‹ Œuvres de Massillon, ci-devant prêtre de l'ortoire, évêque de Clermont l'un des quarante de l'Académie FrançoiseChapitre 37 sur 131 · DISPOSITIONS A LA, COMMUNION · texte numérisé non relu

DISPOSITIONS A LA, COMMUNION

puisque TOUS êtes arec 'nom : que des armées entières nous environnent, nous ne serons point ttonblés, nos ennemis peuvent perdre notre corps, et même en dissiper les restes; mais vous nous le rendrez glorieux et immortel. Eh ! qui peut perdre Ceux que le Père Toas a donnés ? Heureuses chaînes que vous daignez soutenir I saintes prisons que von» consacrez par votre présence ! ténèbres ai* niables où vous remplissez nos âmes de tant de lumières ! mort précieuse qui va nous unir à vous , et déchirer les voiles qui vous dé* robent à nos yeiïx I Delà , quelle force dans les tourmens ! Pleins de la chair de J. C* , teints de son sang , ils sortoient , dit saint Ghrysost^me , de leurs cachots comme des lions encore tout san-' glans et altérés de mort et de carnage; ils voloient sur les échafauds; ils y port oient une sainte fierté, lancoient çà et là des regards de constance et de magnanimité qui glaçoient les tyrans les plus barbares » et désarmoient leurs propres bourreaux ; ils annonçoieut donc la mort du Seigneur , en se préparant au martyre par la cornmonion,

La tranquillité de nos siècles et la religion des Césars ne nous laissent plus le même espoir; la mort n'est plus la récompense de la foi , et TEucharistie ne fait plus de martyrs ; mais n'avons-nous pas des persécuteurs domestiques? notre foi n^a-t-elle à craindre que les tyrans ? et n*y a-t-il pas un martyre d*amour comme un martyre de sang ? En approchant donc de l^àutel^ M. F. » une ame fidèle ^ou-> pire après la dissolution de son corps terrestre ; car pourroit-elle aimer cette vie^ et annoncer la mort de J. C. ^ et retracer dans ces lignes mystiques sa sortie du monde pour aller à son Père ; elle se plaint que son exil est trop prolongé 9 elle porte au pied du sanctnaire un esprit de mort et de martyre. Ah I Seigneur , puisque vous êtes mort et orucifiê au monde^ pourquoi m*y retenez-voul ? que puis- je trouver sur la terre digne de mon cœur , vous h*y étant plas? le niystère lui-même qui devoit me consoler par votre pré- Bence» me fait souvenir de votre mort : ces voiles qui vous couvrent , sont un artifice de votre amour ; et vous ne vous cachez à demi, que ponr réveiller dans mon cœur le désir de vous voir à découvert* Vaines créatures , que m'ofFrez-vous qu*un vide affreux du Dieu que jecberche? Que me répondez-vous, lorsque mon cœur séduit se tourne de votre côté pour y charmer èe% inquiétudes ? Retourne, m^ dites-vous , à celui qui nous a faites ; nous gémissons en attendantr qu'il vint nous délivrer de ce triste assujettissement , qui nous fait servir aux passions et aux erreurs des hommes : ne le cherche point tn milieu de nous, tu ne Vj trouveras pas , il est ressuscité , il n'est plos ici ; s'il paroit , ce n'est que pour mourir encore tous les jours ; ,

teprends les désirs et les affections que tu vouloîs nous donner , et i

l« détourne vers le ciel; Tépoux a été enlevé , la terre désormais »'est plas pour un Chrétien qu'un séjour de soupirs et de larmes : ▼oilà ce qu'elles me répondent. Qui me retient donc ici bas , Seigneur? quels sont les liens et les charmes qui peuvent ^n'attacher * Is terre i Inquiète dans les plaisirs , impatiente dans Tabsence ,■

isB - IV« DIMANCHE DE L'AVENT.

ennny^e des entretiens et du commerce def hommes ^ effrayée de Ist solUude , sans goût pour le mpmk , sans gdut pour la vertu , faisant le mal que je hais, ne faisant pas le bien que je voudrois y qui me retient ? qui diffère la dissoltttion de ce corps de péel^é? qui m'em* pèche de voler avec les ailes delà colombe sur la sainte montagne ? Je serois heureuse , Seigiieur^je le sens;. je pourrois à toutes les heures me nourrir de ce pain délicieux ; je ne goûte de véritable joie qu*aux pieds de vos autels; ce sont là les momeus les plus heureux de ma vie ; mais ils durent si peu , il faut se reoga^r si vite dans les ennuis et les désagrémen.^ dii siècle; mais il faut &*éloîgner de. vous pour si long- temps j non, Seigneur, il n'y a point de parfait bonheur sur la terr^y et la. mort est un gain à qui sait vous aimer.

Sont-cé là nos sentimens , M. F. , quand nous approchons des antels? Où sont aujourd'htii Içs Chrétiens, qui, cottime les premiers Fidèles , attendent la bienheureuse espéraïicé , et hâtent par leurs soupirs la fin de leur exil , et Tavènement de J. C. ? C'est un raffine- Tnent de piété qu'on n'entend point; c*estun langage presque de contemplatif; et cependant c^est le fondement de la religion et la première démarche de la foi. On regarde la nécessité de monrir comme une peine cruelle, la seule idée de la mort qui consoloit tant nos pères , nous fait frémir; la fin de la vie est le terme de nos plaisirs , au lien d'être celui de nos peines ; on la ménage aux dépens de la loi de Dieu et des obligations de r£glii»e: les soins qui aboutissent au corps sont infinis; nos précautions sur ce point vont jusqu'à la foiblesse; où s'il arrive quelquefois de souhaiter ce dernier moment, c'est lassitude de la vie et de ses chagrins , c'est une disgrâce, une infirmité habituelle qui nous mine , une révolution dans nos affaires , qui ne nous laisse plus espérer de plaisirs en ce monde , un établissement matkqtié , une mort , un accident, enfin un dégoût et un souhait d'amour-proftre ; on s'ennuie d'être malheureux , mais ou n^est point empressé d'aller se réunira J. C. ; et là-dessus on vient manger la Cène' du Seigneur, se renouveler le souvenir de sa passion, et an^ aoncer sa mort jusqu^à ce qu'il vienne ; quelle indignité!

En second lieu y on annonce sa mort dans ce mystère , parce que Judasy forma comme la dernière résolution delelivrer. Or,''qu'exige de npu ce souvenir ? ah ! M. F. , un désir ardent de réparer par nos honain^agés l'impiété de tant de communions monstrueuses qui cru-, cifient.de nouveau J. C. Tant de ministi^es perfides l'offreiit daua tous l^es lieux où son nom est connu , avec des mains sacrilèges ; tant de pécheurs impudiques, vindicatifs, mondains, ravisseurs , de tous les peuples , de toutes les nations, le reçoivent dans des bouches profanes I iious devons sentir les outrages q.n'y souffre J. C; nous confondre devant lui , sur ce que le plus signalé de ses bienfaits est

;poser aux indignî pécheurs 4e totts les siècles et de tous, les temps qui Tont deshonoré

DISPOSITIONS, A LÀ COMMUNION. ia^ «t x}iii le désbonorent ; détourner par les krraes de notre cœur , et |>ar mille gémi ssemens secrets, les fléaux, que les communions indignes ne manquent jamais d'attirer sur la terre. Car si TApôire se plaignoit autrefois que les corps frappés de plaies » les maladies po- ^ pulaires , les morts soudaines n'étoient qu'une suite de ce Sacrement profané; ah! tous nous frappes depuis long-temps, Seigneur, vous versez sur nos villes et sur nos provinces la coupe de votre fureur; vous arme^ les Bois contre les Rois , et les peuples contre les peuples; on n'entend parler que de combats et de bruits de guerre, vous faites pleuvoir du ciel la stérilité sur nos campagnes ^ le glaive de l'ennemi dépeuple nos familles , et été aux pères la consolation de leurs vieux ans , nous gémissons sous des charges qui en éloignant ^ de nos murs T'ennemi de l'Etat , nous livrent à la faim et à la misère; les arts sont presque inutiles au peuple, les gains et les trafics lan-> gaissenty et l'industrie peut à peine fournir aux besoins; les calamités secrètes et connues de vous seul « sont encore plus touchantes que les publiques ; nous avons vu la faim et la mort moissonner nos citoyens , et changer nos villes en déserts affreux ; l'ennemi de votre nom profite de nos dissentions , et usurpe vdlre héritage.

D'où partent ces fléaux si longs et si terribles, grand Dieu ? où se forment ces nuées de fureur et d'indignation , qui éclatent depuis si long-temps sur nos tètes ? n'êtes- vous pas armé peur punir les sacri- C léges ? les attentats que l'on commet tous les jours aux pieds de vos autels contre votre corps ^ ne nous attirent-ils pas ces marques de votre colère? £h I frappez-noxis donc^ Seigneur; vengez votre gloire, ordonnez àl'Atigequi est dans les airs, de ne pas arrêter son bras , qu'il n'épargne pas les maisons où sont encore empreintes les traces d'un sang profané : votre courroux est juste. Mais , non ^ ne vengez point des crimes par d'autres crimes , donnez la paix à nos jours , écoutez les cris des Justes qui vous la demandent : Seigneur, vous disent-ils avec le Prophète, nous attendions laptUx, et ce bien n*est , pas encore venu (ferem. 8 ; 1 5). Faites cesser les profanations que les guerres traînent toujours après elles; ne punissez plus les sacrilèges en les multipliant sur la terre; rendez la majesté à tant de temples profanés, le culte et la dignité à tant d'Eglises dépouillées, la splendeur et la magnificence à tant d'autels renvei;sés , la paix à nos villes ; l'abondance à nos familles , la consolation et l'allégresse à Israël ; ren« dez les enfans aux pères , et aux épouses désolées leurs époux ; et si nos malbeurs ne vous touchent pas, laissez-vous toucher du moins à ceux de votre Eglise.

On annonce en troisième lieu , la mort du Seigneur dans ce mystère , parce que J. C. s'y immole lui-même, par Xa séparation mystique de son corps'et de son sang. Que s'ensuit-il delà ? qu'il faut être aax pieds des autels comme si nous étions au pie4 de la cr,oix ; entrer dans les dispositions des Disciples et des femmes de Jérusalem qui recueillirent les derniers soupirs de Jésus mourant , et furen t présens à la consommation de son sacrifice. Oij «l^^I éloignement Massillon. tojss i* 9

î3o IV* DIMANCHE DE L'AVENT.

ii*avoieiit'ils pas ponr un monde qni crucifioit lenr maître ? qa*a^ Toient-ils. encore à ménager arec ses meurtriers? craignoient-ils de se déclarer les Disciples de celui qui se déclaroit si hautement leur Sauveur , et au prix de tout son sang ? ne disoient^ils pas ad Père céleste : £k ! frappez nous nous-mènieSf Seigneur, qui sommes lea coupables \ épargnez riniH>cent, Quelle horreur ponr leurs fautes passées qui attachoient un si bon inaitre à la croix ! quelle nupres* aion sensible de ses souffrances dans leur cœur ! Ainsi, M« F. , mé* nager encore le sîècfle, n^oser se déclarer qu'à demi pour la piété , rougir de la croix de J. C. , se mesurer dans ses démarche» de déyotion de telle sorte, qu'il y règne encore un air et un goût du monde, qui se méie, pour ainsi dire, dans les intérêts de notre Tcrtu; ne pas confesser J. C. la tète lerée; n^oser se dispenser d'un speetacle où il est moqué , d'une assemblée où il est offensé „ d'une d^narche dont rSnnoceiice ne peut sortir entière , d'une bienséance dont le» devoirs de la religion souffrent, de je ne sais quel train de yie dont le monde tous fait une nécessité , de certaines maximes qui bles^nt rSyan^le et que l'usage tous donne pour des lois; prétendre user de ces ménagemen», et néanmoins Tenir manger la Pâque aTec les Disciples de J« C. ; oonserrer encore des intelligences ayec ses ennemis, et s'asseoir à sa table; estimer les maximes qui le crucifient, €t Touloir être les spectateurs et les compagnons fidèles de sa croix ; ah ! c'est une contradiction.

Il a Tainctt 1« monde ; il l'a attaché à «a efoix , il a fait expirer ATec lui ses erreur» et se» maxime». : doue, énoncer $a mort dans la communion , c'e»t rappeler le souvenir desaTictoire* £tsi le monde Tit et règne encoce dans Totre cœur , lil. F. , ne; détRuUo^ryous pa» le fruit de sa mort? ne disputjezrTOu» pa» à J» C« l'honneur de son triomphe? et an lieu d'annoncer sa mort y ne veneiï^TOu» pas la renouTcler aTec se» ena«nis ?

D'ailleurs , on annonce en quatrième lieu sa mort dan» ce mystère , parce qu'il est la consommation du sacrifice de la' croix , et iqu'il nous en applique le fruit. Or , qui nous donne droit au irmt de la croix, et par conséquent à la communion? les souffrafices , les mortifications, uncTie pénitente et intérieure. Car, dites-moi, T^Tant dans les délices , oserez-Tous Venir annoncer la mort du SauTcur ? C|serez>Tous nourrir un corps comme le TÔtre , amolli par le» plaisirs, flatté^ carressé, oserez*Tons , dis-je, lenourrir d'une chair crucifiée ? Oserez-TOus , incorporer J, G. mourant et couronné d'épines » dans des membres délicats et sensuels ? cet assortiment ne seroit-il pas monsteueux ? Oserea^vouseadhangeant sârehair euTotre propre substance, la transformes en une chair molle et Toluptueuse ? eh ! ce seroit ipn attentat; Pour tous nourmr de la chair de J« €« ^ il faut que TO» membres puissent dcTenir ses^mcmbses; queson Qorp9 puisse prendx« ia figure do TÔtre. Or , son corps, est un. corps crucifié', ses . membres sont de» membre». sou£&an» : et si tous tItcz sans souf^ir ; »i Tousnepottcspas la mortification de J.C. surTOtrecorps^sipeut-

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être vous n^avez jamais fait à vos sens et à vos désirs aucune violence; si vos jours se passent dans une tranquille mollesse , si les afflictions vous impatientent , si tout ce qui contrarie votre humeur , vous révolte ; si vous ne vous prescrivez point d'oeuvres mortifiantes ; si celles que le Ciel vous ménage , ne sont pas bien reçues , comment voulez*Vous unir votre chair à la chair de J. C? On n*y pense point, M. F.; et cependant une vie fnoUe et sensuelle ne peut-être qu'un préjugé d'une communion indigne.

Enfin , on annonce la mort du Seigneur dans ce mystère , parce qu'il y est lui-même, comme dans un état de mort. Il a une bouche, et ne parle pas ; des yeux , et ne s'en sert pas ; des pieds , et ne marche pas. Regardez donc^ M. F. , et faites selon ce modèle : voilà comme vous devez annoncer sa mort en participant à son corps : il faut y porter des yeux instruits à être fermés pour la terre, une langue ac* coutumée au silence ou à des discours de Dieu , Comme parle saint Paul ; des pieds , des mains immobiles pour les œuvres de péché ; des sens ou éteints ou mortifiés ; en un mot , y porter une mort uni-» -verselle sur votre corps : l'état de J. C^ dans l'Eucharistie, est l'état du Chrétien sur la terre ; un état de retraite , de silence , de patience, d'hnmiliation , de divorce avec les sens. Car, qu'est-ce que J. C. dans l'EuchariAie ? Il est dans le monde comme s'il n'y étoit point; il est au milieu des hommes y mais invisible ; il entend leurs vains discours , leurs conseils chimériques , leurs espérances frivoles , mais il n'y prend aucune part; il voit leurs sollicitudes, leurs agitations, letifs entreprises , et il les laisse faire; on lui reud des honneurs divins, et on l'outrage, et toujours le même, il paroit insensible aux insultes comme aux hommages : il voit renouveler les siècles , les empires , les familles , les mœurs changer, le goût des hommes et des âges varier^ les coutumes s'éteindre et puis revivre , la figure de ce monde dans une révolution continuelle,, les hérésies prévaloir. Son héritage déchiré, des guerres, des séditions, des bouleversemens soudains , TUnivers entier ébranlé \ et U est tranquille sur ses ruines , et rien ne le tire de son application intime et ineffable à son Père ; et rien ne trouble le repos divin dé son sanctuaire , où il est toujours vivant , afin d'intercéder pour nous.

Regardez ^ encore une fois , et fait^ selon té modèle. Portottsnons à la table sacrée des yeux fermés depuis loià g- temps à tout ce qui peut blesser t«otre ame ; une langue environnée d'un=e gardé de circonspection et de pudeur; des oreilles chastes et impénéttd^bles aux siffiemens da serpent, et à la volupté des sons et de» Voix si propres à amolliv le coour ; uûe ameinsenslble aux mépris comme aux louanges ; une aflfie ftors d^ la portée dés événemeïis d'ici-bas, à l'épfeuve des révolutioufif de k vie; é|^le dans la bonne et dàtiS la mauvaise foflune; voyant ave*fe des yeux étrangers , indifférées, tout ce qui se passe ici^bas ; estimant les biens et les maux qui lui arrivent comme chose qui nela regarde pas ; et à travers toutes les agitations de la terre, le tumulte des sens , la contradiction des langues, les vaines

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entreprises des hommes , toujours attentiVe à ne pas se laisser ravi ^ la paix de son cœur, à mareher toujours d'un pas égal vers Téternité 9 à ne point perdre de Yue son Dieu 9 et à avoir toujours sa conversation dans le ciel?

Ce n*est pas que je veuille exclure de l'antel tous ceux qui n*ont pas encore atteint cet état de mort : hélas I c'est Taffaire de toute la vie; et la chair de J. C. est un secours établi pour nous fortifier et nous aider dans cette entreprise. Mais il £aut y tendre pour ne pas approcher de Tautel indignement ; il faut être aux prises avec ses sens , avec sa corruption , avec ses foiblesses , et se gagner tous les jours sur quelque article ; il faut pratiquer Tabnégation chrétienne; il faut expier par la retraite^ par le silence, par les larmes, par la prière, par les macérations, les victoires journalières que les impressions du monde et des sens remportent sur nous; il faut se relever avec avantage de ses chutes. Mais je veux vous donner à entendre , qu*une communion n'est pas l'affaire d'un jour et d'une so« lennité; que toute notre vie doit être une préparation à l'Eucharis^ tie ; que toutes nos actions doivent être comme des pas qui nous conduisent à l'autel ; que la vie de la plupart des gens du monde , de ceux mêmes qui ne sont pas dans le désordre , qui ne se gênent sur rien , qui vivent selon les sens, qui ne sont vifs^que sur les intérêts de la terre, est une vie qui n annonce pas la mort du Seigneur, et qui dès-là vous exclut de ce mystère. Je veux vous faire comprendre que l'Eucharistie est un festin,' si je l'ose dire, de deuil et de mort; que les joies, les plaisirs, les vaincs décorations Réparent cette table sacrée , et vous font rejeter comme celui qui s'y présente avec un habit sale et déchiré : qu'on ne peut pas se nourrir en même temps, et des viandes d'ici-bas et du pain du ciel ; et que du moment que les Israélites arrivés sur les frontières de Canaan eurent commencé à manger les fruits de la terre, dit TËcriture, la manne cessa de tomber, et ils n'usèrent plus depuis de cette nourriture céleste : DefecUque manna postquàm comederunt de frugihus tcrrœ {Jos. 5 ; 12 ). Je veux vous faire comprendre que ce Sacrement est le fruit et non pas la marque de la pénitence ; que ces communions dont une solennité décide, font plus de profanateurs que d'adorateurs véritables ; qu'on ne peut se nourrir du corps de J. C. sans vivre de son esprit 9 qu'il faut même que la plénitude de l'Esprit- Saint 7*epose sur une ame comme sur Marie, avant que J. C. vienne dans elle comme s'y incarner de nouveau. Je veux vous faire comprendre que la lecture des Livres saints , et les rigueurs salutaires j de la pénitence, doivent préparer dans nos cœurs une demeure à J. C. , afin que nous soyons comme des arches saintes, et que cette manne céleste y repose au milieu des tables de la Loi et de la verge d'Aaron. Je veux vous faire comprendre que rien ne doit tant vous faire trembler, vous qui vivez dans les dangers du siècle et qui hi aimez, que toutes les communions que vous avez faîtes avant que de vous être éprouvés , ^ avec la seule précaution d'une confession. Je J veux vous faire comprendre que le pain dévie se change en poison pour |

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la plupart des Fidèles ; que Tautel volt presque plus de crimes que le théâtre ; que J. C. est plus outragé dans son sanctuaire, que dans les assemblées des pécheurs; et que les solennités ne sont plus que des mystères de deuil pour lui, et des jours établis pour le déshonorer. Je veux , en un mot , vous faire comprendre que pour en approcher dignement, il faut une foi respectueuse qui nous fasse discerner; une foi prudente qui |ious fasse éprouver; une foi vive qui nousiasse aimer ; une foi généreuse qui nous fasse immoler : hors delà , c'est se rendre coupable du corps et du sang du Seigneur ; c'est manger et boire son jugement.

Ab ! Seigneur, que j*ai peu connu jusqu'ici Tinnocence et Tex* tréme pureté , que vous demandez de ceux qui viennent se nourrir de ce pain céleste! Le Centenier, cet homme d'une foi si vive, si humble , si éclairée ; cet homme si riche en bonnes œuvres , qui aimoit votre peuple, qui élevoit des édifices sacrés en votre nom, destinés aux prières publiques et à l'interprétation de vos Ecritures ; cet homme ne se croit pas digne de vous recevoir même dans sa maison : la plus pure même des Vierges, lorsqu'un Ange lui annonce que TOUS allez descendre dans son sein , en est effrayée ; elle entre dans son néant, et s'il lui reste encore la force de parler, c'est pour demander comment cela se pourra faire. £t,qui suis-je, Seigneur, pour oser m'asseoir à votre table avec si peu de précaution , moi qui viens paraître vide devant vous; moi qui n'ai a vous offriir que les restes d'un cœur que le monde a occupé si long-temps ; moi qui ne sois à vons que par intervalles, et qui laisse encore aux créatures et aax passions le fond et l'état de mon cœur; moi qui ne porte à vos autels que de foibles essais de salut , et des œuvres consommées de péché ; moi qui n'ai par^dessus les autres pécheurs que l'abus de vos grâces ; que des lumières inutiles ; que des sentimens qui s'exhalent par désirs ; que mille inspirations qui n'obtiennent jamais de moi que de vaines démarches de conversion ; qu'un cœur incapable de se familiariser ni avec le péché , ni avec la vertu ; qu'un naturel heureux et presque de son propre fonds, ennemi des excès et du vice» et que j'ai pourtant altéré.

Ah ! Seigneur , les fruits d'une communion sainte sont si abondans^ si sensibles ; l'ame en sort si inondée de vos grâces et de vos faveurs , que quand je n'aurois point d'autres marques de rindignité de mes communions que leur inutilité , je devrois trembler et me eon« fondre. Quand on mange votre chair dignement , vous nous apprenez qu'on a encore faim ; et je me retire de cette table sacrée, fatigué , lassé de mes hommages : je respire au sortir delà , comme au sortir d'une bienséance et d'une gêne : je m'applaudis d'en être quitte, comme si je venois de finir une affaire pénible; et si je sens le goût réveillé , c'est celui des plaisirs et du monde. Quand on a mangé votre chair dignement, on demeure en vous, et vous demeurée en nous ; c'est • à-dire , que votre sang précieux qui coule encore dans nos veines 9 nous laisse vos iaclinations^ vos traits , votre ressemblance^

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et que non& sommes d^autres yous-mémes ; qae comme de jeunes Princes héritiers d'un sang royal , on doit voir briller sur notre visage , je i^c sais quel air de majesté qui annonce notre noblesse ; il ne doit plus paroitre en nous que des inclinations nobles, célestes, et dfS sentimens dignes du sang que nous avons reçu : et cependant je me trouve toujours des désirs terrestres , des penchans bas et rampans; un cœur qui se traîne encore, sur la boue, et qui ne sait s'élever au-dessus des créatures , et retourner jusques dans voy^ sein dont il est sorti. Quand on mange votre chair dignement , vous nous apprenez qu'on vit pour vous , et qu'on, vit éternellement : et j'ai continué de vivre pour le monde, pour mOi-méme, pour les hommes qui m'environnent, pour mes plaisirs , pour mes projets de fortune, pour mes affaires , pour une famille , pour des enfans , pour ma gloire ; pour vous , à peine un seul moment dans la journée. Que faut-il donc que je fasse. Seigneur? Que je me retire de votre table. Quoi ! ce fruit de vie me seroit interdit? quoi ! le pain de consolation ne se- Yoit plus rompu pour moi ? Non , Seigneur, vous ne voulez point m'en exclure ; vous voulez m'en rendre digne : vous ne voulez pas que je m'en retire ; mais vous voulez que je m'y prépare : vous ne ine refusez pas le pain des enfans; mais vous ne voudriez pas que mon indignité vous obligeât de me présenter un serpent à sa place. Préparez-vous donc vous-même dans mon cœur une demeure digne devons : aplanissez-en les hauteurs , redressez-en l'obliqTiité, puriûez mes désirs, corrigée mes inclinations, créez-en plutôt de nouvelles. Vous seul pouvez être votre précurseur, et vous préparer les voies dans les âmes. Remplissez -nous donc. Seigneur, de votre esprit , afin que nous mangions votre corps dignement , et que nous vivions éternellement pour vousw Jinsi saU-iL

SERMON

ETangelizoTobisgaiidinm magnum, qnod erit omni populo ; quia natas ^gl Tobis hodiè Salvator, qui est Cbriatus Domiaas.

Je viens vous apporter une nouvelle , éfui sera pour tout le peuple le sufet d*une gronde joie i c'est ^u'^ourd'huiii vous est né u» Sauveur, ^ui est le Christ, le Seigneur, Lvc. 2; xo, zi.

IRE

Voila en effet la grande nouvelle que le monde attendoit depuis quatre mille ans : voilà le grand événement que tant de Prophètes «voient prédit; que tant de cérémonies avoient figufé; que tant de

LE JOUR DE NOËL. i35

JTasles avoient attendu 9 et que toute la nature sembloit promettre , et hâter par la corruption universelle répandue sur toute chair : voilà le grand bienfait que la bonté de Dieu préparojt aux hommes, depuis que rinfidélilé de leur premier père les eut tous assujettis au péché et à la mort*

Le Sauveur, le Christ , le Seigneur, paroît enfin aujourà'hui sur la terre. Les nuées enfantent le luste ; Tétoile de Jacob se montre à rUaivers : le sceptre est sorti de Juda y et celui qui devoit venir est arrivé : les temps mystérieux. sont accomplis : le Seigneur a fait paroftre le signe promis à la Judée : une Vierge a conçu et enfanté, et de Bethléem^ sort le conducteur qui doit instruire et régir tout Israël.

Quels nouveaux biens, M. F., celte naissance n*annonce-t>elle pas aux hommes ! Elle n*auroit pas été durant tant de siècles annoncée, attendue, désirée; elle n'auroit pas fait la religion de tout un peuple, l'objet de toutes les prophéties, le dénouement de toutes les figures , l'unique fin de tOTites les démarches de Dieu envers les hommes » si elle n'avoit été la plus grande marque d'amour qu'il pouvoit leur donner. Quelle nuit heureuse que celle qui vient de présider à cet enfantement divin I elle a vu la lumière du monde luire dans ses ténèbres : les cieux en retentissent de joie et de cantiques d'actions de grâces.

Mais , M. F. , pour entrer dans les transports d'allégresse que cette naissance répand dans le ciel et sur la terre , il faut participer ^ux bienfaits qu'elle vient nous apporter. La joie commune n'est fondée que sur le salut commun qui nous est offert ; et si 9 malgré ce secours 9 nous nous obstinons encore à périr, l'Eglise pleure sur nous, et nous mêlons le deuil et la tristesse à la joie que lui inspire une si heureuse nouvelle.

Or, quels sont les bienfaits inestimaUes que cette naissance vient apporter aux hommes ? Les Esprits célestes eux-mêmes viennent l'apprendre aujourd'hui aux Pasteurs : elle vient rendre la gloire à Dieu» et la paix aux hommes : et voilà tout le fond de ce grand mystère développé : à Dieu^ la gloire que les hommes avoient voulu lui ravir ^ aux hommes, la paix qu'ils n'avoient cessé de se ravir à eux-mêmes* Implorons, etc. ^ve. Maria.

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