POUR LE JEUDI
DE LÀ PREMIÈRE SEMAINE DE GÂRÊl!^.
SUR LA PRIEAE.
llicerere im1« Dontae, FUi Satid.
Seigneur, FUs de Da¥id, aje» pitié dé mot. IIIattb. i5; 2a.
JL EL est le gémissement d*une ame toacbée de ses misères, et qui s'adresse au souverain médecin, dans la miséricorde duquel tout seul elle espère en 'th>uYer le remède. C*étoit autrefois la prière d^une femme Cananéenne ^ qui Touloit obtenir du fils de David la guérison de sa fille. Persuadée de sa puissance, et attendant tout de sa bonté pour les malheureux , elle ne connoit pas de moyen plus sût* de se le rendre propice , que le cri dé sa douleur, et le simple récit de son infortune. Et c*est le modèle de prière que l'Eglise nous propose aujourd'hui , pour nous animer et nous apprendre à prier; c'est-à-dire , nous rendre pltis aimable et plus fiunilier, ce devoir le plus essentiel à la piété chrétienne.
Car, M. F., prier, c'est la condition de l'homme; c'est le premier devoir de l'homme ; c'est l'unique ressource de l'homme ; c'est toute la consolation de l'homme; c'est tout l'homme ^ pour parler le langage de l'Esprit-Saint.
Oui , M* F. , si le monde entier , au milieu duquel noua vivons , n'est qu'une tentation continuelle ; si toutes les situations où nous nous trouvons, et tous les objets qui nous environnent, paroissent d'accord avec notre corruption, ou pour nous a£foiblir ou pour nous séduire; si les richesses nous corrompent , l'indigence nous aigrit, la prospérité nous élève, l'affliction nous abat, les affaires nous dissipent , le repos nous amollit, les sciences nous enflent , l'ignorance nous égare, les commerces nous répandent trop au dehors, la solitude nous laisse trop à nous-mêmes , les plaisirs nous séduisent, les oeuvres saintes nous enorgueillissent , la santé réveille les passions , la maladie nourrit ou la tiédeur ou les murmures; en un mot, si depuis la chute de la' nature , tout «e qui est en nous ou autour de ufiis^
est pour nous un nouveau péril : dans une situation si déplorable , ô mou Dieui quel e«poir de salut pourroit-il encore rester à Thomme , si du fond.de sa misère il ne faisoit monter sans cesse des gémisse* mens vers le trône de votre miséricorde, afin que vous daigniez vousmême venir à sou secours , mettre un frein à ses passions indomptées, écUirer ses erreurs, soutenir sa foiblesse, adoucir ses tentations, abréger les heures du combat, et le relever de ses chutes?
Le Chrétien est donc un homme de prière : son origine , sa situation, sa nature, ses .besoins, sa demeure, tout l'avertit qu*il faut prier. L'Eglise elleonéme, où la grâce de la régénération Ta incorporé'', ici-bas étrangère, y est toujours gémissante et plaintive : elle nercconnott ses enfans que par les soupirs qu'ils poussent sans cesse vers leur patrie; et le Chrétien qui ne prie pas, se retranche luimême de l'assemblée des Saints , et est pire qu'un infidèle.
D'où vient donc , M. F. , qu*un devoir si essentiel et si consolant même pour Thomme , est aujourd'hui si négligé ? D'où vient qu'on le regarde , ou coiçme un devoir triste et ennuyeux , ou comme le partage seulement des âmes retirées ; de sorte que nos instructions sur la prière n'intéressent presque pas ceux q;ui nous écoutent, persuadés qu'elles conviennent plus aux doitres qu'à la Cour ?
D'où vient cet abus , M. F. , et cet oubli aï universel de la prière dans le monde? De deux prétextes que je veux. aujourd'hui combattre : premièrement , on ne prie pas , parce qu'on ne sait pas prier, dit-on , et qu'on y perd son temps; secondement, on. ne prie pas , parce qu'on se plaint qu'on ne trouvé dans la prière que des ëguremens d'esprit , qui la rendent insipide etinsouteiMible. Ptiemier prétexte tiré de l'ignorance où l'on est sur la manière dont il faut prier. Second prétexte pris dans les dégoûts et les difficultés de la ^prière. Il faut donc premièrement vous apprendre k prier, pwsque vous ne le savez pas* Il faut, en second lieu , vous faciliter l'usage delà prière ^ puisque vous y trouvez tant de peine et de difficulté* Implorons ^ etc. Jçé , Maria,