VÉRITÉ D'UN AVENIR
les henreDx de la terre. Au contraire, il semble oublier le Juste, il rhumilie; il Taffligc; il le livre à la calomnie et à la puissance de ses ennemis: car l'affliction et Topprobre sont d'ordinaire iei-bas le partage des gens de bien. Quel monstre de divinité, si tout finit avec rhomrae, et s'il n'y a point d'autres maux et d'autres biens à espérer que ceux de cette vie ! £st-elle donc la protectrice des adultères , des sacrilèges, des crimes les plus a£freux ; la persécutrice de l'innocence, de la pudeur, delà piété, des vertus les plus pures ? Ses faveurs sont donc le prix du érime y et ses cfaâtimens la seule récompense de la vertu ! Quel dieu de ténèbres, de foiblesse, de confusion et d'iniquité se forme l'impie !
Quoi , M. F. , il seioit de sa grandeur de laisser le monde qu'il a créé , dans un désordre si universel ; de voir l'impie. prévaloir presque toujours sur le Juste : l'innocent détrôné par l'usurpateur ; le père devenu la victilhe de l'ambition d'un fils dénaturé; l'époux expi* rant sons les coups d'une épouse barbare et infidèle ! Du fa au t de sa grandeur, Dieu se feroit un délassement bizarre de ces tristes événemens sans y prendre part ! Parcequ'il est grand ; il seroit ou foible, ou injuste, ou barbare! Parce que les hommes sont petits, il leur seroit permis d'être, ou dissolus sans crime , ou vertueux sans mérite !
O Dieu! si c'étoit là le caractère de votre Etre suprême; si c'est vous que nous adorons sous des idées si affreuses ; je ac vous reconnois donc plus pour mou père ^ pour mon protecteur , pour le consolateur de mes peines, le soutien de ma foiblesse, le rémunérateur de ma fidélité! Vous ne seriez donc plus qu'un tyran indolent et bizarre , qui sacrifie tous les hommes à sa vaine fierté , et qui ne les a tirés du néant , que pour les faire servir de jouet à sou loisir ou à ses caprices !
Car enfin, M. F., s'il n'y a point d'avenir, quel dessein donc digne de sa sagesse, Dieu auroit-^1 pu se proposer en créant les hommes ? Quoi, il n'auroit point eu d'autre vue en les formant , qu'en formant la béte? L'homme, cet être si noble, qui trouve en lui de si hautes pensées^ de si vastes désirs, de si grands senti mens; susceptible d'amour, de vérité, de justice; l'homme seul, de toutes les créatures, capable d'une destination sérieuse , de connoitre et d'aimer l'Auteur de son être ; cet homme ne seroit fait que pour la terre , pour passer un petit nombre de jours comme la bête en des occupations frivoles, ou des plaisirs sensuels? il rempliroit sa destinée en remplissant un rôle si méprisable? il n'auroit paru sur la terre que pour y donner un spectacle si risible et si digne de pitié? et après cela il retomberoit dans'le néant, sans avoir fait aucun usage de cet esprit vaste, et de ce cœur élevé que l'Auteur de son être lui avoit donné? O Dieu! où seroit ici votre sagesse, de n'avoir fait un si grand ouvrage que pour le temps ; de n'avoir montré des hommes à la terre , que pour faire des essais badins de votre puiâtance, et délasser totre loisir par cette variété de spectacles ! Numqmd enhn 'Vanè c€mstitaisti omnesfiUos honùaitm ( Px 88 ^ 48 } ? JLe ^i«a des im^it» n'est donc grand , que
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parce qu'il est plus injuste , plus capricieux et plus méprisable que l'homme? Suivez ces idées, et soutene2>>en, si vous pouvez, toute l'extravagance.
Qu'il est donc digne de Dieu, M. F., de veiller sur cet Univers, de conduire lès hommes qu'il a créés , par des lois de justice, de vérité, de charité^ d'innocence; de faire de la raison et de la vertu, le lien et le fondement des sociétés humaines ! Qu'il est digne de Dieu (l'aimer dans ses créatures les vertus qui le rendent lui-même aimajbie ; de haïr en elles les vices qui défigurent en elles son image ; de ne pas confondre pour toujours le Juste avec l'impie ; de rendre heureuses avec lui les âmes qui n'ont vécu que pour lui ; de livrer à leur propre malheur, celles qui ont cru trouver iine félicité hors de lui! Voilà le Dieu des Chrétiens^ voilà celte Divinité sage, juste, sainte que nous adorons : et l'avantage que nous avons sur l'impie , c'est que c'est là le Dieu d'un cœur innocent et d'une raison épurée ; le Dieu que toutes les créatures nous annoncent , que tous les siècles ont in* Yoqué, que les sages mêmes du Paganisme ont reconnu, et dont la nature a gravé profondément l'idée au fond de notre être.
Mais puisque ce Dieu est si juste, doit-il punir, comme des crimes , des penchans de plaisir nés avec nous, et qu'il nous a lui-même donnés ? Dernier blasphème de l'impiété, et dernière partie de ce discours: j'abrège et je finis.
Mais premièrement, qui que vous soyez qui nous tenez ce langage insensé, si vous prétendez justifier toutes vos actions par les penchans qui vous y portent; si tout ce que nous désirons devient légi^ time ; si nos inclinations doivent être la seule règle de nos devoirs ; sur ce pied là vousjn'avez qu'à regarder la fortune de votre frère avec un œil d*envie, afin qu'il vous soit permis de Ven dépouiller; sa femme avec un cœur corrompu , pour être autorisé à violer la sainteté du lit nuptial , malgré les droits 1^ plus sacrés de la société et «le la nature. Vous n'avez qu'à vous défier d'un ennemi pQur être en droit de le perdre ; qu*à porter impatiemment l'autorité d'un père, ou la sévécité d'un maître , pour tremper vos mains dans leur sang ; vous n'avez, en un mot,*qu'à porter en vous les penchans de tous les vices pour vous les permettre tous ; et comme chacun en retrouve en soi les semences funestes, nul ne sera excepté de cet affreux privilège, il faut donc à l'homme pour se conduire, d'autres lois que ses penchans , et une autre règle que ses désirs.
Les siècles païens eux-mêmes reconnurent la nécessité d'une philosophie; c'est-à-dire, d'une lumière supérieure aux sens, qui en réglât l'usage, et fit de la raison un frein aux passions humaines. La nature toute seule les conduisit à cette vérité, et leur apprit que Taveugle instinct ne devoit pas être le seul guide des actiona de V homme ; il faut donc que cet instinct, ou ne vienne pas de la preipiière institution de la nature, ou qu'il en soit un dérangement, puisque toutes les lois qui ont paru dans le monde, n'ont été ùdltê
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que pour le modérer; que tous ceux qui dans tous les siècles ont eu la réputation de sage et de Tertueox , n'en ont pas sui^i les impressions; que parmi tous les peuples on a toujours regardé comme des monstres , et l'opprobre de Thumanilé , ces hommes infâmes qui se livroient sans réserve et sans pudeur à la brutale sensualité ; et que cette maxime une fois établie, que nos penchans et nos désirs ne saurolent être des crimes , la société ne peut plus subsister , lt^ Jiommes doivent se séparer pour être en sûreté, aller habiter les forêts , et vivre seuls comme des bêtes.
D'ailleurs, rendons justice à l'homme, ou plutôt a l'Auteiir qui Ta formé. Si nous trouvons en nous des penchans dç vice et de volupté, n'y trouvons-nous pas aussi des sentimens de vertu, de pudeur et d'innocence ? si la loi des membres nous entraine vers les plaisirs des sens, ne portons-nou» pas une autre loi écrite dans nos cœurs, qui nous rappelle à la chasteté et à la tempérance? Or , entre ce^ deux penchans , pourquoi l'impie décide>t-il que celui qui nous pousse vers les sens , est le plus conforme à la nature de l'homme? Est-ce parce qu'il est le plus violent? mais sa violence seule prouve son dérèglement , et ce qui vient de la nature doit être plus modéré. Est-ce parce qu'il est toujours le plus fort? mais il est des âmes justes et fidèles en qui il est toujours soumis à la raison. Est-ce parce qu'il est le plus agréable? mais une preuve que ce plaisir n'est pas £^t pour rendre l'homme heureux, c'est que le dégoût le suit de près; et que- de plus, pour l'homme de bien, la vertu a mille fois plus de charme que le. vice. Est-ce enfin, parce qu'il est plus digne, de l'homme? vous n'oseriez le dire, puisque c*est par-là qu'il se confond avec la bête. Pourquoi dccidez>vous donc eu faveur des sens contre la raison , et voulez-vous qu'il soit plus conforme à l'homme de vivre en bête , que. d'être raisonnable ?
Enfin , si tous les hommes étoient corrompus, et se livroient tous aveuglément, comme les animaux sans raison, à leur instinct bru* tal , et à l'empire des sens et des passions f voqs auriez peut-être raison de nous dire i que ce sont là des penchans inséparables delà nature, et de trouver dans l'exemple commun une excuse à vos désordres. Mais regardes autour de vous, ne trouvez- vous plusde Justes sur la terre? Il ne s'agit pas ici de ces vains discours que vous faites si souvent contre la piété, et dopt vous sentez vous-même l'injustice; parlez de bonne foi, et rendez gloire à la vérité. N'estil plus d'ames chastes, fidèles, timorées, qui vivent dans la crainte du Seigneur, et dans l'observance de sa loi saifite ? D'o^ vient donc que vous n'avez pas sur vos passions le même empire que ces Justes ? n'ont-ils.pas hérité de la nature les mêmes penchans que vous ? les objets des passions ne réveillent-ils pas dans leur coeur les mêmes sentimens que dans le vôtre ? ne port\enl-ils pas en eux les sources drs mêmes misères? Qu'ont les Justes par-dessus vous, que la force et la ^délité qui voi)s manque ? -
O homme ! tous imputez à Dieu une foiblesse qui est TonTrage de vos propres dérè'glemens ! vous accusez l'Auteur de la nature des désordres de votre volonté ! Ce n'est pas assez de l'outrager, vous voulez le rendre responsable de vos outrages ; et vous prétendez que le fruit de vos crimes devienne le titre de votre innocence ! De quelles chimères un coeur corrompu n*est-il pas capable de se repaître , pour se justifiera lui-même la honte et l'infamie de ses vices ? Dieu est donc juste, M. F., lorsqu'il punit les transgressions de sa loi. Et que l'impie n^se dise pas ici à lui-même, que la récom^ pefise du Juste sera donc la résurrection à une vie immortelle; et la punition du pécheur, l'anéantissement éternel de son ame : car voilà la dernière ressourça de l'impiété.
Mais quelle punition seroit-ce pour l'impie de n'être plus ? II sou* halte cet anéantissement ; il se le propose comme sa plus douce espérance ; il vit tranquille au milieu de ses plaisirs dans cette agréable attente. Quoi ! le Dieu juste puniroit le pécheur en lui faisant une destinée au gré de ses propres désirs? Ah ! ce n'est pas ainsi que Dieu punit. Car que peut trouver l'impie de si triste à retomber dans le néant ? Seroit-ce d'être privé de son Dieu ? mais il ne Taime point ; il ne le connoît point ; il n'en veut point : et son Dieu, c'est luimême. Seroit-ce de n'être pins ? mais quoi de plus doux pour un monstre , qui sait qu'il ne pourroit plus vivre au-delà du trépas que ppur souffrir et expier les horreurs d'une vie abominable ? Seroit» ce d'avoir perdu les plaisirs du monde, et tous les objets de ses pas- .fiions? mais quand on n'est plus, on n'aime plus. Imaginez, si vous le pouvez y un sort plus heureux pour l'impie; et ce seroit là enfin le doux terme de ses débauches , de ses horreurs et de ses blasphèmes.
Non, M. F., l'espérance de l'impie périra, mais ses crimes ne périront pas avec lui ; ses tourmens seront, aussi éternels que ses plaisirs l'auroient été , s'il eût été maître de sa destinée. Il auroit voulu pouvoir s'éterniser sur la terre dans l'usage des voluptés sensuelles : la mort a^rné ses crimes ; mais elle n'a pas borné ses désirs criminels. Le juste Juge qui sonde les cœurs , proportionnera donc le supplice à l'offense , des flammes immortelles à des plaisirs qu'on eût souhaité immortels; et l'éternité elle-même ne sera qu'une juste compensation et une égalité de peine : Ibunt ht in suppUcium œternum ^ Justi autem in vitam œternam ( Matth* a5 ; 46 )•
Que conclure de ce discours? que l'impie est à plaindre de chercher dans une affreuse incertitude sur les vérités de la foi, la plus douce espérance de sa destinée ; qu'il est à plaindre de ne pouvoir vivre tranquille qu'en vivant sans foi, sans culte, sans Dieu, sans conscience : qu'il est à plaindre, s'il faut que l'Evangile soit une fable ;, la foi de tous les siècles , une crédulité ; le sentiment de tous les hommes, une erreur populaire; les premiers principes de la nature et de la raison, des préjugés de l'enfance; le sang de tant de martyrs que l'espérance d'un avenir soutenoit dans les tourmens»