‹ Œuvres de Massillon, ci-devant prêtre de l'ortoire, évêque de Clermont l'un des quarante de l'Académie FrançoiseChapitre 38 sur 131 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

L'rohmc n*avoit été placé sur la terre , que pour rendre à Tautenr de son être , la gloire et l'hommage qui lui étoîent dus. Tout le rappeloit à ces devoirs ; et tout ce qui devoit l'y rappeler , l'eiK éloigna. Il devoit à sa majesté suprême son adoration et ses hom* mages ; à sa bonté paternelle , son amour; à sa sagesse infinie , le sacrifiée de sa raison et de ses lumières. Ces devoirs, gravés dans le fond .de son cœur) et nés avec lui, lui étoient encore sans cesse annoncés par toutes les créatures ; il ne pouvcût ni s'écouter lui-même »

i36 LE jour: de NOËC.

ni écouter tout ce qui étoit autour de lui, sans Tes retrouven Cependant il les oublie; il les efface de son cœur. Il ne vit plus dan» l'ouTrage , Thonneur et le culte qui étoit dû à l*ouvrier souTerain ; dans les bienfaits dont il le combloit , Tamour qu'il deroit à soa bienfaiteur; dans les ténèbres répandues sur les effets niante» de la nature, l'impossibilité de sonder , à plus forte raison , les secrets de Dieu , et la défiance où il devoit vivre de ses propres lumières. L'i* dolâtrie rendoit donc à la créature , le culte que le Créateur s'étoit réservé à lui seul : la Synagogue Thonoroit des lèvres ; et Taraour qu'elle lui devoit, se bornoit à des hommages extérieurs, qui n'étoicnt pas dignes de lui : la Philosophie s'égaroit dans ses pensées ; xnesuroit leslu|pières de Dieu à icelles de l'homme, et croyoit que la raison qui se méconnoissoit elle-même , pouvoit connoitre tonte vérité : trois plaies répandues sur toute la face de la terre. En ua mot, Dieu n'étoit plus connu ni glorifié , et l'homme ne se connoissoit plus lui-même.

£t premièrement , à quels excès l'idolâtrie n'avoit-elle pas poussé son culte profane ? La mort d'une personne chère Térigeoit bientôt en divinité ; et ses viles cendres , sur lesquelles son néant étoit écrit en caractères si ineffaçables , devenoient elles-mêmes le titre de sa gloire et de son immortalité. L'amour conjugal se fit des dieux ; l'amour impur l'imita, et voulut avoir ses autels : l'épouse et l'amante ^ répoux et l'amant criminels eurent des temples, des prêtres et des sacrifices. La folie, ou la corruption générale adopta un culte si bizarre et si abominable ; tout l'Univers en fut infecté ; la majesté des lois de l'Empire l'autorisa ; la magnificence des temples , l'appareil des sacrifices , la richesse immense des simulacres rendirent cette extravagance respectable. Chaque peuple fut jaloux d'avoir ses dieux ; au défaut de l'homme , il offrit de l'encens à la bête : les liommages impurs devinrent le culte de ses divinités impures ; les Tilles , les montagnes , les champs , les déserts en furent souillés , et virent des édifices superbes , consacrés à l'orgueil , à l'impudicité , à la vengeance. La multitude des divinités égala celle des passions; les dieux furent presque aussi multipliés que les hommes : tout devint dieu pour l'homme; etie Dieu véritable fut le seul que l'homme ne connut point.

Le monde étoit plongé depuis sa naissance presque, dans l'horreur de ces ténèbres : chaque siècle y avoit ajouté de nouvelles impiétés. Itus les temps marqués du. Libérateur approchoient , plus la dépravation sembloit croître parmi les hommes. Rome dle-même ; maîtresse de l'Univers , s'étoit soumise aux différens cultes des nations qu'elle avoit subjuguées , et voyoit s'élever au milieu de ses murs , les idoles diverses de tant de peuples soumis , qui devenoient plutôt les monumens publics de sa folie et de son aveuglement que de ses victoires*

Mais enfin, quoique toute chair eut corrompu sa voie. Dieu ne ▼ouloit plus faire pleuvoir sa colère sur les hommes 9 ni les exter-

miner par an nouveau déluge. Il vouloit lès sauver. II avoit mis dans le ciel le signe de son alliance avec le monde ; et ce signe véritable n'étoit pas cet arc lumineux et grossier, qui paroit dans les nuées : >c*étoit J. C. son Fils unique., le Verbe fait cbaîr , le sceau véritable de Talliance éternelle, et la seule lumière qui vient éclairer tout le monde.

Il paroit aujourd'hui sur la terre , et rend à son Tère la gloire que rimpiété d'un culte public avoit Voulu lui ravir. L'hommage que lui rend son ame sainte unie au Verbe , dédommage d'abord sa majesté suprême , de tous les honneurs que l'Univers lui avoit jusqueslà refusés , pour les prostituer à la créature. Un adorateur Homme- Bien rend plus de gloire à la divinité , que tous les siècles et tous les peuples idolâtres ne lai en avoient 6té : et il falloit bien que cet hommage f&t agréable au Dieu souverain , puisque lui seul effaça l'idolâtrie de dessus la terre; fit tarir le sang des victimes impures , renversa les autels profanes; imposa silence aux oracles des démons; mit en poussière les vaines idoles; et changea leurs temples superbes, jusqnes-là les asiles de toutes les abominations , en des maisons d'àdoralion et de prière. Ainsi l'Univers changea de £sce : le seul Dieu inconnu dans Athènes même, et au milieu des villes les plus célèbres par leur science et par leur politesse , fut adoré; le monde reconnut son auteur ; Dieu rentra dans ses droits : un culte digne de lui s'éta* blit sur toute la terre, et il eut par- tout des adorateurs, qui l'adorèrent en esprit et en vérité.

Voilà le premier bienfait de la naissance de J. C. , et la première gloire qu'il rend à son Pèrc.^ Mais, M. F. , ce grand bienfait est-il pour nous ? Nous n'adorons plus de ▼«ines idoles ; un Jupiter inces^ tueux, une Vénus impudique , un Mars vindicatif éternel : mais Dieu en est-il plus glorifié parmi nous ? Ne mettons-nous pas à leur place la fortune , la volupté , la favenv du maitre, le monde avec tous ses pUisirs ? car touf ce que nous aimons plus que Dieu , nous l'ado* roBs ; tont ce qu^nous préférons à Dieu , devient notre Dieu luimême ; tout ce qui fait le seul objet de nos pensées , de nos désirs et de nos affections , de nos craintes et de nos espérances , fait aussi tout notre culte ; et nos dieux sont nos passions auxquelles nous sa* crifions le Dieu véritable.

Or, que d'idoles encore de cette espèce dans le monde chrétien! Vous, cette créature infortunée , à laquelle vous avez prostitué votre cœur ; à laquelle vous sacrifiez vos biens , votre fortune, votre gloire, votre repos; et dont ni les motifs de la religion, ni ceux même du monde ne peuvent vous détacher, c'est votre idole : et queluimanque* t-il pour être votre divinité infâme, puisque daps votre fureur vous ne lui en refusez pas même le nom ? Vous, cette Cour, cette fortune , qui vous occupe , qui vous possède , à laquelle vous rapportez tous vos soins , toutes vos démarches , tous vos mouvemens , tout ce que ▼ous avez d'ame, d'esprit, de volonté , votre vie toute entière, c'est totre idole : et quel hommage criminel lui refusez-vous , dès qu'elle

i38 LE JOUR DE NOËL.

Tezige, et qu'il peut devenir le prix de ses faveurs ? Vous» cette intempérance honteuse qui avilit votre nom et votre naissance; qui n>st pluB même de nos mœurs ; qui a noyé et abruti tous vos talens dans les excès du vin et de la débauche^ qui , en vous rendant insensible à tout le reste , ne vous laisse de goût et de sentiment que pour les plaisirs abrutissans de la table , c'est votre idole : vous ne comp* tez vivre que les momcns que vous lui donnez , et votre cœur rend, encore plus d*hommage à ce dieu infâme et abjec, que vos chants insensés et profanes. Les passions firent les dieux autrefois ; et J. C. n*a détruit ces idoles , qu*en détruisant les passions qui les avoient élevées : vous les relevez en faisant revivre toutes les passions qui avoient rendu le monde entier idolâtre. Et que sert de oonnoitre un Dieu seul, si vous portez ailleurs vos hommages ? Le culte est dans le cœur ; et si le Dieu yéri table n'est pas le Dieu de votre cœur, vous mettez , comme les Païens, les viles créatures à sa place , et vous ne lui rendez pas la gloire qui lui est due.

Aussi J. C. ne se borne pas à manifester le nom de son Père aux hommes , et à établir sur le débri des idoles la connoissance seule *du Dieu véritable, tl lui forme des adorateurs [qui ^ne compteront pour rien les hommages extérieurs , si Tamour ne les anime et ne les sanctifie; et qui regarderont la miséricorde, la justice, la sainteté, comme les offrandes les plus dignes de Dieu, et l'appareil le plus pompeux de leur culte : second bienfait de la naissance de J. C. > et seconde sorte de gloire qu'il rend à son Père.

En effet , Dieu étoit connu dans la Judée , dit le Prophète^ Jérusalem ne voyoit point d'idoles élevées dans ses places publiques , y usurper les hommages qui étaient dus au Dieu d'Abraham ; il n^y avoit ni simulacre dam Jacohy ni augure dans Israël (Num, aS ; 21)^ cette portion seule de la terre s'étoit préservée de la contagion générale : mais la magnificence de son temple , l'appareil de ses sacri* fices , la pompe de ses solennités , l'exactitude d^ ses observances légales faisoit tout le mérite de son culte. On bomoit à ces devoirs extérieurs toute la religion. Les mœurs n'en étoient pas moins criminelles : Tin justice, la fraude, lé mensonge, l'adultère, tous les vices .subsistoient , et étoient même autorisés par ces vains dehors de culte : Dieu étoit honoré des lèvres ; mais le cœur de ce peuple ingrat étoit toujours éloigné de lui. J. C. vient détromper la Judée d'une erreur si grossière, si ancienne et si injurieuse à son Père. li vient lui apprendre , que l'homme peut se pontenter des seuls de« hors , mais que Dieu ne regarde que le cœur ; que tout hommage extérieur qui le lui refuse , est une insulte et une hypocrisie , plutôt qu'un culte véritable; qu'il est inutile de purifier le dehors , si le dedans est plein d'infection et de pourriture; et qu'on n'adore Dieu véritablement qu'en Taimant.

Mais , M. F. , hélas ! cette erreur si grossière, et si souvent reprochée par J. G. à la Synagogue ^ n'est-elle pas encore l'erreur de la plupart d'entre nous? A qt(oi se réduit tout notre culte? à quelques

observances extérieures ; à remplir certains devoirs publics prescrits par la loi : et encore c*est la religion des plus sages. Ils viennent assister anx mystères saints ^ ils ne se dispensent qu'avec scrupule des lois de l'Eglise ; ils récitent quelques prières que l'usage a consacrées ; ils célèbrent les solennités, et grossissent la foule qui court à nos temples , voilà tout. Mais en sont41s plus détachés du monde, et de ses plaisirs criminels ? «tioins occupés des soins de la parure etûe la fortune ? plus disposés â rompre un engagement criminel , ou à s'éloigner des occasions où leur innocence fait toujours naufrage ? portent-ils à ces pratiques extérieures de religion un cœur pur^ une foi vive, une charité non feinte? Toutes leurs passions subsistent ton* jours avec ces œuvres religieuses, qu'ils donnent à l'usage plus qu'à la religion. Et remarquez, je vous prie, M. F.» qu'on n'oseroit s'en dispenser tout-à-fait : vivre comme des impies sans ancune profession de culte , sans en remplir du moins quelques devoirs publics , on se regarderoit comme des anatbèmes dignes des foudres du ciel. Et on ose souiller ces devoirs saints par des mœurs criminelles ; et on ne se regarde pas avec horreur > en rendant inutile ce reste superficiel de religion, par une vie que la religion condamne et abhorre; et on ne craint point la colère de Dieu en continuant des crimes qui l'attirent sur nos têtes , et en bornant tout ce qui lui est dû à de Tains hommages qui l'insultent !

Cependant, je l'ai déjà dit, de tous les mondains ee sont là les plus sages , et ceux qui paroissent les plus réguliers aux yeux du monde. Ils n'ont pas encore secoué le joug, comme tant d'autres ; il» ne se font pas une gloire affreuse de ne pps croire en Dieu ; ils ne blasphèment pas ce qu'ils ignorent; ils ne regardent pas la religion comme un jeu et une invention humaine; ils veulent y tenir encore par quelques dehors : mais ils n'y tiennent point par le cœur ; mais ils la déshonorent par leurs désordres ; mais ils ne sont Chrétiens que de nom. Ainsi encore plus qu'autrefois sous la Synagogue, les dehors magnifiques du culte subsistent parmi nous , avec la aépravation des mœurs la plus profonde. et la plus universelle, que les Prophètes aient jamais reprochée à Tendu rcissement et à l'hypocrisie des Juifs ; ainsi la religion dont nous nous glorifions , n'est plus qu'un culle superficiel pour la plupart des Fidèles ; ainsi cette alliance nouvelle , qui ne devoit être écrite que .dans les cœurs; cette loi d'esprit et de yief qui deVoit rendre les hommes tout spirituels , ce culte intérieur, qui devoit donner à Dieu des adorateurs en esprit et en vérité , ne' lai a donné que des fantômes , que de faux adorateurs , que des apparences de culte : en un mot , qu'un peuple encore Juif , qui l'honore des lèvres, mais dont le cœur corrompu, souillé de mille crimes , enchaîné par mille passions injustes , est toujours éloigné de loi.

• Voilà le second bienfait de la naissance de J. C. , auquel nous n*ttvons aucune part. Il vient abolir un culte tout extérieur , qui se bornoit à des sacifices d'animaux, et à des observances légales, et qui ne rendoit pas à Dieu la gloire qui lui est due , en nç lui rendant^

i4o LE JOUH DE NOËL,

pas rhomin&ge de notre amour, seul capable de le glorifier : il vient substituer à ces vaines apparences de religion , une Loi qui doit s'accomplir toute dans notre cœur , un culte dont l'amour pour son Père doit être le premier et le principal hommage. Cependant ce cuite saint, ce précepte nouveau, ce dépôt sacré qu'il nous a laissé, a dégénéré entre nos mains : nous en avons fait un culte tout pbarisaïque , où le cœur n'a point de part ; qui ne change pas nos pen« chans déréglés , qui n'influe point sur nos mœurs , et qui nous rend d'autant plus criminels , que nous abusons du bienfait qui devoit effacer et purifier tpus nos crimes. y ^

. Enfin , les hommes sTVoient voulu encore ravir à Dieu la gloire de sa providence et de sa sagesse éternelle. Les Philosophes, frappés de l'extravagance d'un culte qui multiplioit les dieux à l'infini , et forcés par les lumières seules de la raison de reconnoitre un seul Etre suprême, en défiguroient la nature par mille opinions insensées. Les uns se représentoiént un Dieu oisif, retiré en lui-même; jouissant de son propre bonheur; ne daignant pas s'abaisser à regarder ce qui se passe sur la terre ; ne comptant pour rien les hommes qu'il avoit . créés , aussi peu touché de leurs vertus que de leurs vices; et laissant au hasard lecours des siècles et des saisons, les révolutions des Empires, la destinée de chaque particulier, la machine entière de ce vaste Univers, et toute la dispensation des choses humaines» Les autres l'assujettissoientà un enchaînement fatal d'événemens : ils en faisoient un Dieu sans liberté et sans puissance; et en le regardant comme le maître des hommes, ils le croyoient l'esclave des destinées. Les égaremens delà raison étoient alors la seule règle de la religion et de la croyance de ceux qui passoient pour être les plus éclairés et les plus sages. J. C. vient rendre à son Père la gloire que les vains raisonnemens de la Philosophie lui avoient ètée. Il vient aj^prendre aux hommes que la foi est la source des véritables lumières , et que le sacrifice de la raison est le premier pas de la philosophie chrétienne : il vient en fixer les incertitudes, en nous apprenant ce que nous devons connoitre de l'Etre suprême, et ce que nous en devons ignorer. Ce n'étoit pas assez en effet , que les hommes , pour rendre gloire à Dieu, lui fissent un sacrifice de leur vie comme à l'Auteur de leur être , reconnussent par cet aveu l'impiété de l'idolâtrie ; qu'ils lui fissent un sacrifice de leur amour et de leur coeur, comme à leur souveraine félicité, et avouassent par-là l'insuffisance et Tinufilité du culte extérieur et pharisaïque de la Synagogue. Il falloit encore qu'ils lui sacrifiassent leur raison, comme à leur sagesse et à leur vérité éternelle ; et se désabusassent ainsi des vaines recherches et de l'orgueilleuse science des Philosophes.

Or, la naissance seule d'un Homme-Dieu, l'union ineffable de notre

nature avec une Personne divine, déconcerte toute la raison humaine;

et ce mystère incompréhensible, proposé aux hommes, comme toute

leur science, toute leur vérité, toute leur philosophie, toute leur

treligion , leur fait d'abord sentir que la vérité qu'ils avoient jusques-

là chercliée en vain , il faut la chercher , non par les v^ins e£Porù , mais par le sacrifice de 1^ raison et de nos f cibles lumières.

Mais, hélas ! où sont parmi nous les Fidèles , qui font à la foi un sacrifice entier de leur raison; et qui, renonçant à leurs propres lumières, baissent les yeux avec un silence de respect et d'adoration, devant les ténèbres majestueuses de la religion? Je ne parle pas de ces impies qui vivent encore au milieu de nous, et qui ne veulent point de Dieu. £h ! il faut les livrer à Thorreur et à l'indignation de tont l'Univers qui connoit une Divinité et qui l'adoré ; ou platét les livrer à Fhorreur de' leur propre conscience, laquelle malgré eux rinvoque et la réclame en secret, tandis qu*ils se glorifient tout haut de ne pas la connoître»

Je parle de la plupart des Fidèles, qui ont presque de la Divin^é une idée aussi fausse et aussi humaine , qu'en avoient autrefois les Philosophes^ païens; qui ne la comptent pour rien dans tous les événemens de la vie ;' qui vivent comme si le hasard , ou le caprice des hommes , décidoit de toutes les choses d'ici- bas ; et qui ne connois^sent que le bonheur ou le malheur, comme les deux seules divinités qui gouvernent le monde, et qui président atout ce qui se passe sur la terre. Je parle de ces hommes de peu de foi qui, loin d'adorer les secrets de l'avenir dans les conseils profonds et impénétrables de la Providence, vont les chercher dans des-prédictions ridicules et puériles ; attribuent à Fhomme une science que Dieu s'est réservée à lui seul ; attendent avec une folle persuasion Sur les rêveries d'un faux Prophète, desévénemèns et des révolutions, qui doivent décider de la destinée dés peuples et des empires ; fondent là-dessus de vaines espérances pour eux-^mémes , et renouvellent où l'extravagance des Augures et des Aruspices païens , ou l'impiété de la Pythonisse de Saûl ^ et des oracles de Delphes et de Dodone. Je parle de ceux qui voudroient voir clair dans les voies éternelles, de Dieu sur nos des* tinées ; et qui ne pouvant , ^ar les seules forces de la raison , résoudre les difficultés insurmontables des mystères de la grâce sur le salut des hommes , loin de s'écrier comme l'Apôtre : O profondeur de la sagesse et de la science de Dieu ( jRo//i. i t ; 33 ) ! sont tentés de croire, on que Dieu ne se mêle point de notre salut, ou qu'il est inutile que nous nons en mêlions nous-mêmes. Je parle de ces për-sonnes dissipées dans Le monde, qui trouvent toujours plausible^, convaii^cant, tout ce que l'incrédulité oppose déplus foible et de plus insensé à la foi; qui sont ébranlées au'premier doute frivole que l'im* pie propose ; qui sembleroient être ravies que la religion fût fausse, et qui sont moins touchées de ce poids respectable de preuves qui accablent une raison orgueilleuse, et qui en établissent la vérité, que d'un discours en l'air qui la combat , où il n'y a souvent de sérieuxque lahardiesse de l'impiété et du blasphème. Enfin,}e parle de beaucoup de Fidèles y qui renvoient au peuple la croyance de tant de faits merr veilleux, queThistoire de la religion nous a conservés; qui semblent croire que tQUt ce qui est au-dessus des forces de Thomme ^ passe

i42 LE JOUR DE NOËL.

aussi la puissance de Dieu ; et qui refasefit les miracles à une relî<« gion, qui n'est fondée que sur eux, et qui est le plus grand de tous le» miracles elle-même.

Voila comment nou» rarissons encore à Dieu la gloire que la naissance de J. Ci lui avoit rendue. Elle nous avoit appris à sacrifier au mystère incompréhensible de sa manifestation dans notre chair, nos propres lumières , et à ne plus viTre que de la foi ; elle «roit fixé les incertitudes de l'esprit 'humain , et FaToit ramené des égaremeàs et des abimes où la raison l'avoit précipité^ à la voie de la vérité et de la vie : et noua l'abandonnon», et, sous l'empire même de la foi , noua voulons marcher encoveconmie autrefois , sous les étendards, si j'ose |)arler ainsi , d'une foible raison : les mystères de la religion qui nous passent , nous révoltent : nous reformons tout.; nous doutons de tout ; nous voulons que Dieu pense comme l'homme. Sans perdre entièrement la foi, nous la laissons affoiblir au dedans de nous; nous n'en faisons aucun usage : et c'est cet affoiblisseraent de l^^foi, qui a corrompu les mœurs; multiplié les vices; allumé dans tous les cœurs l'amour des choses présentes; éteint l'amour des biens à venir ; mis le trouble, la haine, la dissention parmi les Fidèles, et effacé ces premiers traits d'innocence, de sainteté, de charité, qui avoient d'abord rendu le Christianisme si respectable à ceux mêmes qui refuftoient de s'y soumettre. Mais non*seulement la* naissance de J. C. rend à Dieu la gloire que les hommes avoient vpvlu lui ravir;, elle rend encore aux hommes la paix qu'ils n'avoient cessé de se ravir à eaX'mémes : Et in terrd pax homînibus ÇLuc* a^ i4)<

SECONDE PARTIE

Uns paix universelle régnoit dans tout l'Univeri i quand J. Ç. , le Prince de la Paix [ Is,g ; fi )^ parut sur la terre; toutes les nations, soumises à FEn>pireRomaâ«, portoîeni paâstbfemcnt lejoug de ces maîtres orgneiHeux du monde; Borne elle-mènie, après des dissenlions civiles qui avoi«Ut dépeuplé ses murs , répandu ses proscrits dans lies iles et dans les déscrts>, et inondé l'Asie et l'Europe du sang de ses citoyens , . respirott de l'horreur de tous ces troublies ; et , réunie sous l'autorité d'un. César ^. elle tronroit , dass sa servitude > la paix dont ellfe n'arost jamaôs pu jouir dans sa Hbertéw

L'Univers étoit donc paisible, mais ce n'étoit](| qu'une fausse paix. L^horame , en proie à ses passions injustes et violentes , éproù voit au dedans de lui-même la gueif e et la dissention la phns cruelle : éloigné de Bieu>, livré aux agitation» et aux ftireurs de son propre cœur; combattu par îa multiplicité et la contrariété étemcîle de ses penchant déréglés , it nepouvbit trouver la piaix, parce qu*ii ne l'a dfterchoit que dans ïa source même de ses troufeles et de* ses inqurétudies*. Les Philosophes s*étoient vantés de pouvoir la donner k heurs disciples ; mais ce calme universel des passions qu'ils promettoient à leur Sage, et <pz'ils annonçoient avec tant d'emphase, en pouvoit répri-

LE JOUR Dp NOËL. 143

met les saillies 9 mais en laîssoît tout le venin et tout le tumulte dans le cœur. C'étoit une paix d'orgueil et d'ostentation : elle inasquoit les dehors ; mais , sous ce masque d'appareil , Thomme se retrouvoit toujours lui-même.

J. C. descend aujourd'hui sur la terre pour apport éfaux hommes cette paix véritable, que le monde jusques-là n'avoit pu leur donner. Il vient porter le remède jusqu'à la source du mal; sa divine philosophie ne se borne pas à donner de ces préceptes pompeux , qui pouvoient plaire à la raison , mais qui ne guérissoient pas les plaies du cœur ; et comme l'orgueil , la volupté , les haines et les vengeances avoient été les sources i&tales de tontes les agitations que le cœur de l'homme avoit éprouvées 9 il yient lui rendlce la paix en les tarissant par sa grâce, par sa doctrine et par. son exemple.

Oui , M. F., je dis que l'orgueil avoit étÀ la première souree des troubles qui déchiroient le cœur des hommes. Quelles guerres, quelles fureurs , cette funeste passions n'avoit-elle pas allumées sur la terre! De quels torvens de sang n'avbit-eUe pas iatenxié l'Univers! Et l'histoire des Peuples et des Empires , des Pâpoe» es des Conquërans , l'histoire de tous les siècles ^ de toutes les nations, qu'est-elle? que l'histoire des calamités diMH» l'orgueil avoit ^ depuis le commencement , affligé les hommes. Le monde entier n'^étoit qu'un théâtre lugubre 9 où cette passion hautaine et insensée donnoit tous les jours les scènes les plus sanglantes. Mais ce qui se passoît au dehors n'étoitqne l'image des troubles que l'homme orgueilleux éprouvoit au dedans de lui-mémè. Le désir de s'élever était une vertu, la modération passoît pour làehèté ; un homme seul hbuleversoit sa patrie, renversoit les lois et les coutumes , faisoit des millions de malheureux ; pour usurper la première place parmi ses citoyens ; et le succès de son crime lui atftitok des hommages ; et son nom , souillé du sang de ses frères , n'en avoit que plus d'éclat dans les annales publiques, qui en coos^irraient la- mémoire; et un scélérat heureux dev«ioi4! ù pins grand homme de son siècle. Cette passion, en descendant dans la foule , étoit inoins éclatante ; mais elle n'en étoit pas moins vive et furieuse. L'homme obscur n'étoit pas plus tranquille que l'homme public; chacun vouloit l'omporter sur ses égaux: l'Orateur,, le Philosophe se, disiputoient, s'arrachoient la gloire, l'unique but de leurs travaux et de leurs veilles; et comme les désirs de l'orgueil sont insatiables , l'homme à qui il ctbit alors honorable de s'y livrer tout entier, ne pouvant s'y fixer, ne pouvoît aussi être calme et paisible. L*orgueil, devenu la seule source de l'honneur et de la gloire humaine , étoit; devenu Técueil fatal du repos et du bonheur des hommes.

La naissance de J>w C..^ en côerigeant le; monde de cette erreaif , yrétablit la paix , que l'orgueil avoit bannie dèiajtesre. Il pouvoit se manifester aux hommes avec tous les traito > cclatans qne les Prophètes lui avotent attribués; il pouvoit prendre' les titres pompeux de Conquérant de Juda, de Législateur des PeupleSf.de Libérateur

d*Israèl : Jérasalem , à ces caractères glorieux , auroît recontm eettri qu'elle attendoit ; mais Jérusalem ne yoyoit dans ces titres qu'une gloire humaibe , et J. C. vient la détromper, et lui apprendre que cette gloire n'est rien ; qu'une pareille attente n*eût pas été digne des oracles de tant de Prophètes qui Tavoient annoncé; que l'Esprit- Saint, qui les avoit inspirés, ne pouvoit promettre que la sainteté et des biens éternels aux hommes ; que tous les autres biens, loin de les rendre heureux, multiplioient leurs malheurs et, leurs primes } et que son ministère visible n'alloit répondre aux promesses éclatante» qui l'annonçoient depuis tant de siècles, que parce qu'il seroit tout spirituel ,.et qu'il ne se proposeroit que le salut de tous les hommes.

Aussi il natt à Bethléem dans un état pauvre et abject ; sans appareil extérieur , lui dont les cantiques de toute la milice du ciel ceîébroient alors la naissance ; sans titres qui le distinguent aux yeux des hommes, lui qui étoit élevé au dessus de toute principauté et de toute puissance ; il soulfre que son nom soit inscrit avec les noms les plus obscurs des sujets de César , lui , dont le nom étoit au-dessus de tout autre nom, M qui seul avi/ft fe droit d'écrire le nonn de ses Elus dans le livre Ire l'éternité; des Pasteurs simples et grossiers tout seuls viennent lui rendre hommage, lui, devant qui tout ce qu'il y*a de grand dans le ciel, sur la terre et dans les enfers , doit fléchir le genou : enfin, tout ce qui peut confondre Torgueil hu- , main est rassemblé dans le spectacle de sa naissance. Si les titres , si rélévation , si les prospérités avoient pu nons rendre heureux icibas, et mettre la paix dans notre cœur, J* C. en auroit paru revêtu » et auroit apporté ces biens à ses Disciples. Mais il ne nous apporte la paixqu*en les méprisant , et en nous apprenant à les mépriser nousmêmes ; il ne vient nous rendre heureux , qu'envenant réprimer les désirs qui jusques-là avoient formé toutes nos inquiétudes; il vient nous montrer des biens plus réels et plus durables , seuls capables de calmer nos cœurs , de remplir nos désirs , de soulager nos peines ; des biens que les hdmmes ne peuvent nous ôter, et qu'il«suffît d'aimer et de désirer , pour être assuré de les posséder.

Cependant, cette paix heureuse, qui la goûte ?yLes guerres, les troubles , les fureurs en sont>%lles plus rares dans l'Univers depuis sa naissance ? les empires et les états qui l'adorent , en sont- ils plus pai-sibles? l'orgueil , qu'il est venu anéantir, en met>il moins le tumulte et la confusion parmi les hommes ? Cherchez au milieu des Chrétiens cette paix qui devroit être leur héritage : où la trouverez-n^us? Dans les villes : l'orgueil y met tout en mouvement ; chacun veut monter plus haut que ses ancêtres ; un seul, que la fortune élève, j fait mille malheureux , qui suivent ses traces, sans pouvoir atteindre où il est parvenu. Dans r«nceinte des murs domestiques ? elle ne cache que des soins et des inquiétudes; et le père de faiçillé, sans cesse occupé , agité, plus de l'avancement que de l'éducation chrétienne des siens , leur laisse pour héritage ses agitations et ses inquiétudes, qu'ils transmettront un jour eux-mêmes à leurs descendans.

Dans le palaÈis des Rois ? mais c'est ici qu'une ambition démesurée ronge , dévore tous les cœurs ; c'est ici que , sous les dehors spécieux de la joie et de la tranquillité ^ se nourrissent les passions les pins violentes étales plus amères ; c'est ici ou le bonheur semble résider , et où l'orgueil fait phis de malheureux et de mécontens. Dans le' Sanctuaire ? hélas î cedevroit être là sans doute l'asile de la paix ; mais^ l'ambition est entrée même dans le lieu saint : on y cherche plus à s'élever qu'à se rendre utile à ses frères ; les dignités saintes de l'Eglise deviennent , comme celles du siècle , le prix de l'intrigue et de» eropressemens ; la religieuse circonspection du Prince ne peut arrêter les sollicitations et les pratiques] secrètes ; on y voit la mêmef vivacité dans les concurrences , la même tristesse dans l'oubli où l'on nous laisse , 1^ même jalousie envers ceux qu'on nous préfère. %nL ministère qu'on ne devroit accepter qu'en tremblant, on le brigue avec audace; on s'assied dans le temple de Dieu, sans y avoir été placé de sa main; on est à la tête dn troupeau, sans l'agrément de celui à qui il appartient, et sans qu'il nous ait dit, comme à Pierre 2 Paissez mes brebis [Joan. 21 ; ï7 ) ; et comme on en a pris le soia sans vocation et sans talent, on le conduit san3 édification et sans fruit, hélas ! et souvent avec scandale. O paix de J. C. ! qui surpassez tout sentiment , seul remède des troubles que l'orgueil ne cesse d'exciter dans nos cœurs , qui pourra donc vous donner à l'homme ?

Mais , en second lieu , si les inquiétudes de l'orgueil avoient banni la paix de la terre , les désirs impurs delà chair n'y avoient pas excité moins de troubles. L'homme, ne se souvenant plus de Texcellence de sa nature et de la sainteté de son origine , se livroit sans scrupule, comme les bêtes, à l'impétuosité de cet instinct brutal. Le trouvant dans son cœur le plus violent et le plus universel de ses penchans <, il le ,croyoit aussi le plus innocent et le plus légitime. Pour l'autoriser même davantage, il le fit entrer dans son culte, et se forma des dieux impurs , "dans le temple desquels ce vice infâme, devenoit le seul hommage qui honoroit leurs autels. Un Philosophe même, le plus sage d'ailleurs des Païens , craignant que le mariage ne mit uife espèce de frein à cette passion déplorable , avoit voulu abolir ce lien sacré, permettre une brutale confusion parmi les hommes , comme pai^i les animaux , et ne multipliée le genre humain que par des crimes. Plus ce vice étoit universel , plusil perdoit le nom de vice, et cependhnt quel déluge de maux n'avoit-il pas répand« sur la terre ? Avec quelle fureur ne l'avoit-on pas vu arn>er les peuples contre les peuples , les rois contre les rois , le sang contre le sang, les frères contre les frères; porter par-tout le trouble et le carnage, et ébranler l'Univers entier? Les ruines des villes < les débris des Empires les plus florissans , les sceptres et les couronnes renversés devenoient les nnnumens pul^ics et lugubres que chaque siècle élevoit, pour conserver, ce semble, aux âges suivan* < le souvenir et la tradition funeste des calamités dont ce vice n'aVoit cessé d'affliger le genre humain. Il devenoit lui-même un fonds'inépuisable Massiilon, tome i. 10

i4C LE JOUÏl DE WOEL.

de tronbléf et de clKi|^ins poar rhomme qui s'y liTTOît aior* mm mesure* Il prolnetfoit la paix et les plaisirs 9 tnaia les jakmaies , les soupçons 9 les fureurs, les excès ,.les dë{;oÂts , les in«oiwUmoes, les noirs chagrins marcboiei^t toujours sur ses pai; juéques-là que les lois 9 la religion ^ Texemple oommitii raotorisaiit , le atttl anhour du repos datis ces siècles mêmes de ténèbres et de eo^nj^tmi i cr éloignoit un petit nombre de Sages.

Mais ce motif étoit trop foible pour en arrêter le cours impétueux , et en éteindre les feux dans le cœur dès boinmes : il falloir un remède plus puissant ; et c'est la naissance du Libérateur, oui vient retirer les hommes de cet abîme de corruption , pont les renore pii^ et sans tache , les dégager de ces liens honteux^ et leur donner la paix en leur rendant ta liberté et l'innocence, que4â serritnde et la tyrannie de ce vice leur avoit 6tées. Il naît d^une Mère vierge, et la plus pure de tontes les créatures : par-là il met déjà en honneur une vertu inconnue au mdnde, et que son peuplé méiùe fegardoit comme un opprobre. De plus , en s*untssant à nous , il devient notre chef; nous incorpore avec lui, nous fait devenir les membres de son corps mystique , de ce corps qui ne reçoit plus de vie et d'inâtience que de lui, de ce corps dont tous les miilistères sont saints, qui doit être assis à là droite du pieu viipant , et le glorifie^ dads tous les flfiècies.

Voilà , M. F. , à quel degré d'honneur J. C. dans ce mystère élève notre chair : il en fait le temple de Dieu « le sanctuaire de TEsprit- Saint i la portion d'un corps , où la plénitude de la Divinité réside ^ l'objet de la complaisance et de Tamour de sOn Père. Mais ne prola^ nons-noui pas encore ce tenple saint ? ne faisons-ncram pas encore servir à l'ignominie les membres de J. C^? en respectons-nous plus notre chair , depuis qu'elle est devenue nue portion sainte de son corps mystique? Cette passion honteuse n'exerce>t-eile pas encore la même tyruaniç sur les Chrétiens^ c'est«à-dire^ sur les enfansde la sainteté et de la liberté ? ne trouble-t-elle pas encore la paix de l'Univers^ la tranquillité des Empires, le repos des familles, l'ordre de la société y la bonne foi des mariages , Tinnocénce des cc^merces,* la destinée de chaque particilli^? ne donne^-t-elle pas encore àons les jonrs des spectacles tragiques au monde? rypecte-t-elle les liens les plus sacrés et les caracières les plus respectables ? ne compte-telle pas pour ri«a tous les devoirs ? compit-t-elle pour beaucoup les bienséances mêmel Pet iie fait-elle pas de la société entière une eonfusion affreuse , oà l'usage a effacé tontes lés règles ? Vous même^ qni n'écoutes, d'où sont venus tous les malheurs et tous les chagrins de votre vie , n'est-ce pas de cette passion déplorable ? N'est-ce pas elle qui aremrerséVDtrv fortune; qui a mis le trouble et la divisi<m dans l'enoeiate même d« votre famille; qui a«nglouti le patrimoine de vos pères 9 qui a déshonoré votre nom , qui a ruiné votre santé ^ et qni vous fait mener une vie triste et ignominieuse sur la terre? n'est* ce pas elle eu moins ^ qui actuellement déchire votre cœur quelle

ponèdeP Qo« se paue*t'^il au-dedans de Tons, qu'âne révolution tu* multuewe de frayeurs , de désirs , de jalousies , de défiances , de dé* goAts ,~de noirceurs , de dépits ^ de dbagrins , de fureurs ? Et aveft«- Tons goèAé un seul moment de paix y depuis que . cette passioii a souillé Yotre ame, et est venue troubler tout le repos de votre vie? Faîtes rewsltre J. C. dans votre cfeur^ lui seul peut être votre paix véritable : cbassea-en les esprits impurs, et la maison île voire «me sera paisible : redevenez un enfant de la grâce ; rinnocenee est la seule source de la tranquillité.

Enfin, la naissance de J. C réconcilie les hommes avec son Père: elle réunit les Gentils et les Juifs; elle anéantit toutes ces distinction» odieuses de Grec et de Barbare , de Romaiti et de Scythe ; elle éteint tontes les inimitiés et tontes les haines; de tous )es peuples elle n*en fait plus qu'un peuple; de tous ses disciples , qu*un cœur et qu'une ame : dernier genre de pait qu'elle vient apporter aux hommes. Ils n'étoîent liés auparavant entre eux , ni par le culte, ni par une espé rance commune , ni par Talliance nouvelle^ qui dans un ennemi nous découvre un frère, ils se regardoient presque comme des créatures d'une espèce différente : la diversité des religions , dts mœurs , des p«ys,des langages, des intérêts, a voit, ce semble, diversifié en eux la même nature ; à peine se reconnoissoient*ils mutuellement à la figure de l'humanité , le seul signe d'union qui leur restoit encore. Ils s'exterminoient comme des bêtes féroces, ils faisoient consister leur gloire à dépeupler la terre de leurs semblables , et à porter en triomphe leurs ^têtes sanglantes , comme les monumens éclatans de leur victoire : on anroit dit qu'ils tenoient leur être de différens créateurs irréconciliables, toujours occupés à se détruire, et qui ne les a voient placés ici-bas que pour venger leur querelle et terminer leurs différends par l'extinction universelle de l'un des deux partis : tout divisoit les hommes, et rien ne les lioit entre eux que leà passions et les intérêts, qui éloient eux-mêmes la source unique de leurs divisions et de leur discorde.

Mais J. C. est devenu notre paix, notre réconciliation, la pierre angulaire qui rassemble et réunit tout Tédifice, le chef vivifiant qui unit tous ses membres , et n'en fait qu'un même corps. Tout nous lie à lui ; et tout ce qui nous lie à lui , nous unit ensemble. C'est le même esprit qui nous anime, la même espérance qui nous soutient, le même sein qui nous enfante , le même bercail qui nous rassemble, et le même pasteur qui nous conduit : nous sommes les enfans d'un même père* les héritiers des mêmes promisses , les citoyens de la même cité étemelle 9 les membres d'un même corps.

Or, M« F. , tant de liens sacrés ont*ils pu réussir à nous unir en- •emble f Le Christianisme , qui ne devoit être que l'union des cœurs, le lien des fidèles entre eux , et de J. C. avec les fidèles , et qui de^- ▼oit retracer l'image de la paix dn ciel sur la terre, le Christianisme n'est plus lui-même qu'un théâtre affreux de dissent ions et de troubles; la guette et la foreur semblent avoir éubli parmi les Chrétiens une

demeure éternelle; la religion, qui devoît les unir, les divîs€ ellemême. L'infidèle, Tennemide J. C. , les enfansdufaux Prophète, qui n*est -venu porter que la guerre et le carnage parmi les hommes, sont en paix; et les enfans de la paix et les disciples de celui <;fni -vient l'apporter aujourd'hui aux hommes , ont toujours en main le fer et le feu les uns contre les autres ! Je le dis hardiment devant un Prince, qui a mille fois préféré la paix à la victoire. Les Rois s'élèvent contre les Rois , les peuples contre les peuples ; les mers qui les séparent les rejoignent pour s*entre -détruire-; un vil monceau de pierres arme leur fureur et leur vengeance : et des nations entières vont périr et s'ensevelir sous ses murs , pour disputer à qui demeureront ses ruines. La terre n'est pas assez vaste pour les contenir et les fixer chacun dans les bornes que la nature elle-même semble avoir mise aux Etats et aux Empires : chacun veut usurper sur son Toisin; et un misérable champ de bataille, qui suffit à peine pour la sépulture de ceux qui l'ont disputé , devient le prix des ruisseaux de sang 9 dont il demeure à jamais souillé» O divin réconcilîateur des hommes! revenez donc encore sur la terre; puisque la paix que vous y apportâtes en naissant , laisse encore tant de guerres et de calamités dans l'Univers !

Ce n'est pas tout : l'enceinte elle-même des villes, qui nous unît sous les mêmes lois , ne réunit pas les cœurs et les affections ; les haines , les jalousies divisent les citoyens, comme elles divisent les nations ; les animosités se perpétuent dans les familles , et les p^res les transmettent aux enfans, comme un héritage de malédiction. L'autorité du Prince a beau désarmer le bras , elle ne désarme pas les cœurs; il a beau ôter le glaive des mains, on perce mille fois plus cruellement son ennemi avec le glaive de la langue : la haine, obligée de se renfermer au dedans , en devient plus profonde et plus amère ; et pardonner est une foiblesse qui déshonore. Oh ! M. F. , J. C. est donc descendu en vain sur la terre ? £1 est venu nous apporter la paix ; il nous l'a laissée comme son héritage; il ne nous a rien tant recommandé que de nous aimer : et l'union et la paix semblent bantiies du milieu de nous ; et les haines partagent encore la Cour, la ville , les familles ; et ceux que les places , que les intérêts de l'Etat , que les bienséances mêmes , que le sang du moins devroit unir , se déchirent , se dévorent , voudroient se détruire , et s'élever sur les ruines les uns des autres ; et la religion qui nous montre nos frères dans nos ennemis, n'est plus écoutée ; et la menace qui nous fait attendre la même sévérité de la part de Dieu, que nous aurons eue pour -nos frères , ne nous touche plus ; et tous ces motifs si capables d'adoucir le cœur, y laissent encore toute l'amertume de la haine! "Nous vivons tranquillement dans cet état affreux ; l'équité de nos plaintes envers nos ennemis nous'calme sur l'injustice de notre haine et de notre éloignement pour eux ; et si nous nous en rapprochons à la mort , ce n'est [as que nous les .aimions , c'est que le cœur mourant n'a plus la force de les haïr; c'eçt que tous nos sentimens sont 2 iresque éteints , ou du moins, c'est que nous ne sentons plusriea

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