DE LA SAINTE VIERGE. S
•et oubli de tos intérêts et de votre gloire, ces délicatesses dans vos engagemens profanes* ce cœar toujours occupé de ses passions, et se faisant une félicité de ses peines; voilà ce que vous aviez été pour le inonde : soyez tel pour J. C. ; donnez à votre cœur des objets plus saints; mais laissez-lni pour un Dieu, qui seul est digne d'être aimé, la même vivacité, la même constance, la même délicatesse, que vous aviez pour les vaines créatures. Vous vous piquiez de je ne sais quoi d'héroïque dans vos passions déplorables; d'être plus sincère, plus généreux-, plus fidèle, plus grand que le reste des hommes : servez J. C. avec la même noblesse, sans crainte, sans ménagement, sans partage, sans bassesse; portez la même grandeur d'ame aux pieds de ses autels; ne vous bornez pas à un genre de vertu foible et vulgaire, et ne dégradez pas votr^ cœur en le donnant à J. C. , lui dont la grâce If lève et l'ennoblit, lorsqu'il est rampant et timide.
Oui, M. F. ^ les passions dans les personnes d'un certain rang surtout, sont toujours vives, éclatantes, extrêmes; la pénitence, foible, languissante, timide. On revient des égaremens grossiers; on règle ses mœurs; on se réconcilie avec les choses saintes : mais on ne répare pas le passé. On protégera, si vous voulez, les gens de bien; on les honorera de sa familiarité; on secondera leur zèle; on protégera des entreprises utiles a la piété : mais on ne connoît pas les larmes, les rigueurs, lé^ saints renoncemens et les sacrifices de la pénitence. On a les vertus publiques , dont l'amour- propre ne souffre rien ; on n'a pas les personnelles, qui seules réforment l'homme intérieur, et opèrent le véritable changement du cœur. Telle est la pénitence des Grand s sur-tout : ils deviennent plus favorables à la piété, mais ils ne deviennent pas plus rigoureux envers eux-mêmes; ils sont plus religieux, mais ils ne synt pas pénitens. Or, la première chose que Dieu demande d'un pécheur, quelque élevé qu'il soit dans le monde, ce sont ses soupirs, ses larmes, et ses souffrances. David ne se contenta pas de conduire l'Arche sainte en triomphe à Jérusalem, d'avoir amassé à grands frais les matériaux d'un Temple magnifique, d'honorer la sainteté de Nathan et du Pontife Abiathar, il pleura sox^ péché sous la cendre et sous le cilice; il interrompit mille fois son sdmmeil , pour arroser son lit de ses larmes, et confesser devant le Seigneur Ténormité et l'ingratitude de sa chute; il passa le reste de ses jours dans des sentimens de componction et d'amertume, et ne crut pas que son élévation le dispensât des règles essentielles de la pénitence. Il faut souffrir pour remplacer devant Dieu des voluptés criminelles; et vos passions ne sont encore qu'à demi-éteintes , tandis qu^elles na sont pas encore punies.
Voilà des règles de foi et d'équité; jugez-vous là-dessus. Ce n'est pas assez d'être sorti de Sodome et des voies de l'iniquité ; il faut suivre la grâce jusqu'où elle veut nous conduire. Loth étoit sorti de cette ville réprouvée, que Dieu venoit de livrer aux fiammes de sa vengeance; mais ce n'étoit là que le commencement de son salut : l'Ange \eut le meuer jusqu'au haut de la montagne, il n'ose le suivre; la diÊ*
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culte du cbemin alarme sa foîblesse ; il demande quMl lui soit permît de s'arrêter à côté, dans une Tille située sur Ip penchant : Quia necpos-^ sum in monte sahari: .,*est civitasjuxth [Gen. 19; 19, ao ). Il croit par ce tempérament s'être mis en sûreté, avoir évité et le péril de Sodome et la fatigue de la montagne \ mais les tempéraroens en matière de devoir sont toujours dangereux : Dieu l'abandonne; il tombe dans rivresse, et donne lieu au plus détestable de tous les crimes. Il n'y a pas loin entre la vertu qui se repose , et la vertu qui s'égare ; et quand on ne fuit qu'à demi le vice, on est bien près de le retrouver encore sous ses pas. Première infidélité , qui rend la grâce de la conversion inutile.
La seconde, c'est de se frayer à soi-même des voies selon sa vanité ou son caprice, et de ne pas suivre celle par où la grâce vouloit nous conduire. Or, Marie évite cet écueîl par une correspondance d'état. Elevée au degré le plus sublime de la grâce , et en droit d'aspirer aux voies les plus extraordinaires, elle nç sort pas de la voie simple et naturelle de son ^tat : toute sa piété se borne à élever son Fils aveo un soin religieux dans sa retraite de Naamreth ; à rendre à Josepli les devoirs de respect et d'obéissance , qu'un lien sacré exigeoit d'elle ; à monter toqs les ans à Jérusalem, pour y célébrer la Pàque aveo son peuple ; à se soumettre aux observances communes de la loi. Toujours fidèle à suivre la grâce dans les divers événemens de sa vie, elle ne se dit jamais à elle-même , qu'une situation différente seroit plus favorable à la piété ; elle ne trouve jamais , dans les circonstances où Dieu la place, dçs raisons pour justifier ce que Dieu condamne; tx la voie, par où la grâce la conduit, lui paroit toujours la plus propre au sa\ut. Ot^ c'est ici où les plus saintes intentions s'abusent , et où la piété elle-même devient souvent notre plus dangereuse illusion : personne presque ne veut aller à Dieu par la voie que s!i grâce elle* inéme lui £^ marquée.
Il en est qui trouvent toutes les autres croix légères, excepté celles que la Providence leur ménage : Ils ne seroient pas si touchés de la perte de leurs biens et de leur fortune ; mais ils ne peuvent se taire sur la mauvaise foi d'un ennemi qui les flétrit et qui les calomnie. Ce sont là des ressentimens qui paroissent justes : on seroit fidèle par- tout ailleurs , où la maiu de Dieu ne nous place pas ; ici , qui étoit la seule voie par où la grâce vouloit nous sanctifier, on sort des mains de la Providence, et on se soustrait à ses ordres.
Au milieu du monde et de la Cour, où notre état nous appelle, on se dit à soi-même, que dans là retraite et loin des périls on seroit plus fidèle : au fond de la retraite où le devoir quelquefois nous re^* tient , on se persuade que la piété seule , et livrée à elle-même , languit et se relâche, et que le commerce des gens de bien, et les secours publics de la vertu l'amusent et la soutiennent. Dans les soins publics , une condition privée paroit plus propre au salut ; est-on personne privée ? l'inutilité devient un prétexte spécieux , et on croit qu'une vie désoccupée ne peut presque être innocente. Sous le joug