur semblait plus doux de souffrir les incommodités du désert. C'est ainsi, ô mon Dieu, que par une illusion perpétuelle nous nous fuyons toujours nous-mêmes, et qu*infidèles à Tétat où votre main nous place , nous substituons au devoir présent , qui seroit pénible à la nature , des sacrifices chimériques qui flattent Timagination , et qui ne coûtent rien au cceur.
Enfin à cette correspondance d*état , Marie ajoute une correspondance de persévérance. Elle offrit jusqu'à la fin à toutes les rigueurs de Dieu sur elle une foi toujours plus vive et plus constante. Si !• C. encore enfant , pour éprouver » ce semble, sa tendresse, se dérobe à ses yeux et se cache dans le Temple, loin de se rebuter, eHe court , comme l'épouse après son bien-aimé qu'elle a perdu ; et ses empressemens ne finissent qu'après qu'elle a retrouvé ce qu'elle aime^ Aux noces de Cana, la réponse de J. C. si dure en apparence ne décourage point sa foi , et elle attend tout de lui dans le moment même où il semble qu'il ne veut avoir rien de commun avec elle; et sa fidélité fondée sur des règles solides , ne dépend pas des différentes conduites de J. C. à son égïrd.
D'ordinaire, on n'est soutenu dans un commencement de piété, que par un certain goût sensible, qui accompagne presque toujours les premières démarches d'un nouvelle vie ; un goût qui souvent est l'ouvrage de la nature, autant que de la grâce, et qui prend plutôt aa source dans la tendresse d'un cœur foible et timide , que dans une plénitude d'amour et de componction. Aussi ce goût venant bientôt après à manquer f le cœur n'ayant plus d'appui sensible, retombe sur lui-même; on s'affoiblit, on perd courage, on regarde derrière foi, on n'est paa loin d'une rechute 9 on retombe : telle est la destinée
^ LA. CONCEPTION
de la plupart des âmes. Leur piété est une pieté toute de goût et de sensibilité, un je ne sais quel attrait inséparable de la nouyeauté, et qui a toujours bien plus d'empire sur les âmes légères et inconstantes : ce n*est pas une conviction réelle et profonde des vérités saintes , une terreur véritable des jugemens de Dieu , une sainte horreur d'elle-même, un mépris héroïque du monde et de ses plaisirs, un changement universel. du cœur; et de la, ces tristes scènes qui affligent l'Eglise, qui déshonorent la vertu, et qui se passent tous les jours à nos yeux ; de là , ce ridicule que le monde lui-même donne à tant d*ames , qui après Ta voir abandonné avec éclat , reviennent encore à ses plaisirs*
Or , quand on se donne à Dieu , M. F. , il faut s'attendre à des dégoûts et à des amertumes , les regarder comme cette partie de notre pénitence que le Seigneur lui-même nous impose ; fonder sa fidélité , non sur le goût qui passe, mais sur les règles saintes , sur les maximes de la foi , sur la vérité qui ne passe point : se convaincre dans la lumière de Dieu, que le monde est un songe; que le péché est le seul malheur de Thomme ; que l'innocence est le vrai bonheur même de la terre ; que les biens et les maux présens ne .sont pas des biens et des maux véritables ; que nos titres , nos dignités , en un mot , que tout ce que nous sommes aux yeux des hommes , périra avec les hommes , mais que nous ne serons éternellement que ce que nous sommes au^ yeux de Dieu. Le goût passe , mais la vérité demeure toujours. Et au fond , le monde, auquel vous avez renoncé, n'avoitil pas ses dégoûts et ses amertumes? ses plaisirs n'avoient-ils pas leurs momens d'ennui et de tristesse ? les voies des passions , dont vous êtes sorti , étoient-elles toujours semées de fieurs ? Vous avex pu aimer si long-temps le monde perfide, injuste, pénible, ennuyeux, rebutant ; et au premier moment de dégoût , vous vous lasseriez de la vertu et de l'innocence? O ame fidèle ! est-ce que les dégoûts de la vertu sont plus insupportables que (^eux du crime ? mais ceux-ci laissent au fond du cœur je ne sais quoi de sombre et de funeste, qui fait qu'on ne peut se supporter soi-même ^ ils répandent un torrent d'amertume sur tout l'intérieur de la conscience ; ils ne laissent au pécheur aucune ressource au dedans de lui, et en le rendant à luimême , ils lui rendent tous ses malheurs.
Au contraire , les dégoûts de la vertu ne sont que des agitations superficielles , qui laissent toujours au fond de la conscience une paix et une tranquillité secrète ; ce sont des nuages passagers , qui dérobent pour un moment à une ame son Seigneur et son Dieu , mais qui n'éteignent pas en elle les lumières de la foi qui luit encore dans ce lieu obscur, et qui la console en secret de ses peines.
Voyez-en la différence dans les Livres saints. Saiil lassé de luimême et de ses crimes, est un infortuné qui ne peut plus porter le poids de sa conscience : il se tourne de tous les côtés , et rien ne peut calmer les fureurs de son aine ; la harpe d'un berger amuse sa tristesse , mais ne la guérit point i lés enehantemeRS d'une Pythonisse
»E LA SAINTE VIERGE. gt
fa&cînent ses yeux , mais ne peuvent tromper son cœur ; les spectadeft de la rayante diTersifient son ennui ^ mais n'endorment pas ses noirs chagrins ; il cherche a se séduire , et il ne le peut pas ; il se fnit , et par-tout il se. retrouve « par-toot il porte avee lui ses inquiétudes et ses dégoi^ta ; et loin d'adoncir, dans les plaisirs qui Tenvironnent , l'amertume de son ame , il répand cette amertume sur tona les plaisirs qni pourroient Tadoucir. Telles sont les inquiétudes du erime.
David au contraire éprouvant ces d^oûts auxquels Dieu livre quel* quefois les âmes justes : Quand est-ce » à mon Dieu, dit-il, que vous verserez dans mon ame ces consolations indicibles , qui font sentir à un cœur qui vous aime, combien vous êtes doux» et combien il est heureux d'être à vous : Quando consolaberis me ( Ps. 1 18 ; 8a )? Ah ! si votre loi sainte ne me soutenoit dans cet état d'obscurcissem^it et de peine , je ne pourrois me défendre contre moi-même, et ma foiblesse l'emporteroit bientôt sur la grandeur de vos bienfaits , sur la vérité de vos promesses, et sur la fidélité que je vous ai mille fois jurée : Nisi quàd lex tua medUatio mea est , tune forte periissem in humilitate med (P^. i ift ; 92 ). L'un abandonné de Dieu , et lassé de lui-même , ne trouve plus de ressource que dans les horreurs de sa propre conscience ; l'autre éprouvé de Dieu , mais le portant caché au fond de son cœur, porte avec lui une consolation à toutes ses peines : en un mot , le pécheur perd tout en perdant le goût des plaisirs ; le Juste ne perd rien en ne perdant que les consolations sensibles de la vertu , parce qu'il ne perd pas la vertu même. Grand Dieu ! qu'il est aisé en effet de se consoler quand on vous possède encore ! Que les amertumes mêmes de la vertu sont bien préférables à toutes les fausses joies du crime ! et que les rigueurs dont vous éprouvez les araes fidèles , sont bientôt compensées par des consolations que le monde ne connoit pas , et qu'il ne sauroit donner ! Telles sont les instructions que nous donne aujourd'hui Marie : heureux si , offrant comme elle une correspondance ^dèleà la grâce, pous çn méritions la consommation dans le ciel ! Ainsi soit-il.
9% m* DIMANCHE DE L'AVENT.
SERMON