‹ Œuvres de Massillon, ci-devant prêtre de l'ortoire, évêque de Clermont l'un des quarante de l'Académie FrançoiseChapitre 7 sur 131 · BONHEUR DES JUSTES · texte numérisé non relu

BONHEUR DES JUSTES

bean jouir des snHrages publics , les mépris sont d'autant plus pi« quans, qu*ils sont moins communs et plus rares. On a beau se Ten-^ ^er de ces censures par des censures plus vives et plus mordantes , la Tengeance suppose toujours le ressentiment et la douleur) etd*ail« leurs on est bien moins sensible au plaisir de rendre des mépris » qu'an chagrin de les avoir reçus. Enfin , dès que vous ne vivez qnt pour le monde , et que vos plaisirs ou vos chagrins ne dépendent que du monde 9 les jugemens da monde ne sauroienc vous élre-ia* À'\fférens.

Cependant c'est au milieu de ces contradictions qu'il faut se plaire* Ou vous dispute tout ce que la vérité ou la vanité vous attribue : \otre naissance, vos talens, votre réputation , vos services, vos succès , votre prudence , votre honneur. Si vous portes un grand non) , on le dispute a vos ancêtres ; si vous échouez, on s*en. prend à votre peu d'habileté ; si vous réussissez , on en fait honneur au hasard ou au mérite de vos subalternes; si vous jouissez d'une ré« putation publique , on en appelle de l'erreur populaire au jugement des plus sensés; si vous avez tous les talens pour plaire, on dit bientôt que vous avez su en faire usage , et que vous avez trop plu ; si la conduite est hors d'atteinte, on jette un ridicule piquant sur votre humeur. Enfin , qui que vous soyez , Grand , Peuple , Prince, Sujet , la situation la plusâ souhaiter pour votre vanité, c'est d'ignorer ce que le monde pense. Voilà la vie du monde. Les mêmes passions qui nous lient, nous désunissent ; l'envie noircit nos qualités les plus louables ; et nos plaisirs trouvent des censeurs dans ceux ménaes qui les imitent.

Maïs une ame fidèle est à couvert de ces inquiétudes. Comme elle ne souhaite pas l'estime des hommes , elle ne craint pas aussi leur mépris ; comme elle ne se propose pas de leur plaire , elle n'est pas surprise de ne leur avoir pas plu. Dieu qui la voit , est le seul juge qu'elle craint , et qui la console en même temps des jugemens des hommes. Sa gloire, c'est le témoignage de sa conscience. Sa réputation, elle la cherche dans son devoir. Les suffrages du monde, elle les regarde comme l'écueil de la vertu, ou comme la récompense du vice ; et ) sans faire même attention à ses jugemens , elle se contente de lui donner de bons exemples* Mais que dis-je , M. F. ? le monde lui-même, tout monde qti'll est | si plein de mépris , de censures , de malignité pour ses adorateurs , est forcé de respecter la vertu de ceux qui le méprisent et le haisseirt. Il semble qu'elle imprime sur la personne d'un véritable Juste, je ne sais quelle dignité , je ne sais quoi de divin qui lui attire la vénération , et presque le cnlte des âmes mcmdaines : il semble que soo union intime avec J. C« fait rejaillir sur lui , comme autrefois sur les trois Disciples dans la montagne sainte , une partie de cet éclat céleste que le Père répandit anr son Fils bien -aimé, et qui ne laisse pas la liberté de fui reluser des hommages. C'est un droit inaliénable que la vertu a .sur le coeur dés hommes ; et par nne bizarrerie déplorable, le monde «(éprise IfS p^MOns qu'il inspirTi et.il respecte la rertn qu'il combat.

lo LA TOUSSAINT.

Ce ii*est pas que Testime d*an, mondé, si digne lui-même d^étre vné^ prisé j soit une grande consolation pour Tame fidèle. Mais ce qui la console, c'est de voir le qionde condamné par le monde mème^ les plaisirs décriés par ceux qui les poursuivent, les péclieurs derenns les apologistes de la. vertu, et la vie dtt monde se passer tristenient là faire ce que Ton condamne , et à fuir ce que Ton approuve^

Voilà comme le siéde présent devient due soutce de réflexion» consolantes pbur une ame ebrétienne ; mats elle trouve encore, dan» la pensée de l'avenir , des consolations qui se changent en des terrenrs secrètes et continuelles ponr le pécheur : dernier avantage que les Justes retirent des lumières de la foi. La magnificence de ses promesses les soutient et les (Console. Ils attendent la bienheureuse espérance , et ce moment heureux on ils seront associés à TEglise du Ciel, réunis à leurs frères qu'ils avoient perdus sur la terre, reçus citoyens éternels de la céleste Jérusalem, incorporés dans cette as-« . semblée immortelle ûei Elus de Dieu , où la charité sera la loi qui les unira; la vérité, la lumière qui les éclairera i réternité» la me<- •ure qui bornera leur félicité.

Ces pensées sont d'autant plus consolantes pour les gens dé bien » qu'elles sont fondées sur la vérité de Dieu même. Us savent qu'ea s'acrifiânt le présent ,* ils ne sacrifient rien ; que dans un clin d'œii tout sera passé ; que tout ce qui doit finir ne sauroit être long; que ce moment de tribulatiou ne doit être compté pour rien, rapproché de ce poids éternel de gloire qu'il nous prépare; et que la rapidité des choses présentes né mérite pas même que l'on compte les années et les siècles.

Je sais que la foi peut subsister avec des mmors criminelles , et qu'on perd tous les jours la grâce sanctifiante ,- sains perdre la soumission sincère aux vérités que l'esprit de Dieu nous a révélées. Mais la certitude de la foi, si consolante pour l'ame juste*, n'est plus, pour le pécheur qui croit encore, qu'un fonds inépuisable de troubles secrets et de terreurs cruelles. Car, plus les vérités de la foi vous paroissent certaines ^ à vous qui portez sur la conscience J«s abîmes d'une vie entière de désordres : plus les supplices dont elle menace les pécheurs tels que vOus , doivent vous paraître inévitablés; plus totre malheur vous paroit certain. Toutes les vérités que lu doctrine sainte olïre à votre foi ^ réveillent en vous de nouvelles alarmes. Ceslumières, diviâes source de totfte consolation pour les âmes fidèles , sont aïk dedans de vous des lumières vengeresses ^ qui vous troublent , qui vott$ déchirent , qui vous jqgent, qui vous découvrent sans cesse eeqne vous ne voudriez jamais voir ; qui vous appreniitent malgré vous ce que Vous voudriez toujéurs ignorer; qui vous mettent comme sous l'œil ce que vous soohaiteriezdu moins pou-* voir perdre de vue pendatit quelque temps. Votre fi>i'elle-méiifie fait par avance votre supplice. Votre religion est ici-bas, si j'ose ledire ,. votre enfer ; et plus vous étés soumis à la vérité , plus vous vïve^ soaUieareiKx. Q SÂeu ! ^eUe ^st volte bonté pour l'h^mms^ d'avoil^

BONHïïtnï DES JUSTES. tt

tenéu la irertu oécMsaire ntéme à son Mpos , et de l'attirer à tous, en ue pemieltaht péH qu'il puisse être heorenx sans tous !

£t ici, mon cher Auditeur, souffrez que je tous rappelle à yousméme. Qugnd la destinée d'une anie criminelle ne devroit pas ^tre si affreuse pour le siècle à venir , Voyez si dès ce monde même , elle TonsparoSt fort digne d'envie: ses afflictions sont sans ressource, ses malheurs sans consolation, ses plaisirs mêmes sans tranquillité , ses inquiétudes sur le présent infinies , ses pensées sur )e passé et; sur l'avenir sombres et funestes; sa foi fait toute sa peine j ses luùiières , son désespoir. Quelle situation ! quelle triste destinée ! que de changemeus affreux un seul péché fait au dedans et au dehors de ITiomme ! qu'il en coûte pour se préparer des malheurs éternels ! Et n'est-il pas vrai que la voie du monde et des passions est encore plus pénible que celle de l'Èvangilé ^ et que le royaume de l'enfer, si l'on peut pàrter ainsi ^ souffre encore plus de violence que celui du ciel ? O inn^cicence du cœur, que de biens n'apportez-vous pas avec vous à l'Iiomme ! O homme , que vous perdez , quand vou4 perdez l'innocence de votre cœur ! Vous penlez toutes les consolations âc la foi , qui font la plus douce occupation de la piété des Justes i mais vous vous privez encore de toutes les douceurs de la grâce , qui achèvent de rendre ici- bas la destinée des gens de bien si digne d'envie.

SECONDE PARTIE

Quand ooi^rvaiet a«x âmes mondaÎBes, dit S. Augustin , des consolatiotoft et des douceurs àetûs l'observance de la loi de Dieu, elles regardent nos promesses eotttme un langage pieux dont on iè sert fomg laire honâeur à la vertii) et comme un cœur qui n'a jamais goûté ces chastes plaisirs ne peut aussi les coBipreDdffe , noii» sommea ubligés de leur répondre « eontinue ee Père : Comment voulez-voua que noQs yoDts persuatiion»? notas ne ponvans pas vons dire : GoéUe», et voyez combien le Sein^eur est dotue ( Ps» 33 ; gi) ; puisqu'un cœur malade et déréglé ne saufoib goûter le» choses dU ciel. Donnes^noua un ecsar qui ainte, et il sentira tout ce que nous disons*

Mon dessein êoncicî n'est pas tant d'exposer toiltes les opérations secrètes de la grâce dans te cœur des Jusftes , que d'opposer la situa-< lion heureuse, où elle les établit id*ba«, à la triste destinée des pé* chetirs; et p^ ce pftralléle achever de confondre le vice, et d'encour$get hi TC?f tu. Or, je dis que la gékce méfl^âg^ jci-bas aux gens, de bieli deax sortes d^é consolations : les unes intérieures et secrètes, les autf'es extétienres et sensibles; toutes deux si essentielles aa bonheirf de cette Tie» que nul plaisir sur la tet^e ne savroit jamais les remplacer.

{iC preofief avantage intérieur que la grâce ménage à une drtie fidèle i c'est d*établir une paix solide dans son cœur, et de la réconcilier avec elle-même. Car , M. F.^ nous portons tous au dedans de non» des principes nattîretad'éqaité» de pudeur > de droiture. Nou^

i% LA TOUSSAIIîr.

naissons, comme dit l'Apôtre, a^ec les règles de k loi éôrites dam le cœur. Si la vertu n'est pas notre premier penchant « nous sentons du mollis qu'elle est notre premier devoir. £n vain la passion entreprend quelquefois de nous persua4er en secret que nous sommet nés pour le plaisir ; et qu'au fond , des penchans que la nature a miâ en nous , et que chacun trouve en soi, ne sauroient être des crimes: celte persuasion étrangère ne sauroit jamais rassurer Tame crimi^ Ihelle. C'est un désir , car on voudroit bien que tout ee qui plaît fut légitime; mais ce n'est pas une conviction réelle. C'est un discôurs^, car on se fait honneur de paroitre au-dessus des maximes vulgaires ; mais ce n'est pas un sentiment. Ainsi nous portons toujours au dedans de nous un juge incorruptible , qui prend sans cesse le parti de la vertu contre nos plus chers penchans; qui mêle à nos passions les plus emportées, les idées importunes du devoir; et qui noua rend malheureux au milieu même de nos plaisirs et de nôtre aboa* dance.

Tel est l'état d'une conscience impure et souiltée/Le puchenr est l'accusateur secret et continuel de lui-même : il traîne par-tout un. fonds d'incpiiétude , que rien ne peut calmer. Malheureux, de n« pouvoir vaincre ses penchans déréglés : plus malheureux encore, de ne pouvoir étouffer ses remords importuns. Emporté par sa foiblesse y rappelé par ses lumières , il se dispute le crime même qu'il se per-^ met : il se reproche le plaisir injuste, dans le temps même qu'il le goûte. Que fera-t-il ? Combattra-t*il ses lumières pour apaiser sa conscience ? doutera-t-il de sa foi pour jouir plus tranquillement de ses crimes ? mais l'incrédulité est un état encore plus affreux que le erime^raême. Vivre sans Dieu, sans culte , sans principe , sans espérance l croire que les forfaits les plus abominables , et ks vertus le» plus pures , ne sont que des nomsf regarder tous les hommes oommeers figures viles et bizarres qu'on fait mouvoir et parler sur «n théâtre comique, et qui ne sont destinées qu'à servir de jouet aux spectateurs! se regarder soi-même comme l'ouvrage du hasard, et la possession éternelle du néant l ces pensées ont je ne sais quoi de sombre et de funeste, que l'a me ne peut envisager sans horreur; et il est vrai que l'incrédulité est plutèt le désespoir du pécheur que la ressource du péché. Que fera-t-il donc? Obligé de se fuir sans cesse , de peur de se retrouver avec sa propre conscience , il erre d*objet ea objet , de passion en passion , de précipice en précipice. (L croit pou** voir remplacer du moins par la variété des plaisirs , leur vide et leur insuffisance : il n'en est aucun dont il n'essaye. M ai3 ea, vain il offre son coeur tour-à-tour à toutes les créatures; tous les objets de ses passions lui répondent « dit S. Augustin : Ne t'abuse point en nous aimant ; nous ne sommes pas la félicité que ta cherches ; nous ne saurions te rendre heureux : élève-toi au-dessus des créatures , et va chercher dans le ciel, si celui qui nous a formés n'est pas plus, grand et plus aimable que nous. Telle est la destinée du pécheur.

Ce n'est pas que le cœur des Justes jouisse d'une tranquillité si inaltérable, qu'ils n'éprouvent à leur totir iâ*bAS^â^ trouhLEis«.des,

BONHEUn DES JtFSTES. ii

dégô&U «t des inquiétudes. Mais ce sont des nuages passagers , qui n*occapent, pour ainsi dire, que la surface de leur ame. Au dedans règne toujours un calme profond , cette sérénité de conscience , cette simplicité de cœur, cette égalité d'esprit, cetle confiance vive, cette résignation paisible , ce calme des passions , cette paix universelle, qui commence dès cette vie même la félkité des âmes innocentes. Vaines créatures, quepouvez-vous sur un cœur que tous n'avez pas fait , et qui n'est pas fait pour vous ? Première consolation de la jg;race : la paix du oœor.

La seconde, c>st l'amour, qui adoucit aux Justes les rigueurs de la loi, et change, selon la promesse de J. C, son joug, qui paroit insupportable aux pécheurs, en un joug doux et consolant pour eux. Car, une ame fidèle aime son Dieu encore plus vivement, plus tendrement, plus solidement, qu'elle n'avoit aimé le monde et les créatures. Tout ce qu'elle entreprend donc pour lui de plus rigoureux , ou ne coûte plus rien à son cœur, ou en fait même le plus doux soin. Car tel est le caractère du saint amour, lorsqu'il est maftre d*un cœur, ou d'adoucir les peines qu'il cause, ou de les changer même en de saints plaisirs. Ainsi , une ame éprise de son Dieu , si j'ose parler ainsi, pardonne avec joie , souffre avec confiance, se mortifie avec plaisir, fuit le monde avec goût, prie avec consolation, rem» pUt ses devoirs avec une sainte complaisance. Plus son ainour augmente, plus le joug s'adoucit. Plus elle aime, plus elle est heureuse: car rien n'est plus heureux que d'aimer ce qui nous ^st devenu né* cessaire.

Mais le pécheur, plus il aime le monde, plas il est malheureux . car plus il aime le monde, plus. ses passions se multiplient; pins ses désirs s'allument , plus ses projets s'embarrassent, plus ses inquiétudes s'aigrissent. Son amour fait tous ses malheurs : sa vivacité est la source de toutes ses peines, parce que le monde, qui en fait le sujet , ne peut jafuais lui en offrir le remède. Plus il aime ïe monde , plus son orgueil est blessé d'une préférence, plus sa fierté sent une injure , plus un projet déconcerté le.confond , plus un désir contredit l'afflige, pliû une perte inopinée l'^utcable. Plus il aime le. monde, plus les plaisirs lui deviennent nécessaires; et comme aucun ne peut remplir l'immensité de son cœur, plus son ennui devient insoutenable : car l'ennui est le retour de tous les plaisirs; et avec tous ses amusemens, le monde, depuis qu'il est mondes se plaint qu'il s'ennuie.

Et ne croyez pas que , pour faire honneur à la vertu , j'af]pecte d*ei[a^ gérer ici le raalhen^ des âmes mondaines. Je sais que ie monde parott avoir sa félicité ; et qu'au milieu de ce tonrbiUon de soins , de mouvemens, de craintes, d'inquiétudes, on y voit toujours un petit nombre d'heureux dont on entie le bonhenr , et qui semblent jouir d'une destinée douce et tranquille. Mais approfondissez ees vains dehors de bonheur et de réjouissance ; et vous y trouverez des chagrins réels , des cœurs déchirés , des consciences agitées. Approchez de ces hom* nts qui vous pacoissaiu las heoccux de U terre i et vous seirez surpris

14 tA TOUSSAINT*

ée tes troaVer sombres , inquiets, traînant avec peûiie le {>oidi^ d*uni conscience criminelle. i^9.ùt/9^-le$ dans ces maniens sérieux et tranj quilles où les passions pliis TeCnoidies laissent iaâre. quelque usatgi de la raison i ils i^opviannent tous qu'ils ne sonâ point, bmireux ; qti^ l'éclat de leui^ fortune n.e brilie quedeloin, et niî patcdt digne d'envie qu'à ceux qui ne la connoÂssenlipas. lis ayottent qu'an milieu deleun jtlaisirs et de leur prospérité.^ ils n'ont jamais goûté de joie pure el véritable; que le moncC^.nn.peu approfondi n'est plus rien; qu'ils sont surpris eux-mêmes qu'on puisse Taimer et le coasioiite ; et qu'il n'y a d'heureux ici-bas.i qne cen^^ qni sqvents'ep passer et servii Bleu. Les uns soupirent après les occasions d'une retraite liQUorable : les autres se proposent tous les jour;^ des moeurs plus régulières ei plus chrétiennes. Tot^s conviennent du bonheur des g^ns de bien ; tous souhaitent de le devenir; tous tendent témoignage contre euxmêmes. Ils sont entraînés par ^es plaisirs > plutpt qu'ijs ne courent après eut. Ce n'est plus le gp^t, ç est la coutume» c'est la foijjjesse , qui les rjetient dans les liens du mpnde et di| péçbé. Ils le sentent, iiâ s'en plaignent, ils on conviennent) et ils se liY.ref^t au co^rs d'une si triste destinée. Monde trompent î rends heureujt ^ si tu 1# peux , ceux qui te servent j et alors, j'abandpnperai la Ipi çlu Seigneur > pour m'attacher à la vanit^ de tes prpiniçss^»

VouS'^même qui m'écPutez, mon cher Aucfttenr, depuis taAt d'années que vous serveis le monde, avez- vous beaucoup avancé votre félicité? Mettez tlans une balance, d'un c6té tons les joiirs et tous les momens agréables que vous y avez passés, et de l'autre tontes les amertumes que vous y a^£ dévéréeâ ; el toyeisle^el des deux l'emportera. Vous y avez peut-être dit en certains momens de plaisir , d'excès , de fureur : Il fait bon ici , Bonum est nos hic esse ( Matthk 17; 4); mais ce n'a été qu'une ivresse qui n'a pas duré, et dont l'instant qui a suivi , vous a découvert TiHusion et replongé dans vos premières inquiétudes. A l^beurë même que je vous parle , interro-^ gez votre cœur : êtes- vous tranqliiUe? ne manque -t-il rien à votre bonheur? ne oraignez>vous rien? ne souhaitez- vous .rten ? ne sentezvous jamais qu^ Dieu n'est pMwavec vous ? voudriez -Vous vivre et mourir tel que vous êtes ? êtes^v^uà content'du iriibAde? étes-vous infidèle â i' Auteur de votre ét^ sans remords ? il y a douze heures 4ans le jour; vous soiit-elles'toiités également agréables? et avezvous pu réussir jnsqu'iei à Vt)^sfhiré'unèe0nscicïiee tranquille dans le crime? .,.,.-• > ..

Lors snème que vooa vtus>4teé plongé jusqu'au fond die l'abîme p(fur y éteiadiRe vos aenierds, et que vous ave£' cr4i- étouffer par l'excès de.riniqHtté ce reste^defoi quiplaide en cerè^ dans voire cœur pour la vei:tu, le&eignenr a'a-t»il pxs commandé aa sevpent , comme il dit dans son Prophète « de voii» a!ier piquer jAsqu^au Ibnd de ce gpuffrerOÙ vous vous étiez jeté pour Téviter; et n'y avea^^vens pas senti la morsure seerète du ver dévorant 'i^ Elai celaperintscahotuits nteis in profundo/narù., iiimandabo serpenti ^ et^mordBkkeosS^dmos 9; 3).

BONHBUk DES JUSTES. iS

^est-il pas vcai que les jour* que tous vfez consacrés à Di«ii par qaelqae devoir de religion, par le renoavellement de votre con-» Kieac« au Tribmial» ont été les plus heureux Ae TOtre vie; et que TOUS n'ayez vécv* pour aîn^i dire, que lorsque votre eonscienee i été par^ , et que yç^uf ayez yéca avec Dieu ? Non « 4i( le Prophète avec Qoe sainti; fierté, le pieu que |199B adorppy xi*est pas un Dieu tronHpeur« ou ii^cap9t>ie d^<H)m^or ceux qui le aervfçtv comme les dieux que le monde adjc^re; et, npns n'en voulons ppint d'autres juges qoe les nioiidainft ei|x-mén|çs : I{of^ enirn est £^9fs n9$t9r ui tÛi eorum , et iniimici nostri mni JutUces (^fieut. 3a ; 3i )•

Grand Dien! qu'est-ce done que Thomme, de lutter ainsi tonte sa vie contre Ini-méme, de vouloir être heureux sans vous, malgré vous , en se déclarant contre vous ; de sentir son infortune , et de Tatmer; de oonnoltre son véritable bonheur , et de le fnir ? Qn 'est-ce que rhomme , à mon Dieu !' et qui comprendra la profondeur de ses voies , et l'élernelle contradiction de ses é^aremens ?

Mais , que ne pnis-je , M. F. « achever ce que je m'étois proposé » et vous montrer que ce qui rend la destinée aç;» g^ns de bien encore plus digne de tocis nos souhaits, c'est que lorsque les consolations intérieures viennent à leur qaanquer , ils ont les secours extérieurs de la piété : le soutien des Sacremens , qui ne sont plus , pour le pécheur obligé d'en approcher , qu'une triste bienséance qui le gène e.t qui rembarrasse ; les (exemples des Saints , et l'histoire de leurs merveilles que l'Eglise nous met sans cessée devant les yeux, et dont le pécheur détourne la vue de peur d^y voir sa condamnation ; les Mystères adçrables, offerts tous les jours ^ur nos autejs, et qui ne laissent souvent au pécheur que le regret de les avoir profanés par sa présence; les Cantiques saints et les prières de l'Eglise, qui se changent pour le pécheur en vu triste ennui ; et enfin , la consolation des divines Ecritures , où il ne trouye pl^^ quç des menaces et des aoa« thèmes.

Quel délassement en effet, M. F., pour une ame fidèle, lorsqu'au sortir des vains entretiens du inonde , où l'on n'a parlé que de l'élévation d'une famille y de la magnificence d'un édifice, de ceui^qui jouent un r61e brillant dans l'univers, des calamités publiques , des défauts de ceux qui sont à la tète des affaires, des événemens de la guerre, des fautes dont on accuse tous les jours le Gouvernement^ enfin, où terrestre, on n'i parlé que de la terre: quel délassement au sortir de là , lorsque pour respirer un peu de la fatigue de ces vaina entreriens, une ame fidèle prend le livre de la loi entre les mains, et qu'elle y trouve par-tout : Qu'il ne sert de rien à Thomme de gagner le miMide entier,, s'il vient k perdre son anae; que les conquêtes les plu9 vaptées tombe nmt dans Voubli avec la vanité des conqné<»rans; qoa Ici ciel et la terre passeront^ qoe les royaumes du monde et toitteleoy gloire s'uwrQnt comme un yètement , mais que Dien ieul demeurera louj.Qors, et qu'ainsi c'est à lui seul qu'il faut s'attacher i Les ioseosés m'ont raiKtfité des labUs i à oioaÔiea > dit alors cetit

t6 LA TOUSSAINT.

«me atec te Prophète ! mais qu'elles sont différentes* de voire lo

(P*. ii8; 85J1.

Et certes, M. F., qne de-promesses consolâmes se prësentetit dan; ces Livres saints ! qne de motifs puissans dé IrertuI que d*heurease! précautions contre le vice ! qtie d'érénemens instrncTifs ! que de trai i: heureux qui blessent Tame ! quelles idées de la grandeur de Dieu et de la misère de l'homme ! quelles peintures de la laideur du péché, et de la fausse félicité des pécheurs ! Nous n'avons pas besoin d< voire alliance, écrivoit autrefois Jonathas et tout le peuple Juif i ceux de Sparte,, parce qu'ayant entre nos mains les Livres saints qui nous tiennent lien de consolation , nous pouvons nous passer dt secours des hommes : Nos , càm nuUo horum intiigeremus , liabentex solatio sanctos Libros quisunt in manibus nostris ( /• Mach, i a ; 9 ) £t saves-vous, M. F. , qui sont ces hommes qui parlent de U sorte t œ sont les restes infortunés de la cruauté d*Aotiochus : errans dans les montagnes de la Judée « dépouillés de leurs biens et de leurs fortunes, chassés de Jérusalem et du Temple, où l'abomination des idoles avoit succédé au sacrifice du Dieu saint, et à peine sortis d'uH état si affligeant, ilsn*ont besoin de rien , parce qu'ils ont entr« les mains les Livres saints : Nos , càm nuUo horum indigeremus ^ Tidbentes solatio sanctos Libros qui sunt in manibus nostris, £t dans une extrémité si nouvelle , environnés de tontes parts de nations ennemies ,' n'ayant plus au milieu de leur acn^e* ni l'Arche d'Israël , ni le Tabernaj^ saint ; répandant encore des larmes sur la mort récente de rilj^micible Judas, qui étoit le salut du peuple et la terreur des iucirconch ; ayant vu égorger a leurs yeux leurs femmes et leurs enfans ; eux-mêmes tous les jours sur le point de succomber ou à la perfidie de leurs faux frères , ou aux embûches de leurs ennemis , le Livre de la Loi tout seul suffit pour les consoler et pour les défendre; et il^ croient pouvoir se passer d'un secours qu'une ancienne alliance leur donnoit droit d'implorer : Nos , cùm nuUo horum indigeremus ^ habentes solatio sanctos Libros qui sunt in manibus nostris.

Je ne suis plus surpris après cela, M. F. si les premiers Disciples der«Evangile oublioient-dans la consolation des Ecritures, toute la fu reur das persécutions ; et si, n'ayant pu se résoudre à perdre de vue durant leur vie ce Livre divin, ils vouloient encore qu'après leuï mort le même tombeau qui les enfermoit, l'enfermât aussi: comme pour y servir de garant à leurs cendres, de l'immortalité qu'il leuc avoit promise, et pour le présenter, ce semble, à J. C. au >our de la révélation I comme le titre sacré qui leur donnoit droit aux biens célestes, et aux promesses faites aux Justes.

Telles sont les consolations des aroes fidèles sur la terre. Qu'il es^ donc terrible, M. F. » de vivre loin de Dieu sous la tyrannie du péché; toujours aux prises avec soi«méme; sans aucune joie véritable dan s le cœur ; sans goût souvent pour les plaisirs comme pour la vert u ; odieux aux hommes par la bassesse de nos passions ; insupportables à «ous-mimas par la bisarreria de nos désirs; détestés de Dieu pai

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