‹ Œuvres de Massillon, ci-devant prêtre de l'ortoire, évêque de Clermont l'un des quarante de l'Académie FrançoiseChapitre 63 sur 131 · LE MERCREDI DES CENDRES · texte numérisé non relu

LE MERCREDI DES CENDRES

devenu par la licence des «discours et l'impiété des sentimens, le théâtre d'honneur des philosophes et des incrédules. Prospexit de excelso sancto suo.

Il a regardé du haut du ciel , et il a vu un Souyerain pieux envU ronné d*nne Cour dissolue ; le courtisan toujours parmi nous lerviie imitateur du maître, devenir ici son censeur secret; la piété aur le irône devenue plus odieuse; les crimes se multiplier par la contrainte; le péril de la débauche en assaisonner les eicès; Tambition se revêtir des apparences de la piété , pour attirer les largesses du Souverain ; Thypocrisie s'enrichir des bienfaits destinés à récompenser la vertu; et la religion plus déshonorée par les mœurs et les artifices de ces faux Justes, que par la licence des pécheurs les plus déclarés* Prospexit de excelso sancto suo.

Et alors il a versé sur nous la coupe de sa fureur et de sa colère. Il a fuit périr par le glaive de nos ennemis nos enfans, nos époux, nos frères et nos proches. Il a répandu sur nos armées un esprit de terreur et de vertige. Il a fait échouer nos projets ; et nos prospérités passées n'ayant été pour nous que de nouveaux motifs d'orgueil et de dissolution, il a eu recours aux châtimens , afin que , si nous avons été ingrats à ses faveurs, nous ne soyons pas insensibles à notre affliction et à nos peines.

Et cependant quel usage faisons-nous de ces fléaux publics ? Qu'opposons-nous à la colère de Dieu, pour la désarmer ? Des plaintes inutiles, dés terreurs humaines sur l'incertitude des événemens, des inquiétudes sur les misères et sur les charges publiques; que dirai-je? des murmures peut-être contre le gouvernement; de vaines réflexions «t des censures étemelles sur ceux qui sont à la tête des affaires ; des clameurs inutiles contre ceux qui sont chargés des entreprises et des projets; des dérisions souvent , et des chants satiriques et profanes, symbole éternel de la légèreté de la nation, et qui nous ont toujours consolés de nos malheurs en éternisant le souvenir de nos pertes ; c'est ce qu'un ancien Père reprochoit déjà de son temps à nos ancêtres : Cantilenis infortunia sua solantur ( Salv, )•

Insensés que nous sommes! nous nous en prenons aux hommes, comme s'ilsétoient les auteurs denos calamités. Nous accusons leur im* prudence, leur peu d'habileté, leurs méprises de uos malheurs. Nous ne remontons pas plus haut ; nous ne voyons pas que les coups qui nons frappent partent du ciel; que c'est Dieu lui-même qui confond l«s conseils et la prudence de nos chefs ; qui aveugle nos sages et nos irieillards; qui répand la terreur et l'épouvante dans nos armées; et que uos crimes seuls enfantent tous nos malheurs. Mettons Dieu de notre côté, M. F., et alors nous serons les plus forts. Forçons le Seigneur, par un repentir sincère, à combattre pour nous ; et alors , oi^ il donnera la paix à son peuple, ou nous dissiperons nos ennemis comme de la poussière.

Maison d'Israël , disoit aatrelbis ,1e grand* prêtre EHadiim aux

Page 1