SUR LE JEUNE
€àffl jejonatîi, nolite fieri sicnt bypocritv, tristei.
Longue vous Jeûnez , ne toyez pas trisies comme les hypocrites . Matth, 6 ; i 6«.
vj*est rEvangile que TEglise met à la t^te de ces jours de salut et de miséricorde, et comme Tindiction d*un jeûne solennel imposé à toat le corps des Fidèles, pour apaiser la colère du Seigneur; faire cesser les fléaux qui nous affligent ; expier nos iniquités; nous rap* peler dans les voies de la justice dont nous nous sommes égarés ; rétablir la discipline des mœurs si défigurée parmi les Chrétiens; rapprocher, autant qu'il est possible, le relâchement de ces derniers temps , du zèle et de la sainte austérité de nos pères ; inspirer pat^ tons ces dehors lugubres , des sentimens de componctioii aux pécheurs; ranimer la foi et la piété des Justes; et nous préparer tout à la joie et à la grâce de la résurrection.
Telles sont les vues que TEglise se propose dans Tinstitution de la loi du jeune ; telle est la fin du précepte ; telles les grâces attachées , dans les desseins de Dieu même , à ce temps de renouvelleN ment et de repentir..
Que pouvons-nous donc annoncer de plus heureux que Touverture de cette sainte carrière, à des pécheurs qui vont y trouver des moyens de pénitence; à des âmes foibles qui verront les occasions de péché •'éloigner, et nattre de toutes parts des facilités de salut ; à des Justes dont la ferveur se ralentissant sans cesse, doit sans cesse se renouveler de peur de s'éteindre; enfin, à tous les Fidèles, sur. qui les larmes et les prières de l'Eglise vont ouvrir les trésors du ciel et attirer toutes les bénédictions de la grâce ?
Cependant , loin de voir arriver ces jours favorables avec une joi^ religieuse, on les craint , on les regarde presque comme des jours Cuucstie^ ^t m^lhciireuxî et il faut que l'Eglise nous ordouBC auiour»
tgB LE MERCREDI DES CENDRES.
d'hui de bannir de nos jeûnes rabaltcraent et la triste!lse : NoUte ficri tristes. Insensés ! dit S. Ambrqise : nous allons triomt^lier de la chair et du défiiôii ]>at* le secours de cette sainte abstinence; la douleur et la tristesse siéent-elles bien à la victoire? QuéTennemi seul ctâigtié des jôiirà heûréUx ; qii'il s'afflige de voir arriver ce fènips de propitiation, dont la grâce va se servir pour délivrer du péché tant d'ames criminelles; qu*il tremble devoir tous ces dehors consolans de pénitence, et tout cck appareil de miséricorde que la bonté de Dieu prépare aux pécheurs. Mais pour vous, M. F. , dit S. Ambroise, parfumez vos leles, entrez dans les sentimens d'une sainte allégresse; ce n'est pas atix vaini^ueurs à être tristes : IJngite caput vestrum ; ncmo tristis coronatur; nemo mœstus triuwphat. •
Car^ M. F. , il est des tristesses de plus d'une sorte. Il y a une tristesse de pénitence qui opère le salut , ^t la joie de l'Esprit-Saint en est toujours le plus doux fruit; une tristesse d'hypocrisie, qui observaut la lettre de la loi, affecte des dehors pâles et défigurés pour ne pas perdre devant les hommes le mérite de sa pénitence , et cellelà est rare : enfin , une tristesse de corruption , qui oppose à cette loi sainte un fohd de répugnante et de sensualité ; et l'oh peut dire que c*est l'impression la plus universelle que fait sur nous le précepte du jeûne et de l'abstinence.
Or 9 delà il arrive , ou qu'on se dispente de l'observer sur des prétextes frivoles, ou qu'on ne l'observe qu'à demi. Il importe donc d*examiner aujourd'hui les excuses dont on se sert pour se dispenser d'une loi si sainte, et en second lieu les abus où l'on tombe en l'observatit.
C'est l'idée d'instruction la plus simple et la plus naturelle; c'està-dire, que je me propose d'établir l'obligation et, l'étendue de la loi du jei|ae. L'obligation , contre ceux qui en violent le devoir ; l'étendue, contre ceux qui en adoucissent l'observance. C*est par où nous ouvrirons les instructions de cette sainte carrière.
Mais avant de les commencer , grand Dieu I écoutez les plus sincères gémissem^ns de mon cœur. Je sais que ce 'n'est pas à un pécheur de raconter vos justices, et de publier vos ordonnances; et je me découragerois dans le commencement de mon ministère , si je ne savois aussi que les instrnmens les plus vils sont ceux dont votre puissance se sert quelquefois avec plus dé succès , afin que l'homme ne s'attribue rien à lui-même, et que toute la gloire en soit rendue à votre grâce. Soyez donc vous-même, ô mon Dieu, le docteur intérieur des Fidèles qui râ'écoufent. Inspirez des désirs de pénitence, puisque vous nous ordonnez de Pannohcer à votre peuple. Soutenez le zèle des ministres qni vont évàngéliser^ioii. Mettez vousmême aans leur bouche des paroles de vie et de salùt. Rendez la force et la vertu à notre ministère. ïlevêtez-iious dé celte dignité et de cette sagesse dont furent revêtus les prèttïiers hommes apostoliques, et qui fit triompTier voire Evangile deii jShilVjiophes et des Céikars. Car c'est de vous seul , 6 mon Dieu , que nous attendons Tac-*
SUR LE JEUNE. igg
<Toiss«in«itt; et tons les foudres qai vont partir de ces cliaires évangéiiqoes, comme autrefois de )a montagne de Sinaï, ne réassiront qu'à faire des rebelles et des incrédules , si votre doigt invisible ne grave lai-méme dans les cœurs les préceptes et les ordonnances de la loi sainte. Implorons , etc. Ai*e , Maria,