BONHEUR DES JUSTES
mesiiret ; toujoars attentifs on à se surprendre , ou à éTiter d'être snrpris; toujours empressés et habiles à profiter de la retraite, de la disgrâce, ou de la mort de leurs concurrens ; et à se faire de ces grandes leçons de mépriâ du monde , de nouveanx m6tiiFs d'ambition et de cupidité ; toujours occupés , ou de leurs craintes , ou de leurs espérances ; toujours inquiets, ou sur le présent, ou sur l'aTenir; jamais tranquilles , travaillait tous pour le repos , et s'en éloignant toujours plus.
O homme ! pourquoi étes-Yous si ingénieux à vous rendre malheureux ? c'est ce que pense alors une ame fidèle. La félicité que TOUS cherchez coûte moins. II ne faut ni traverser les mers, ni conquérîr deâ Royaumes « Ne sortes pas de vous-même , et vous serez lieureux.
Que les amertumes de la vertu , M, F. , paroissent douces alors, à un homme de bieU , lorsqu'il les compare aux crueh chagrins , et aux agitations étemelles des pécheurs ! Qu'il se sait bon gré d'avoir trouvé un lieu de repos et de sûreté , tandis qu'il voit les amateurs du monde encore tristement agités au gré des passions et des espérances humaines ! Aiiisi les Israélites , autrefois échappés de la mer Rouge , voyant de loin Pharaon et tous les Grands de l'Egypte encore à la merci des fiots, goûtoient le plaisir de leur sûreté , trouvoient les votes arides du* désert douces et agréables , ne sentoien| plus les mcômmodités du chemin ; et comparant leur destinée à celle des Egyptiens, loin de se plaindre et de murmurer ^ chantoîent .avec Moyse ce cantique divin de louanges et d'actions de grâces, dû sont célébrées, avec tant de magnificence, les mer*veilles et les miséricordes du Seigneur.
£n second lieu , l'injustice du monde si désolante pour ceux quil'aiment, lorsqu'ils se voient oubliés , négligés, éloignés des grace^» sacrifiés à des concurrens indignes^ est encore un fonds de réflexions consolantes pour une ame qui le méprise et qui ne craint que le Seigneur. Car, quelle ressource pour un pécheur, lequel, après, avoir sacrifié au monde et à se& maîtres, son repos , sa conscience» ses biens , sa jeunesse , sa santé , après avoir tout dévoré , des re* buts , des fatigues, des assujettissemens four des espérances frivoles , se volt tout d'un coup fermer les portes de l'élévation et de la fortune; arracher, d'entre les mains, des places qu'il avoit méritées, et qu'il croyoit déjà tenir; menacé, s'il se plaint, de perdre eeiles: qu'il pos^è<{e ;: obligé de plier devant des rivaux plus heureux, et de dépendre de ceux qu'il n'a voit pas. même tr\i dignes. autrefois de recevoir ses ordres ? Ira-t-il loin du monde se venger par des murmures éternels de l'itijustice des homiçes ? Mais que fera-t'-il dans sa retraite , que laisser plus, de loisir, et trouver moins de diversions à ses chagrins ? Se eonsolera-t-il dans l'exemple de sesi semblables ? mais nos malheurs à>nos yeux ne ressemblent jamais anx roel heurs d'autrui ; et d'ailleurs, quelle consolation de sentir reaouYelex ses peines , à meSutle qu'on eft rctcauve l'image et le
« LA TOUSSAINT
êoiiTenir dans les autres ! Se retranchera-t-il dans une vaine phi* losophie , et dans la force de son esprit ? mais la raison' tont£ seule «e lasse bientôt de sa fierté : on peut être philosophe pour le public, on est toujours homme pour soi-même. Se fera- 1> il une ressource en fit'e livrant au plaisir et aux infâmes voluptés ? mais le cœur, en changeant de passion, ne fait que changer de supplice. Chercherat-il dans l'indolence et dans lajiaresse , un bonheur qu'il n'a pu trou- Ver dans la vivacité des espérances et des prétentions ? une conscience criminelle peut devenir indifférente, mais elle n'en est pas «lus tranquille ; on peut ne plus sentir ses disgrâces et ses malheurs , on sent toujours ses infidélités et ses crimes , Non, Mt F« > le pécheur Tnalhèureux , Test sans ressource. Tout manque à Tame niondaine ^ dès que le monde vient à lui manquer.
Mais le Juste apprend à mépriser le monde , dans le mépris même qne le monde a pour lui. L'injustice des hommes à son égard le fait seulement souvenir qu'il sert un maître plus équitable , qui ne peut être ni surpris , ni prévenu ; qui ne voit en nous que ce qui y est en effet ; qui ne décide de nos destinées que sur nos cœurs , et avec lequel nous ne ^e^ons craindre que notre propre conscience : qu'ainsi oa est heureuse de le servir ; qu'il ne faut.pas appréhender son ingratitude s-iqi^e tout ce qu'on fait pour lui est compté ; que loin de dissi-: T^plitr ou d'oublier nos peines et nos services, il nous tient même compte de nos désirs ; et que rien n'est perdu avec lui , que ce qu'on ne fait pçis uniquement pour lui. Or, dans ces lumières de la foi , quelle nouvelle source de consolation pour une ame fidèle ! Que le :mpnde dans ce point de vue avec tous ses rebuts et tous ses mauvais traitemens pour elle, est peu capable de la toucher! C'est aîor» que se jetant* dans le sein de Dieu , et regardant avec des yeux chrétiens le néant et la vanité de toutes les choses humaines , elle sen^ tout d'un coup ses inquiétudes inséparables de la nature , se changer en une douce paix, un rayon de lumière luire dans son ame, et y rétablir la sérénité , un trait de consolation pénétrer son cœur , et en adoucir toute l'amertume. Ah ! M. F. , qu'il est doux de servir celui seul qui peut rendre heureux ceux qui le servent ! Que n'êtesvous plus connue des hommes , heureuse condition de la vertu ! et pourquoi vous fait-on comme une destinée triste et désagréable , vous qui seule pouvez console^ les malheurs de cet exil , et en adou^ cir toutes les peines ?
Enfin les jfTgemens du monde, source de tant de chagrins pour les mondains , achèvent encore de consoler une ame fidèle. Car le supplice des amateurs du monde, c'est d'être sans cesse exposés aux jugemens, c'est-à-dire, à la censure, à la dérision, à la malignité les uns des autres. On a beau mépriser les hommes; on vent'être estimé de ceux mêHjea qu'on méprise. On a beau être élevé au-dessus <ks antres , l'élévation nous expose encore plus aux regards et aux discours de la multitude; et l'on sent encore plus vivement les censures, de ceux dont on ce devoit attendre que des hommages. On a