‹ Œuvres de Massillon, ci-devant prêtre de l'ortoire, évêque de Clermont l'un des quarante de l'Académie FrançoiseChapitre 29 sur 131 · III* DIMANCHE DE L^AVENT · texte numérisé non relu

III* DIMANCHE DE L^AVENT

désobéîr , il l'accusa d'avoir été lui-même, en l'associant à la femme , la eause de sa désobéissance.

£t voilà , M. F. , l'illusion de presque toutes les amas qni vivent dans le crime , et qui renvoient à l'avenir la conversion que Dieu demande d'elles. Elles nous redisent sans cesse que la conversion ne dépend pas de nous ; que c'est au «Seigneur à changer leur cœur, et à leur donner la foi et la grâce qui leur manque. Ainsi elles ne se contentent pas de l'irriter en différant de se convertir, elles l'insultent même en l'accusant de leur endurcissement et du délai. de leur pénitence.' Confondons aujourd'hui l'égarement et l'impiété de cette disposition ; et pour rendre l'a me criminelle plus inexcusable dans son impénitence, ôtons lui-en du moins le prétexte.

Vous nous dites .donc en premier lieu > que vous vous converti^ •riez si vous aviez la foi^ si vous étiez bien persuadé de la religion; 'mais que la foi est on don de Dieu, que vous l'attendes de lui seul, et que dès qu'il vous l'aura donnée , il ne vous en tdùtera pas beau» coup de oomméncer tout de bon, et de prendre votre parti. Pre* mier prétexte , on n'a pas la foi, et c'est à Dieu seul à la donner.

Mais je ne vous demande pas d'abord , comment l'ayez-vons donè perdue cette foi si précieuse ? Vous l'aviez reçue dans votre baptême; une éducation chrétienne l'a voit conservée dans votre cœur; elle avoit cru avec vous ; c'étoit un talent inestimable que le Seigneur vous avoit confié , en vous discernant de tant de nations iur fidèles, et en vous manquant du sceau du salut au sortir du sein de votre mère. Qu'avez-vouç donc fait du don de Dieu, qui a effacé de dessus votre front ce signe d'élection éternelle ?, n'^est-ce pas le dé-^ règlement des passions^ et les ténèbres qui en ont été la juste peine? Doutiez-vous de la foi de vos pères avant que d*étre impudique et dissolu ? n'est-ce pas vous-même qui avez éteint dans la boue ce flambeau céleste que l'Eglise en vous régénérant vous a mis à la main, pour vous servir de guide à travers les ténèbres et les périls de cette vie ? pourquoi vous en prenezrvous donc à Dieu , de la dissipation que vous avez faite de ses grâces ? C'est à lui à vous redemander son propre don; à vous faire. rendre compte du talent qu'il vous avoit confié; à vous dire : Serviteur injuste et ingrat, qu'avois-je fait pour les autres que je n'eusse fait pour vous? J'ar vois embelli votre ame du don de la foi, et du caractère de mes enfans : vous avez jeté cette pierre précieuse devant des auimauii; immondes; vous avez éteint la foi et la lumière que j'avois mise au dedans de vous; je l'^i conservée long-temps malgré vous-même dans votre cœur; je l'ai fait survivre à tous les efforts impies que vous avez faits pour Té teindre , parce qu'elle et oit devenue incommode à vos désordres; vous savez ce qu'il vous en a coûté pour secouer le joug de la foi, et en venir au |>oint où vous êtes; et ce terrible état qui est la. plus juste peine de vos crimes, en deviendroit aujourd'hui la seule excuse ? Et vous dites que ce n'est pas votre faute que de manquer de foi) puisqu'elle ne dépetid pas de

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rhomme , vous qui avez eu tant de peine à rarracher du fond de votre ame ? £t vous prétendez que c'est à moi à vous la donner, si je veux que vous me serviez 9 moi qui vous la redemande ,' et qui ai tant lieu de me plaindre que vous Tayez perdue ? Entrez en jugement avec votre Seigneur, et justifiez-vous , si vous avez quelque chose à lui répondre.

Et pour mieux vous faire sentir, mon cher Auditeur , toute la foi blesse de ce prétexte : vous vous plaignez que vous manquez de foi ; vous dites que vous souhaiteriez de l'avoir; que rien n*est plus heureux que d'être vivement persuadé , et que rien ne coûte dans cet état : mais si vous souhaitez d'avoir la foi ;• si vous croyez que rien n'est plus heureux que d'être véritablement convaincu des vérités du salut , et de l'illusion de tout cequi se passe ; si vous envies la destinée des âmes qui sont parvenues à cet état souhaitable ; si eela est , voilà donc la foi que vous attendez , et que vous croyez avoir perdue. Que vous faut-il connoitre encore de plus pour ^ir une vie criminelle , que le bonheur de ceux qui en sont sortis pour travailler à leur salut ? Vous dites que vous souhaiteriez d'avoir la foi : mais vous l'avez dès que vous la croyez digne d'être souhaitée ; da moins vous en avez assez pour connottre que le plus grand bonheur de l'homme est de tout sacrifier à ses promesses. Or , les aroes qui reviennent tous les jours à Dieu, n'y sont pas attirées par d'autres lumières; les Justes qui portent son joug , ne sont pas sou« .tenus et animés par d'autres vérités : nous-mêmes qui le servons, n'en connoissons pas- davantage.

Cessez donc de vous séduire vous-même, et d'attendre ce que vous &vez déjà. Ah! ce n'est pas la foi qui vous manque, c'est la volonté de remplir les devoirs qu'elle vous impose; ce ne sont p^s vos doutes qui von^ arrêtent^ ce sont vos passion^. Vous ne vous connoissez pas vous-même; vous êtes bien aise de vous persuader que vous manquez de foi , parce que ce prétexte que vous opposez à la grâce est moins humiliant pour l*>amour- propre, que celui des vices honteux qui vous retiennent. Mais remontez à la source ; vos doutes ne sont nés que de vos dérèglemens : réglez donc vos mœurs , et la foi ne vous offrira plus rien que de certain et de consolant ; soyez chaste , pudique , tempérant , et je vous réponds de la foi que vous croyez avoir perdue; vivez bien , et il ne vous en coûtera plus rien de croire. *

Et une preuve que je vous dis vrai , c'est que, si pour revenir à Dieu , il ne devoit vous en coûter que de soumettre votre raison à des mystères qui nous passent ; si la vie chrétienne ne vous ofTroic point d^autres difficultés , que certaines contradictions apparentes qu'il faut croire sans les pouvoir comprendre; si la foi ne proposoit point de devoirs pénibles à remplir; si pour changer de vie , il ne falloit^as renoncer auxpassions les plus vives et aux attachemens les plus chers; si c'étoit ici une affaire purement d'esprit et de croyance, et que le cseur et Us penchans n'y souffrissent rien^ vqus n'auriez

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