‹ Œuvres de Massillon, ci-devant prêtre de l'ortoire, évêque de Clermont l'un des quarante de l'Académie FrançoiseChapitre 55 sur 131 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

Si j^avots à parler devant des hommes rebelles à la vérité, et pleins de nié))ris pour les lois de l'Eglise , j'élablirois ce point de sa discipline; et remontant jusqu^aux siècles les plus purs du Christianisme, je vous ferois voir la religion elle-même , née , pour ainsi dire, dans le sein du jeûne et de Tabstinence. Vous auriez vu les disciples encore assemblés à Jérusalem , attendre dans la pratique des jeûnes et des prières communes , qu'Ms fassent revêtus de la vertn du Très-Haut. Vous auriez vu les premiers Fidèles faire, dans les rigueurs de l'abstinence, TapprentisBâge du martyre; des légion» même de Chrétiens au milieu de la licence des armées idolâtres, s*assembler pour célébrer avec plus de solennité les jeûnes pratiqués en ces temps heureux, et trouvée dansTaffoiblissement d*un corps terrestre de nouvelles forces pour vaincre les ennemis de Tempire. Vous auriez vu les tyrans ne reconnoitre les Chrétiens qu'à rabattement de leur visage ^ et à certaine odeur de piété et de mortification qui les discernott des antres hommes. Vous auriez vu enfin rhemme ennemi , toujours attentif à faire servir à l'iniquité , les usages les plnk saints , pousser dès- lors des esprits inquiets à des abstinences nouvelles et outrées, et faire retomber sur les viandes mêmes que le Seigneur a toutes créées, et dont on peut user avec actions de grâces , une défense qui n'est fondée que sur la révolte de la chair, et sur une réparation due à la justice divine ; si fort on étoit alors penuadé que depuis la mort de l'époux '^ le jeàae étoit devenu comme l'état naturel de l'Eglise !

Mais, je suppose que je parle à des Fidèles, qui d*ua cûtë n'ont pas beseio qu'on justifie dans leur esprit les traditions saintes <le nos pères, mais qui de l'autre, en respectant les lois de l'Eglise, ne les violeat pas nsoins pour cela ; qui ne disent pas tout haut comme Timir pie : Je n'obéirai point ,. non serviam ; mais qui , comme ces homme(i de l'Evangile, trouvent toujours quelque prétexte pour excuser leur désobéissance : Et ideo rogo te , hahe me excusatum ( Luc, i4 > 19)*

Or, pour démêler ici le vrai du faux dans une matière d'un si grand usage, remarquez d'abord , je vous prie, M. F., que puisque rÈglisé nous fait une loi du jcûneetderabstinence, il n'est que j 'impossibilité qui puisse en justifier l'inobservance. Et quand je dis impossibilité» je renferme dans cette id^ie la difficulté fondée sur un péril évident et considérable : car je conviens que l'Eglise , en établissant cette loi , n'a pas prétendu faire une loi de mort , mais seulement upe loi de pcuitence.

ftoo LE MERCREDI DES CEI7DRES.

Cette vétité supposée , examinons si les excuses sur lesquelles oa te dispense tous les jours de cette loi sainte , sont dignes de la religion 9 et si la simple équité elle-même n'en est pas blessée. En second lieu^ si lors même que ces encnses sont légitimes, il nVst pas vrai de dire qu'on n'est pas moins yiolatenr du précepte, par la manière dont on use de l'indulgence de l'Eglise.

Yons nous dites donc, en premier lieu , que ?rousne tous dispensez du jeûne que sur de% raisons légitimes ; que votre conscience ne vous reproche rien là- dessus ; que si vous n'aviez à répondre d^ant Dieu que de la transgression de ce précepte , vous pourriez vous y présenter avec confiance ; que vous êtes né avec un tempérament foible et incapable de soutenir la rigueur de cette loi ; et que le peu de santé dont vous jouissez , vous ne le devez qu'à des soins et à des précau* lions infinies.

Mais, je pourrois vous demander d'abord, si cène sont pas ces soins et ces précautions elles-mêmes qui l'affoiblissent ? Seriez -vous d'une santé si peu assurée, si vous aviez moins de loisir pour y faire attention ou si la Providence vous a voit ménagé moins de moyens pour écouter là- dessus vos répugnances ? Cette délicatesse de tempérament dont vous vous plaignez, n'est-elle p§s une suite de la vie molle et voluptueuse que vous avez'toujours menée ? Est -elle autre chose quHin long usage d'indolence, et un corps accoutumé de tout temps a ne pouvoir se passer de tout ce qui le flatte? Eh quoi I vous prétendez que ce qui vous rend la pénitence plus nécessaire , puisse devenir un titre légitime qui vous en dispensa, et que la mollesse dans laquelle vous avez toujours vécu , si opposée à l'esprit de l'Evangile, et qui vous engage à des réparations particulières d'austérité et de souffrance i vous exempte de celles qui sont communes à tous les Fidèles? Votre délicatesse est un crime elle-même que vous devez expier, et non pas une e^Kcuse qui vous dispense de l'expiation et de la souffrance.

Je pourrois vous demander encore, si ce ne sont pas ici les façons du rang et de la naissance, plutôt que des besoins réels et effectifs? Si vous étiez moins plein, moins occupé de vous-même; si Vous ne croyez pas que, dans le rang où vous êtes né, tout ce qui TOUS environne ne doit servir qu'à votre félicité , ces foibles raisons de santé vous paroi t roi en t- elles si considérables? L'orgueil qui vous repait , même à votre inscu, de votre élévation et de vos titres, fait

çessaire qu'un ins< cte qui rampe sur la terre ; Dieu , devant qui votre ^me et votre santé n'est précieuse qu'autant que vous l'employez pour son service , ne mesure pas vos infii:mités sur vos titres, mais sur >a loi; il ne juge pas de vos excuses par votre rang, mais par vos crimes.

David étoit un prince que les délices de la royauté auroient d4 •ans doute amollir. Lisez dans ses divins cantiques l'histoire de ses

SUR LE JETTICE. aot

aastérités , et voyez cpiel fut le détail triste et édifiant de sÉ pénî* teoce. Et si vous croyez que le sexe vous donne là-dessus quelque privilège :.£sther, au milieu des plaisirs d'une cour superbe, sayait affliger son ame par le jeûne, et se dérober aux rejouissances publiques, pour offrir à Dieu, dans le fond d'un appartement, le pain de sa douleur et le sacrifice de ses larmes. Judith , si distinguée dans Israël , pleura constamment la mort de son époux dans le jeune et dan» le ciiice; et rien ne put adoucir la douleur de sa perte , que les saintes rigueurs de sa retraite et de sa pénitence. Les Paule, les Marcelle, ces illustres femmes romaines descendues des maîtres de TUnivers , quels exemples d'austérité n*ont-elies pas laissés aux siècles suivans I

Ah I l'on n'avoit pas encore compris dans ce^ temps heureux , qu'il fallût user de distinction parmi les Fidèles, lorsqu'il s'agissoit d'une loi qui les regardoit tous. On savoit seulement que nous étions tous membres d'un chef crucifié; qu'être Chrétien et n'être pas pénitent, étoit un monstre et une nouveauté san9 exemple ; et les Païens euxmêmes en étoient si persuadés , dit S. Léon , que convaintus d*ail« leurs de la vérité de l'Evangile, la seule austérité de nos mœurs ,« qu'ils regardoient comme une suite nécessaire du Baptême , différoit leur conversion , et remet toit souvent à leur mort la profession pu* blique de la foi de J. C.

Mais d'ailleurs, si l'Eglise avoit ici des distinctions à faire et des privilèges à accorder, ah ! ce devroit être en faveur de ces personnes, qui, nées dans une condition obscure , et dans une fortune médiocre, se sentent du dérèglement des saisons, du malheur des temps, du poids des taxes et des charges, publiques ; et qui , renfermées dans un domestique frugal et mal -aisé, ne voient les plaisirs que de loin, et homent td^te leur félicité à pouvoir se défendre de la faim et del'indigence. Mais vous, pour qui les plaisirs semblent être faits; vous, qui n'éprouvez rien de plus triste dans votre état , que le dégoût et la satiété inséparable d'une félicité sensuelle; mais je n'en dis pas as« sez: vous qui, devant Dieu, portez peut-être plus de crimes tout seul qu'un peuple entier de Fidèles ; vous , qui, par un fond de cor* ruption que tout favorise dai^ la prospérité , ne vous êtes pas borné aux foiblesses vulgaires , et avez peut-être poussé toutes les passions jusqu'aux excès les plus affreux; vous, qui, par l'éclat que votre rang a donné à vos désordres et à vos scandales, êtes peut-être cou« pable aux yeux de Dieu des crimes de tous ceux qui vous environnent: ah! la seule distinction que vous pouvez prétendre ici, est une distinction de sévérité, et une prolongation des rigueurs canoniques.

Quel abus ! M. F. , les Grands et les Puissans , eux qui seuls sembleroient avoir besoin de pénitence , eux , pour qui l'Eglise 1'^ principalement établie en ce saint temps, sont les seuls qui s'en dispensent : talidis que le citoyen obscur , que le vil artisan qui mange son pain à la sueur de son front , eux , dont les jours les plus abondans seroient pour vous clea joura d'aostérité et de souffrance , respectent.

îfoa LE MERCREDI DES CENDRES.

la loi àt ce saint mnf^, et trouvent dans Icar frugalité mente de quoi faire des retranchemens de-^ïiét.é et de pénitence ! Grand Dieu I tous vengerez un jour les intérêts de votre loi contre les vains prétextes des cupidités humaines. Les Pharisiens deTEvangile défigiiroient leur visage pour faire connoitre aux hommes qu'ils jeùnoient; maisce n*est plus là , ô mon Dieu ^ Thypocrisie de notre siècle ; et , après une année entière de plaisirs et d'excès , on affecte , à rentrée de ces jour» saints , un extérieur pâle et défait , pour avoir un prétexte indigne de violer la loi du jeûne et de Fahstinence.

Et en effet, souffrez que je vous demande encore :1a fotbiesse de votre complexion vous a-t-elle jamais privé d'un seul plaisir? Vous qui pouvez soutenir la fatigue des veilles, si capable d'altéf er le corps le plus robuste ; vous qui ne succombez point à Tapplicatioa et au sérieux d'un jeu outré, dont la plus forte tète se trouveroit. accablée; vous qui avez assez de force pour fournir à Tagitation de» assemblées et des plaisirs, où Tordre des repas, les heures. du sommeil , et tout le reste se trouve si forttiérangé, qu'il n'est qu'un heujreux tempérament qui puisse ne pas se sentir de ce désordre ;^vous , qui, pour parvenir, dévorez toutes les fatigues du service, et vous accoutumez à ime vie dont ranachorète le plus pénitent auroit de la peine à s'accommoder; vous, en un mot, qui, lorsque la gloire^ l'intérêt ou le plaisir s'en mêle, êtes sobre , Uborieux , mortifié, dur à vous-même, sans que les soins de votre santé s'y opposent , l'austérité d'un jeûne vous alarme !

Ah ! c'est donc pour moi seul, dit le Seigneur dans son Prophète , que vous refusez de souffrir, ô Israël I Vous me paroissez infatigable dans les voies de Tiniquité, et tout vous rcbiite dans mon service ! Qu'avez -vous à répondre pour vous justifier ? Narra , si ^uid hahes ut justificerU {^Is, \Z\ aô). Oui, M. F., les plaisirs n'incommodent personne: ce qu'on aime ne coûte jamais. Servir le monde , la fortune, les passions, n'a rien de pénible^^ parce qu'on est mondain , ambitieux, sensuel. Ahl soyez Chrétien, et vous ne trouverez riea qui passe vos forces dans le^ervice de J. C.

Voyez cette ame fidèle que la miséincorde de Dieu a retirée des égaremens des passions. Lorsqu'elle vivoit comme vous livrée au inonde, aux sens et aux plaisirs, rien n'égaloit sa délicatesse; elle regardoit la loi des jeûnes et des abstinences comme une loi meuririère, et c'étoient toujours nouvelles raisons pour s'en dispenser. La voyez -vous depuis qu'elle est entrée dans les voies de la grâce et du salut? Loin de regarder les dispetwes comme des besoins, elfe les regarde comme des crimes. Sa santé et ses obligations ne sont plus incofhfiatibles. Elle ajoute même aux rigueurs de la loi , des, rigueurs de surcroît. Avec moins de précaution, elle jouit d'une santé plus assutée; et, comme ces troi< enfans juifs , on diroit qu'elle doit sa force et son embonpoint à une vie plus dure, et à Tabj^inelnce des vkindes défendues. Ah! ce n'est pas son tempérament qn^ a changé, o'eat son ootur; ee n'est pas la nature qui s'est fortifiée eu

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«He, c*<»t la grâce $ ce n'est pas la main de Vhotame qui agit sur son corps, c'est le doigt de Dieu qui a opéré sur son ame; et tonte la noijveatttè qne j'y trcitive^ n'est que le fenouv^llernent de l'homme intérieur. Changez ^otre cfent , et tout tous détiendra possible.

Mais enfiii, quand même l^abstînence affoibliroît votre corps ^ n'est-il pas juste d'imprimer le sceau douloureux de la croix sur une chair qui a été marquée tant de fois du caractère honteux de la béte ? Est-ce un corps de péché comme le vôtre, qui mérite d'être tant xnéoagé ? Vous vous plaignez de sa foiblesse ; ah ! vous ne sentez que trop encore les' effets funestes de sa force, ïîe faut-il pas enfin affoiblir un ennemi qui ne garde presque plus de mesures dans sa révolte? Pouvez-vous sans crime être encore idolâtre d'une chair qui a été si souvent l'écueil de votre innocence , ou de celle de vos frères? N'est-il pas temps enfin que vous diminuiez , afin que J. C. croisse; que des membres qui ont servi à l'iniquité, servent à la justice; que la grâce se-foftifie dans votre infirmité, et que vous appreniez à perdre votre aine, pour la tau ver ?

Et croyez-vous que l'Eglise, en établissant la loi du jeûne, n'ait pas prétetidu exténuer votre chair? Croyez-vous qu'elle ait voulu voos pt^scrire des austérités que vous puissiez accomplir sans peine? Quoi ! parce que le jeûne feroit sur votre corps les impressions de langueur et d'abattement qu'elle avoit en vue en vous l'ordonnant , vous vous en croiriez dispensé? parce que vous en retire* le fruit sensible et extérieur qu'elle a souhaité, elle vous en détlareroît incapable ? Son intention est que vous souffrief ; et la fin c[u'elle se propibse dan« son précepte ^ ne sauroit devenir une raison qui vous en dispense.

IVÏais l'Eglise elle-même, qui imposé ce joug, ^ous efi a déchargé; et vous ne vous dispensez de la loi, que surTautorité des supérieurs légitimes. n

Ifei voire conscience répond pour moi , que toute dispense obtenue contre les intentiorts et l'esprit de l'Eglise , est une dispense vaine et qui vous laisse toute l'obligation de la loi; c'est-à-dire, que toute dispense qui ne suppose pas une impossibilité réelle d'obéir au précepte, ne vous décharge point devant Dieu, et rend votre transgression aussi criminelle que celle des contempteurs déclarés de la loi même ; c'est la doctrine des Saints. Donc, s'il n'y a rien en vous qui doive obliger l'Eglise à se relâcher en votre faveur, vous lui imposez en obtenant ses dispenses. Mais qu'avancex-vous en ta surprenant? Vous la faites consentir en apparence à votre transgression; mais en étes-voUs moins réellenient transgresseur ? l'artifice seroitil devenu pour vous un titre légitime ? Ah î tout ce que je trouve ici de favorable à votre égard , c'est que vous ajoutez au criiôe de la transgression , le blâme de la mauvaise foi et de la surprise.

Ce n'est pas que TEglfse soit tellement abusée , qu'elle ne découvre ces désordres. Elle voit avec douleur ces lâches Fidèles borucr près-

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que toute leur soumission à son égard à la faire consentir ell<^mérae »u ▼iolement de ses préceptes ; et si , malgré ces lumières , elle paroit encore favoriser leurs injustes demandes , c'est pour ne pas révolter leur orgueil , c'est pour les tenir toujours unis à elle , du moins par les liens extérieurs du respect et de Tobéissance. Elle ne consent à Toir ses lois inutiles, que de peur de les voir méprisées. C*est une mère compatissante, qui de deux maux souffre le moins dangereux. Mais malheur à vous qui l'obligez à ces égards injustes ! Il faut que le mal soit bien désespéré, lorsque l'on permet au malade le genre de vie qu'il souhaite. Souvenez-vous de ces Israélites cliamels qui ne pouvant plus s'accommoder de la manne, obtinrent de Moïse, à force de murmures , des oiseaux du ciel. A peine eurent-ils touché à cette viande accordée à la dureté de leur cœur, qu'ils furent a ri.nstant frappés de mort , et que Dieii punit sur leurs personnes la sage condescendance de leur législateur : u^r/Ai/c escœeorum erantin oreipsorum, étira Deiascendit super eos(Ps, 77 ; 3o, 3i ). Souvenezvous-en) et n'oubliez jamais que l'Eglise déteste quelquefois plus les abus qu'elle tolère , que ceux mêmes qu'elle punit.

Mais je vais plus loin : je suppose que vos raisons sont légitimes ; • et je dis que peut-être vous n'en êtes pas moins aux yeux d^ Dieu transgresseur de cette loi sainte, par la manière dont voua usez de l'indulgence de l'Eglise.

Et premièrement ^ au lieu que l'observance du jeûne couvroit le visage des Pharisiens d'une tristesse d'hypocrisie , l'impuissance où vous êtes de l'observer, produit* elle dans votre cœur cette tristesse de foi , ce sacrifice d'un cœur humilié mille fois plus agréable à Dieu que le sacrifice du corps , et l'abstinence des viandes défendues ? Gémissez-vous en secret de la foiblesse de votre chair , et de Tim* possibilité où elle vous met , de satisfaire aux lois de l'Eglise ? Prenez-vous, comme Esth'er, Dieu à témoin de votre nécessité, et de la haine qu'a voire ame pour les viandes profanes et pour les repas des incirconcis ? Tu scis nece^sitatem meam , quod non placuerU mihi convivium régis ( Esth, 14 ; 16 , 17 ). -Seigneur ! vous qui sondez les cœurs , vous voyez la douleur de mon ame ; vous savez que je déteste les viandes d'Assuérus : mais vous êtes témoin de la trista situation où je me trouve, et du désir qui presse mon cœur de pouvoir manger avec votre peuple les viandes permises par la loi sainte : Tu scis necessitatem meam , quod non placueritmiM convivium régis,

Sont-ce là vos sentimens? entrez-vous dans les- pieuses disposi* tions d'Urie ? Quoi ! faut-il que je mange et que je boive à loisir, tandis qu'Israël et Juda combattent sous des tentes? Israël et Juda habitant in papillonibus y et ego ingrediar domum meam, utcome^. dam et bibam ( II. Reg. 1 1 ; 1 1 )? ,

Pourquoi faut il que je sois réduit à ménager une chair crimi^ Délie, tancHs que. toute l'Eglise combat sous la cendre et sous 1^ ciliçe, et que tous me» fr^re» sont entrés généreusement é^M Ut

SUR LE JEUNE. ao5

sainte carrière de la pénitence ? Pourquoi, Seigneur 9 n*aarois-je pas la force de satisfaire à votre justice , puisque j'ai encore la force de l'offenser? Que n'avez-vous , Seigneur, donné un corps de fer à une ame aussi coupable que la mienne, afin que du moins je pusse trouver rinstru ment de ma pénitence, oùj*ai trouvé la source de tous mes crimes.

Ah ! si vous aviez de la foi , vous devriez être honteux devant Dieu d'une distinction si peu convenable à votre vie passée : vont regarderiez cette singularité comme une espèce d'anathème et de retranchement du corps des Fidèles ; comme une lèpre qui vous éloigne de la société et du commerce des Saints , des sacrifices et des expiations du Temple et de l'Autel ; remplaçant ainsi par la force et la ferveur de l'esprit la foiblesse de la chair.

Alors l'Eglise en nseroit à votre égard comme autrefois Jndaa Machabée en usa envers ceux des Israélites que leur infirmité em« pécha de combattre avec le reste du peuple , mais qui nepouvoient se consoler de n'être pas en état d'aller exposer leur vie avec leurs frères. Il les associa à l'honneur de la victoire, et au partage du butin : Debilibus et orphanis diviserunt spoUa ( a. Jfîach» 8; a8 )• Mais vous êtes ravi d'avoir des raisons qui vous exemptent de la loi commune. Vous êtes trànsgresseur du j>récepte, dans la préparation du cœur ; et loin de partager avec ceux qui l'aecom plissent, le mérite de l'observance, vous participez à l'iniquité des pécheurs dé« darés qui le méprisent.

En second lieu, remplacez-vous par d'antres œuvres mortifiantes , le jeûne que vous ne sauriez observer ? Car, pour être dispensé de ce précepte^ vous ne Têtes pas pour cela delà pénitence. L'esprit de l'Eglise n'est pas de vous décharger de la croix ; elle ne le sauroit : c'est seulement de vous l'adoucir. Il faut que par quelque endroit le Carême soit pour vous un temps de rigueur et de souffrance. S. Paul dit c^e ceux qui ne discernent pas le pain Eucharistique des viandes communes, se^ndent coupables du corps du Seigneur : et je vous dis y quels que puissent être vos maux , que si vous ne discerrnez pa| dans votre manière de vie , le temps du Carême des temps ordinaires, vous êtes coupable de la loi du jeûne.

Or, priez-vous plus que dans un antre temps? Etes-vous plus charitable envers les pauvres ? et , en les soulageant plus abondamment , dédommagez -vous J. C. en leur personne, des soolagemens que vous êtes obligé de vous accorder à vous-même ? Vous abstenezvous de certains plaisirs légitimes peut-être en une autre saison? Car désabusez- vous ; il faut user ici de compensation. Dans la loi, ceux qui ne pouvoient pas offrir le sacrifice d'un agneau, on leur demandoit l'offrande de deux colombes. Dieu veut être dédommagé par quelque endroit. Puisque vous ne pouvez pas affliger votre chair par le jeune, il faut la punir par le retranchement de mille commodités dont elle peut se passer; mortifier votre esprit par la retraite î avoir pendant ce saint temps moins de commerce avec le.

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monde; vous renfermer un peu plus dans vos devoirs domestîqnes ; fréquenter plus souvent nos temples, les Sacreioens, les lieux de miséricordes. Voilà le jeûne, dit S. Chrysostènie, que rE^iise de^ mande d« vous. Il ne faut pour cela ni force, ni santé ; il oe faut que de la£9i et de la crainte de Dieu. Hais c'est précisément ce qui vous manque. On ne veut rien souffrir, quelque grand pécheur que Toa soit. On se croit déchargé de toyit , dè$ qu'on Test de U loi du jeûne ; et parce qu'on ne pe\it pas faire tout ce qu^oa doit, on se croit db* pensé de faire du moins ce que Vqu peut.

Enfin , dansTusage des viandes défendues , n'avez-vous égard qn'à la seule nécessité ? Rejetez-vous celles qui ne sont destinées qu'à flatter le goût et la volupté ? Vos repas se sentent-ils de'la frugalité de ce temps de pénitence, et sont-ils marqués, par quelqueendroit, du •ceaii de la morlifieation ? Car voua comprenez bien qiie Tintention de TEglise, en vous permettant Tusage des mets défendus, est de soulager votre foiblesse, et noa d^aider votre sensualité : voua comprenez bien qu'elle ne veut point aigrir, à la vérité, vos maux par une abstinence qui vou« seroit nuisible; mai» aussi qu'elle ne pré" tend pas nourrir votne intempérance, en vous permettant des assaisqnnemens et des mets exquis dont vos maux peuvent se passer. Elle consent, à la bonne heure , gue vous ne suiviez pas les Moïse sur la montagne pour jeûner quarante jouro avec eux ; mai» elle n'entend pas aussi que, demeuré dams la plaine, voua imitiez tea. joies profanes , les excès et les festins des Israélites , et adoriez peut^^tre encoi'e le veau d'or comme ce peuple infidèle.

Entrons donc, M. F., dans les véritables întentioYis de l'Eglise. Eh ! pourriez-vous , tandis qu'elle gémit, qu'elle se couvre de ses véleraens de deuil et de tristesse, que ses ministres pleurent entre le vestibule et l'autel, que vos frères ont pris les armes spirituelles de la pénitence pour combattre contre la chair et le sang, que tout au* nonce les mystères pénibles d'un Dieu souffrant ; environnés de tout cet appareil de souffrances, pourriez-vous croupir tout seuls dans une indigne mollesse? Vous excuseî si souvent vos désordres par l'exemple commun; ne pourrpit-il pas ici à son tour vous aftmer à la vertu ? Ah ! si votre corps ne peut prendre aucune part au chan* l^ement extérieur de l'Eglise , changez voire cceur , et convertissezvous enfin au Seigneur. Si vous ne pouvez pas déchirer par le jeûne , ce vêtement de chair qui vous environne,|déchirez dit, l'esprit de Dieu, vos an»es par des larmes de douleur et de componction. Recueillez le fruit de rabstinence,si votre foiblesse ne vous permet pas d'en accomplir laleitre. Surpassez vos frèresdaus les dispositions de l'esprit et da cœur, si v-cnis ne pouvez pas les imiter dans les exercices du corps. Faites devant eux à la loi du jeûne , que vous n'observez pas , une espèce d'hommage «t de réparation publique, par une attention plus chréti^ine à tous vos autres devoirs. Réparez en quelque façon en présence des autres Fidèles, par des nusurs plus pures et plus exactes , cette sorte de scandale que vous aies fôrcé^de leur donner. En un mot

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